
Plus d’un tiers de la population de Tuvalu a sollicité le nouveau visa climatique australien face à la montée du niveau de la mer. Situé entre l’Australie et Hawaï, l’archipel polynésien est l’un des pays les plus exposés aux changements climatiques dans le monde.
La première migration planifiée d’une nation entière. Menacés par la montée des océans, plus de 80% des habitants de Tuvalu ont demandé un visa pour l’Australie dans le cadre d’un accord historique signé entre les deux pays l’année dernière.
Selon les scientifiques, cet archipel du Pacifique sera probablement le premier Etat au monde à devenir inhabitable en raison du changement climatique.
Comptant neuf atolls coralliens, dont deux déjà largement sous les eaux, Tuvalu culmine à seulement 4,6 mètres au-dessus du niveau de la mer, avec une altitude moyenne de 2 mètres, le rendant extrêmement vulnérable à la montée des eaux, aux inondations et aux tempêtes.
Une crise climatique grave
Au cours des trente dernières années, le niveau de la mer autour de l’archipel a augmenté de 15 cm, soit plus d’une fois et demie la moyenne mondiale. Selon la NASA, en cas de hausse d’un mètre d’ici à 2050, la moitié de Funafuti, le principal atoll abritant 60% de la population du pays, pourrait être submergée quotidiennement par les marées.
Le pire scénario serait une élévation de deux mètres, pouvant submerger jusqu’à 90% de la zone. Le pays a construit des terres artificielles et prévoit d’en construire d’autres, espérant qu’elles resteront au-dessus des marées jusqu’en 2100.
Face à cette situation, l’Australie et Tuvalu ont signé le traité de l’Union Falepili, incluant un visa climatique permettant aux Tuvaluans de migrer définitivement en Australie. Cet accord comprend également des engagements de soutien en cas de catastrophes naturelles, de pandémies sanitaires et d’«agressions militaires».
«Il s’agit potentiellement d’une première mondiale où une voie de migration est explicitement liée au changement climatique et à l’élévation du niveau de la mer», ont déclaré des représentants du gouvernement australien à New Scientist dans un communiqué.
Seulement 280 chanceux chaque année
Lors de la clôture des inscriptions le 18 juillet dernier, 8.750 citoyens sur près de 11.000 avaient soumis des demandes, représentant 82% de la population totale, selon un communiqué de la mission diplomatique de l’Australie à Tuvalu.
Toutefois, seules 280 personnes chaque année, tirées au sort, bénéficient du permis de séjour illimité en Australie, leur permettant d’y vivre, travailler, étudier, accéder aux soins, bénéficier d’aides à l’éducation et voyager librement entre les deux pays.
Ce processus de sélection vise à éviter une fuite soudaine des cerveaux et des difficultés économiques à Tuvalu, ainsi que permettre une migration contrôlée.
En tenant compte d’autres flux migratoires depuis Tuvalu, ce nouveau visa pourrait permettre à environ 4% de la population nationale d’émigrer chaque année, selon Jane McAdam, professeure de droit, dans une analyse publiée sur The Conversation. Si cette tendance se maintient et sans retours significatifs au pays, près de 40% des habitants de Tuvalu auront émigré d’ici à dix ans, d’après ses estimations.