Les outils de lutte contre la vie chère en Martinique sont jugés insuffisants par l’Autorité de la concurrence, qui pointe dans un avis publié ce mardi 10 février des raisons «multifactorielles et structurelles» pour expliquer les écarts de prix avec l’Hexagone.
«Utiles mais insuffisants». L’Autorité de la concurrence a ainsi qualifié les outils de lutte contre la vie chère actuellement en place en Martinique, notamment par les grossistes-importateurs et les distributeurs.
«C’est un constat d’échec collectif en matière de vie chère en Martinique», a notamment déclaré le président de l’Autorité de la concurrence (ADLC), Benoît Coeuré. Plusieurs mesures de lutte contre la vie chère se sont accumulées au fil du temps, relève l’avis, sans parvenir à enrayer la hausse des écarts de prix entre ce territoire ultramarin et la Métropole.
Les «frais d’approche» au centre des critiques
Les outils déjà en place, tels que le «bouclier qualité prix» qui fixe le prix d’un panier de produits de première nécessité, restent «insuffisants», tranche l’Autorité, qui dénonce aussi «le manque de moyens des OPMR (observatoires des prix, des marges et des revenus) pour accomplir les missions qui leur sont dévolues».
«Les spécificités de l’économie martiniquaise expliquent pour une large part le niveau élevé des prix», ajoute l’ADLC, citant l’étroitesse du marché, la dépendance à l’Hexagone, le poids de la fiscalité locale ou encore l’existence de «frais d’approche importants».
Ces frais, qui représentent les coûts liés à l’acheminement des marchandises, ont bondi de 28% en 2019 à 33,3% du coût d’achat des marchandises aujourd’hui et représentent «un surplus de 49,9%» pour les distributeurs.
L’autorité demande plus de transparence chez les distributeurs
Concernant les marges des acteurs de la distribution, dans le viseur des manifestants et des militants contre la vie chère, l’Autorité de la concurrence estime en revanche que «le niveau pratiqué par les grossistes-importateurs et des acteurs de la grande distribution» martiniquais «ne semble pas anormal», tout en déplorant toutefois «le déficit d’informations disponibles» sur les résultats comptables des principaux groupes.
L’autorité recommande «la mise en place d’un dispositif pérenne, assorti de sanctions» pour assurer un suivi rigoureux des prix et marges, et préconise d’impliquer davantage les grossistes-importateurs dans la lutte contre la vie chère, «pierre angulaire de l’approvisionnement» dont l’activité est «plus profitable que celle de distribution».
L’institution avait été saisie par le gouvernement en janvier 2025 sur «les marges des grossistes-importateurs et des distributeurs» de la chaîne de distribution alimentaire en Martinique, après les manifestations contre la vie chère, parfois émaillées d’émeutes, qui avaient secoué l’île à l’automne 2024.
Selon l’Insee, en 2022, les prix en Martinique étaient supérieurs de 13,8% à ceux de l’Hexagone, un écart grimpant à 40% pour les produits alimentaires.
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