
De nouvelles manifestations anti-immigration ont éclaté ces derniers jours au Royaume-Uni, faisant craindre un nouvel embrasement, un an après des émeutes qui avaient enflammé le pays.
Un épisode de violences qui inquiète les autorités. De récents heurts devant un hôtel hébergeant des demandeurs d’asile au Royaume-Uni suscitent les craintes d’un nouvel embrasement estival, un an après les émeutes anti-immigration qui ont secoué le pays.
Seize personnes ont été arrêtées à la suite de violences la semaine dernière lors de manifestations devant le Bell Hotel à Epping, au nord-est de Londres, après la mise en examen début juillet d’un résident de l’établissement, un demandeur d’asile éthiopien, pour agressions sexuelles.
«Ce n’est pas qu’un incident isolé inquiétant»
La présidente de la Fédération de la police, Tiff Lynch, tire la sonnette d’alarme. Pour elle, cet épisode de violence, au cours duquel huit policiers ont été blessés, «n’est pas qu’un incident isolé inquiétant».
«C’est un signal, un rappel de la facilité avec laquelle les tensions peuvent éclater, et de notre manque de préparation pour y faire face», a averti la responsable de ce syndicat jeudi dans le Daily Telegraph. Le gouvernement travailliste de Keir Starmer assure toutefois être «préparé pour faire face à toutes les situations».
Le ministre du Commerce, Jonathan Reynolds, qui s’exprimait jeudi sur Sky News, a dit «comprendre les frustrations» exprimées à propos de l’utilisation d’hôtels, coûteux pour les finances publiques, pour héberger les demandeurs d’asile. Il a souligné que le nombre d’hôtels logeant des migrants avait diminué de 400 à 200.
Au Royaume-Uni, où les arrivées de migrants à bord de petites embarcations ont atteint un niveau record depuis le début de l’année, le parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage est en tête des sondages d’opinion depuis plusieurs mois. «Je ne pense pas que quiconque à Londres réalise à quel point nous sommes proches d’une désobéissance civile à grande échelle dans ce pays», a affirmé Nigel Farage, figure du Brexit, lundi lors d’une conférence de presse.
A Epping, la sécurité a été renforcée autour de l’hôtel, barricadé. Une nouvelle manifestation, rassemblant des dizaines de personnes, a eu lieu jeudi soir dans le calme. Un participant a été arrêté, a indiqué la police. En fin de journée, le conseil local a voté une motion pour demander au gouvernement de ne plus héberger de demandeurs d’asile dans cet hôtel. «Si vous venez ici et commettez des crimes, nous agirons avec fermeté», avait mis en garde mercredi le chef de la police de l’Essex, Ben-Julian Harrington.
«Nous risquons de voir davantage d’émeutes racistes cet été»
Le politologue britannique Aurelien Mondon, spécialiste de l’extrême droite, estime aussi qu’«un bon nombre des manifestations auxquelles nous assistons ne sont pas le fruit de mouvements implantés localement». «Les réseaux sociaux (…) facilitent la coordination entre les groupes d’extrême droite», analyse cet enseignant à l’université de Bath.
Il attribue aussi cette montée des tensions à «une décennie de banalisation des idées d’extrême droite sous les gouvernements conservateurs», tout en accusant le parti travailliste de Keir Starmer d’avoir «continué à alimenter des paniques morales réactionnaires». «Malheureusement, nous risquons de voir davantage d’émeutes racistes cet été», alerte Aurelien Mondon.
Lundi, plusieurs dizaines de personnes ont manifesté à Diss, dans l’est de l’Angleterre, pour réclamer la fermeture d’un autre hôtel hébergeant des demandeurs d’asile. Début juin, la ville de Ballymena, en Irlande du Nord, a connu plusieurs nuits de violences xénophobes après l’inculpation de deux adolescents, roumains selon la presse, pour tentative de viol d’une jeune fille.
L’influenceur d’extrême droite Tommy Robinson, suivi par 1,3 million de personnes sur X, a brièvement annoncé sa présence à une nouvelle manifestation dimanche à Epping, avant de sembler se rétracter. Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, avait déjà été accusé d’avoir attisé les émeutes anti-immigration de l’été dernier, survenues après le meurtre de trois fillettes à Southport (nord-ouest) par un jeune Britannique d’origine rwandaise.
Des rumeurs présentant à tort le suspect comme un demandeur d’asile musulman arrivé par bateau avaient alors poussé des émeutiers à s’en prendre à des centres d’hébergement pour demandeurs d’asile et à des mosquées. Le meurtrier, Axel Rudakubana, a été condamné en janvier à 52 ans d’emprisonnement.