Le président de la République, Emmanuel Macron, doit s’exprimer ce lundi dans le cadre hautement symbolique de l’Île Longue, à Brest, coeur de la composante océanique de la dissuasion nucléaire française.
C’est depuis l’Île Longue, base stratégique située dans la rade de Brest, qu’Emmanuel Macron doit détailler ce lundi sa vision de la dissuasion nucléaire française et de son articulation avec la sécurité européenne. L’endroit n’a pas été choisi au hasard. En effet, quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) qui assurent, aux côtés des forces aériennes stratégiques, la permanence de la capacité de frappe française, y sont stationnés.
Dans l’entourage du chef de l’Etat, on évoque «un moment important du mandat», susceptible de comporter «des bascules et des évolutions assez significatives», sans davantage de précisions. Chef des armées et décideur ultime de l’emploi de l’arme nucléaire, le président français se plie à un exercice traditionnel : chaque chef de l’Etat prononce au moins un grand discours doctrinal sur la dissuasion. Emmanuel Macron en aura ains livré un par quinquennat.
Une dimension européenne de plus en plus assumée
Ce discours s’inscrit dans la continuité de celui prononcée le 7 février 2020, lorsque le président avait proposé aux partenaires européens un «dialogue stratégique» sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la sécurité collective du continent, évoquant la possibilité d’exercices communs dans ce domaine ultrasensible de la souveraineté nationale. «Les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne», avait alors affirmé Emmanuel Macron, dans la lignée de ses prédécesseurs depuis Charles de Gaulle.
A l’époque, l’initiative avait suscité un intérêt mesuré parmi les partenaires européens, attachés au parapluie nucléaire américain dans le cadre de l’OTAN et prudents à l’idée d’une dissuasion concertée avec Paris. La France demeure aujourd’hui le seul pays de l’Union européenne, et le seul en Europe avec le Royaume-Uni, à disposer de l’armée nucléaire. Les autres Etats du continent sont protégés par la dissuasion élargie américaine dans le cadre de l’Otan.
Le ton a depuis changé avec la guerre en Ukraine, la plus meurtrière sur le sol européen depuis 1945, la perception renforcée de la «menace russe» en Europe et les interrogations sur la force de l’engagement du président américain, Donald Trump, pour la sécurité en Europe.
A ces incertitudes, s’ajoutent les tensions croissantes au Moyen-Orient, notamment autour de l’Iran. Le durcissement du bras de fer entre Téhéran et les puissances occidentales, les frappes, ainsi que les inquiétudes persistantes liées au programme nucléaire iranien, contribuent à un climat international marqué par la multiplication des risques stratégiques.
Le traité New Start, qui vient d’arriver à échéance, impose aux Etats-unis et à la Russie un plafond de 1.550 têtes déployées et 700 vecteurs pour les porter. La France compte un peu moins de 300 têtes. Neuf pays disposent au total de la bombe atomique.
![L’Iran disposeraitd’une variété de missiles balistiques qui ont une portée de 300 à 3.000 kilomètres. [ARMY OFFICE / AFP] Dissuasion nucléaire et parapluie français : Emmanuel Macron prononce un discours très attendu...](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_372_209/public/000_9ra64c_697c6814011ef.jpg?itok=6gZufIW6)