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Depuis cinquante ans, les Français ont perdu 1h30 de sommeil en moyenne. Dans certaines professions, le manque de sommeil fait partie du quotidien. Mais alors, peut-on s’y habituer et quelles en sont les conséquences ?
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Alors que tout le monde dort profondément, Matthieu Bijou s’est réveillé un peu avant 3 heures(Nouvelle fenêtre). C’est parti pour 15 heures de travail non-stop. Deux cents kilos à porter chaque jour, des pesées précises à ne pas rater. Le boulanger ne s’accorde même pas une sieste dans la journée : « C’est un rythme que je connais depuis 25 ans, et pourtant j’en ai que 40. Depuis l’âge de 15 ans, je suis dedans, c’est comme ça.«
Pour tenir la cadence, le boulanger se couche tôt, à 21 heures, et il carbure au café. « Une bonne quinzaine par jour. » Un moyen de compenser sa petite nuit de 6 heures. « Je suis un bon dormeur. Je pourrais dormir 8 heures, 9 heures, ça ne me poserait pas de problème, ce serait avec plaisir. Mais on a une charge de travail et puis après, ça devient quand même la routine« , sourit le boulanger.
Jusqu’à quel point peut-on se priver de sommeil ? L’armée travaille depuis longtemps sur la question. Cette nuit-là, France Télévisions suit une formation destinée aux soldats à Fontainebleau (Seine-et-Marne). Ils vont devoir rester 36 heures sans dormir . « On essaie de les maintenir en éveil et de pouvoir constater s’il y a un impact sur leurs émotions, sur leur intelligence émotionnelle, sur leur capacité de prise de décision« , explique l’adjudant Alexis, responsable du stage « Optimisation des ressources des forces armées ».
Pour rester efficaces pendant toute la nuit, les soldats mettent en pratique plusieurs techniques de respiration, apprises pendant le stage. « Ça va activer un peu la pédale d’accélérateur au niveau du système nerveux autonome, donc le système nerveux sympathique, celui qui vous permet de vous réveiller le matin quand vous êtes en retard. Là, on vient le faire de façon volontaire, de manière à être géré dans les meilleures dispositions« , recommande l’adjudant Kévin, régiment des hussards parachutistes de Tarbes.
À 4 heures du matin, les obstacles paraissent de plus en plus difficiles. La respiration sert à réguler les émotions exacerbées par la fatigue. Après une nuit blanche, les soldats ne sont pas au bout de leur peine. On teste maintenant leur vigilance sur un simulateur de conduite pendant 30 minutes. Très vite, certains piquent du nez et sortent de la route. « Le fait de maintenir un effort précis dans un état de fatigue, c’est difficile« , admet l’adjudant Kévin.
Aucun entraînement ne peut effacer les effets du manque de sommeil. Les soldats doivent en avoir conscience. Et les médecins qui les encadrent savent qu’il ne faut pas que les courtes nuits s’installent dans la durée. « La dette de sommeil chronique, à l’échelle de plusieurs années, va avoir un impact sur la santé et on commence à montrer des liens entre la dette de sommeil chronique et l’augmentation des risques cardiovasculaires, par exemple« , souligne le médecin en chef Vincent, de l’institut de recherche biomédicale des armées.
Retour chez le boulanger. Est-il conscient des risques sur sa santé, malgré la discipline de vie qu’il s’impose ? « Il faut qu’on soit très vigilant quand même sur l’alimentation, essayer de se reposer quand on peut, pour récupérer, puisqu’on n’a qu’une seule santé. Nous, on tombe plus souvent malade« , avoue-t-il. Une réalité que l’artisan et son épouse acceptent avec le sourire, portés par la passion de leur métier.