Quadruple vainqueur du Dakar, copilote emblématique de Nasser Al-Attiyah, Mathieu Baumel s’est confié à , quelques heures avant son retour sur la course la plus dure du monde. Moins d’un an après l’amputation de sa jambe droite, il prend, ce samedi, le départ de l’édition 2026 du Dakar (3 janvier-17 janvier).
Le Dakar n’a jamais été une course comme les autres pour Mathieu Baumel. Depuis sa première participation en 2005, le copilote français a bâti l’un des plus beaux palmarès du rallye-raid moderne : quatre victoires sur le Dakar, deux titres mondiaux et des années passées au sommet au côté de Nasser Al-Attiyah. Mais au début de l’année 2025, sa vie a basculé. À Reims, alors qu’il portait secours à une voiture en panne sur le bas-côté, il a été violemment percuté par un autre véhicule.
L’amputation de sa jambe droite a vite été, malheureusement, une situation inévitable. Onze mois après ce grave accident et contre toute attente, le copilote français prend tout de même, ce samedi, le départ de l’édition 2026 du Dakar (3 janvier-17 janvier). Une prouesse humaine, sportive et mentale. Réapprendre à marcher, adapter son cockpit, apprivoiser une prothèse dans les dunes : chaque détail a été repensé pour rendre possible ce qui était devenu son principal objectif au quotidien. Au côté du jeune pilote belge Guillaume de Mévius, Mathieu Baumel ne vise pas seulement un résultat : il veut prouver qu’un nouveau chemin est possible, même après une épreuve aussi brutale.
Voir cette publication sur Instagram
Le Dakar fait partie de votre vie depuis plus de vingt ans. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’y revenir, si vite, après l’accident ?
L’envie d’y participer est venue tout de suite après l’accident. Très honnêtement, c’est arrivé la semaine suivante. À ce moment-là, je ne savais absolument pas si j’allais avoir une jambe, deux jambes, ni comment les choses allaient évoluer. Mais dès qu’on a parlé d’amputation et qu’on m’a dit que la jambe gauche allait être réparée, dans ma tête, le défi était déjà là. Je ne savais pas à quelle échéance ce serait possible, mais je me suis fixé cet objectif très tôt : être au départ du Dakar en janvier 2026. C’est clairement ça qui m’a permis de me lever tous les matins, de continuer à travailler, de supporter la rééducation et les moments difficiles. Cet objectif, c’était mon moteur.
Le matériel que j’ai aujourd’hui est extraordinaire
Aujourd’hui, est-ce que l’accident est devenu un lointain souvenir, physiquement et mentalement ?
Non, pas du tout, parce que tous les jours, on se rappelle qu’on a une prothèse. Ce n’est pas quelque chose de simple à vivre. C’est une nouvelle vie, différente de celle d’avant. Tout demande beaucoup plus d’énergie : se déplacer à la maison, aller aux toilettes, prendre une douche, faire des choses du quotidien. Je dépense énormément d’énergie pour arriver à faire parfois seulement la moitié, voire le quart de ce que je faisais avant. Mentalement, ce n’est pas facile non plus, mais je fais tout ce qu’il faut pour avancer. Je sais que je ne suis pas encore à 100 %, mais je progresse. Je suis aussi très bien aidé, notamment par mon prothésiste. Le matériel que j’ai aujourd’hui est extraordinaire et c’est clairement ce qui me permet d’envisager d’être au départ du Dakar.
Vous avez dû adapter totalement votre façon de courir. Comment le cockpit a-t-il été aménagé pour vous ?
Déjà, entrer et sortir d’une voiture de rallye-raid, c’est très compliqué, même sans handicap. Les voitures sont hautes, l’habitacle est très étroit. Moi, je ne peux pas rentrer avec la partie basse de ma prothèse, donc je suis obligé de l’enlever. Il a fallu créer un système pour la fixer à l’intérieur de la voiture, de manière sécurisée, mais surtout accessible rapidement. Au début, c’était Guillaume qui devait me la donner quand je sortais, mais on perdait beaucoup trop de temps. Aujourd’hui, j’ai une solution qui me permet de tout gérer seul. On a aussi rajouté des poignées un peu partout pour m’aider à me hisser et à sortir sans me faire mal à la jambe gauche, qui a elle aussi été très abîmée lors de l’accident. Les roadbooks, les écrans et certains outils ont été déplacés pour me laisser plus de place autour du siège. Ce sont des ajustements indispensables pour que tout se passe le mieux possible.
Voir cette publication sur Instagram
Après des années à jouer la victoire finale, quel est votre état d’esprit pour ce Dakar 2026 ?
Déjà, le premier objectif est atteint : être au départ. En moins d’un an, réussir à utiliser cette prothèse, à reprendre la course et à ce que les gens me fassent confiance, c’est déjà une énorme victoire personnelle. Ensuite, ce qu’il faut surtout me souhaiter, c’est de prendre du plaisir pendant ces quinze jours. Si le plaisir est là, ça peut forcément amener de bonnes choses. On ne part pas en se disant qu’on va gagner le Dakar, il ne faut pas se mentir, mais on veut bien figurer. Avec Guillaume, on s’est fixé un objectif clair : un top 5 serait notre victoire cette année. Et si on peut aller chercher une victoire d’étape, ce serait notre petite victoire à nous.
Que représente ce Dakar 2026 pour vous, au-delà du sport ?
C’est déjà une victoire personnelle énorme. Réussir à être là, moins d’un an après l’accident, c’est quelque chose de très fort pour moi. Mais ce n’est pas une fin en soi. Je ne compte pas m’arrêter là. Physiquement, je vais continuer à progresser. Plus le temps va passer, mieux je vais aller, et plus les choses vont devenir naturelles avec la prothèse. Ce Dakar est une étape. Il permet aussi d’envisager la suite, le championnat du monde et, surtout, les prochaines éditions. Le Dakar 2027 est déjà dans ma tête, avec d’autres objectifs. Ce nouveau rêve, je compte bien aller jusqu’au bout.
![Mathieu Baumel (à gauche) a remporté le Dakar à quatre reprises comme copilote de Nasser al-Attiyah. [Abaca / Icon Sport] Mathieu Baumel (à gauche) a remporté le Dakar à quatre reprises comme copilote de Nasser al-Attiyah.](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_372_209/public/dakar_mathieu_baumel_amputation_67b1e78a0718b.jpg?itok=R0ri9AP5)