
À l’issue de sa rencontre avec Donald Trump, Vladimir Poutine a fait connaître ses exigences pour mettre un terme à la guerre : que l’Ukraine lui cède une partie de son territoire. Une demande à laquelle Volodymyr Zelensky s’oppose fermement, notamment en raison de la Constitution de son pays, qui ne laisse aucune marge de négociation : les frontières de l’Ukraine y sont définies comme «indivisibles et inviolables.»
La paix vaut-elle de violer la Constitution d’un pays ? C’est la question à laquelle va devoir répondre Volodymyr Zelensky. Vendredi dernier, Donald Trump a reçu Vladimir Poutine en Alaska pour tenter de négocier une sortie de guerre en Europe.
Face à son homologue américain, le président russe s’est montré intransigeant. Selon des sources de l’AFP et de Reuters, il exige que l’Ukraine cède les oblasts de Donetsk et de Lougansk, afin de contrôler l’ensemble du Donbass. En échange, Moscou accepterait de geler la ligne de front sur le reste du territoire.
Toujours selon l’AFP, Donald Trump aurait apporté son soutien à cette proposition, allant même plus loin : il demanderait à l’Ukraine de renoncer définitivement, et publiquement, à la Crimée, annexée par la Russie depuis 2014.
Des exigences auxquelles Volodymyr Zelensky s’oppose fermement. Pour justifier sa position, il s’appuie sur la Constitution ukrainienne qui stipule, dans son article 2 que «la souveraineté de l’Ukraine s’étend sur tout son territoire». «L’Ukraine est un État unitaire. Le territoire de l’Ukraine, dans ses frontières actuelles, est indivisible et inviolable.»
Concernant l’abandon de la Crimée, déjà évoqué par Donald Trump en avril dernier, le président ukrainien avait été catégorique : «Il n’y a rien à discuter. C’est notre Constitution. C’est notre territoire.» Et le 9 août dernier, alors que Vladimir Poutine commençait à réclamer officiellement le Donbass, Volodymyr Zelensky a réaffirmé sa position en publiant un message sans équivoque sur X.
The answer to the Ukrainian territorial question already is in the Constitution of Ukraine. No one will deviate from this—and no one will be able to. Ukrainians will not gift their land to the occupier.
— Volodymyr Zelenskyy / Володимир Зеленський (@ZelenskyyUa) August 9, 2025
«La réponse à la question territoriale ukrainienne se trouve déjà dans la Constitution ukrainienne. Personne ne s’en écartera, et personne ne le pourra. Les Ukrainiens ne céderont pas leurs terres à l’occupant», a-t-il écrit.
une Constitution qui ne laisse aucune marge de négociation
Datant de 1996, la Constitution ukrainienne ne laisse aucune place à l’interprétation. Pour céder un territoire, il faut modifier la loi fondamentale du pays, un droit qui appartient «exclusivement au peuple», précise l’article 5.
L’article 157 va lui encore plus loin : il interdit toute révision constitutionnelle visant à «supprimer l’indépendance ou à violer l’indivisibilité territoriale de l’Ukraine». Le même article ajoute par ailleurs que «la Constitution de l’Ukraine ne peut être modifiée en période de loi martiale». Or, depuis l’invasion russe de 2022, l’Ukraine vit toujours sous ce régime.
Cependant, si la Constitution ukrainienne rend impossible toute cession de territoire à la Russie, le gouvernement avait trouvé une faille juridique en 2014, après l’invasion de la Crimée.
Le Parlement avait alors adopté une loi affirmant que la péninsule restait «partie intégrante» du pays, tout en la qualifiant de «temporairement occupée». Depuis, plusieurs mises à jour législatives ont été votées, déclarant nulles et non avenues les décisions prises par l’occupant. Un flou juridique et politique, en somme.
Une rencontre au sommet entre Volodymyr Zelensky et Poutine ?
Avant sa rencontre avec Volodymyr Zelensky, ce mardi 19 août, le président américain avait déjà mis la pression sur son homologue, estimant qu’il devait choisir entre «mettre fin à la guerre avec la Russie presque immédiatement ou continuer à combattre».
À noter qu’à l’issue du sommet, auquel participaient également plusieurs dirigeants européens dont Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen, la question d’une éventuelle cession de territoire n’a finalement pas été abordée.
Ce sujet devrait être traité ultérieurement, directement entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, lors d’une rencontre bilatérale dont Emmanuel Macron dit qu’elle devrait avoir lieu dans les prochains mois.