Le glacier américain appelé «South Cascade» est l’un des plus importants au monde grâce à l’ensemble des recherches qu’il a permis de développer. Voici comment cette montagne a permis de répondre à certaines questions environnementales.
Mesures historiques, technologie du radar, le glacier «South Cascade» a permis à de nombreuses technologies scientifiques de se développer ces dernières années. Etudié par l’Institut d’études géologiques des États-Unis depuis 1958, il a été élu «glacier de l’année» par l’Organisation météorologique mondiale (OMM).
«South Cascade» est situé dans l’état du Washington, à l’extrême nord-ouest des Etats-Unis, à moins de 100 km de la ville de Seattle. Il est notamment entouré de Sentinel Peak, une montagne de 2.519m. Il fait partie des 4 glaciers «de référence» du pays, avec les glaciers «Gulkana» et «Wolverine» situés en Alaska et le «Sperry Glacier» du Montana.
Les eaux de fonte du glacier, s’écoulent directement dans le lac South Cascade, situé à 1.600m d’altitude. Il alimente le fleuve Cascade, qui se jette dans le Puget Sound, un bras de mer qui longe la cote américaine.
Il est catégorisé comme «glacier alpin» car il se forme depuis la crête d’une montagne. L’un des principaux éléments le concernant est sa taille, qui n’a de cesse de diminuer au fil des années, comme le montre cette illustration de l’USGS. Andrew Fontain, membre de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS), explique : «Comme vous pouvez l’imaginer, il a reculé de manière spectaculaire». Certains chiffres illustrent ce constat : dans une étude, l’USGS affirme qu’il est passé de 2,71 km2 en 1958 à 1.8 km2 en 2015, soit une perte de superficie de 34%. Pire encore, son volume aurait rétréci de moitié. Les scientifiques expliquent cette évolution spectaculaire par l’augmentation des températures.

Une évolution qui se constate en images, le glacier ayant très largement reculé et ne recouvrant plus le même espace que lorsque les études scientifiques ont commencé. Cette comparaison entre deux photos satellites prises en 2000 et 2006 montre à quel point le changement est rapide. Une tendance qui n’est pas sans autres exemples. Dans l’hémisphère nord, où la banquise se réchauffe notamment deux fois plus vite que partout ailleurs, le GIEC estime que le réchauffement climatique sera responsable de la disparition totale de toute banquise arctique pendant l’été d’ici à 2050.

Si ce glacier attire autant de spécialistes, c’est d’abord car ces réserves de glace régulent le niveau de l’eau dans les rivières, les fleuves et fournissent une grande quantité d’eau douce utilisée pour l’irrigation et l’usage domestique. En réfléchissant les rayons du soleil, ils participent également à réguler le climat à la fois à l’échelle mondiale et locale. Enfin, ils proposent un paysage unique et sont essentiels à la conservation de certaines espèces animales et végétales. Ils contiennent 2% de la quantité totale d’eau de la planète. Andrew Fontain rappelle que si les glaciers venaient à fondre, cette eau s’écoulerait dans les océans et provoquerait une montée des eaux importante, qui mettrait en danger de nombreux civils.
Lieu de développement d’«une grande partie des méthodes scientifiques»
Pour toutes ces raisons, les glaciers sont souvent d’importants sites de recherches scientifiques et archéologiques, permettant de mieux comprendre l’histoire de la Terre et son évolution. Comme on peut le lire sur le site officiel de l’USGS, le glacier «South Cascade» n’a pas dérogé à la règle : «Les observations météorologiques y ont commencé en 1959 avec l’installation d’instruments suivant les températures et les précipitations dans différents lieux du bassin».
Plus précisément, ce glacier a été le théâtre du développement de la technologie radar, qui permet de calculer l’épaisseur des glaciers sans avoir à y creuser des trous. Même si les glaciers européens ont été les premiers investis par les équipes de recherches, Andrew Fontain souligne : «Une grande partie des méthodes scientifiques que nous utilisons pour mesurer les glaciers ont été développées ici».

Dans les années 1960, l’USGS a lancé un projet de mesures de différents éléments appelé «bilan de masse continu». Ils y répertorient le débit des cours d’eau, les précipitations, la température de l’air, la pression atmosphérique, l’épaisseur du glacier, la densité de la neige ou encore l’ablation de la glace. Une nouvelle fois, Andrew Fontain met en avant le caractère exceptionnel des lieux : «Ce glacier possède le plus grand historique de mesures scientifiques dans le continent américain».
Mandat Donald Trump : les recherches en danger ?
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump et la nomination d’Elon Musk dans la gestion des dépenses publiques, les recherches scientifiques ont largement ralenti aux Etats-Unis. De nombreux emplois et subventions ont été supprimés dans le secteur. A tel point que l’EPA (Agence américaine de protection de l’environnement) a annoncé vouloir supprimer son Bureau de recherche et développement et s’apprête à limoger une grande partie de ses effectifs.
Pourtant, à l’heure où les glaciers perdent en masse et en taille, comme le montre l’OMM (Organisation météorologique mondiale) pour la troisième année consécutive, Andrew Fontain tire la sonnette d’alarme : «Ce n’est pas parce que nous ne voulons pas entendre parler d’une chose qu’elle n’est pas en train d’arriver».