35 arrêtés d’interdiction d’habiter émis en 2024, dont 15 pour situations de péril imminent

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By InfoHunter



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Temps de lecture : 4min – vidéo : 19min

En plein centre-ville, ils sont nombreux à être ciblés par des arrêtés de mise en péril, et les occupants doivent vider les lieux, souvent parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer la rénovation. Enquête de Laurent Desbois et Vincent Gobert, d’Envoyé spécial.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Sylvain, 53 ans, est un rescapé. Il était locataire ici, dans le centre ancien de Toulouse, depuis 2017, et occupait un trois-pièces avec ses deux fils pour 1200 euros par mois. Alors que les signalements ont triplé en un an dans la Ville rose, cette dernière a émis 35 arrêtés d’interdiction d’habiter en 2024, dont 15 pour situation de péril imminent. « L’appartement était au premier étage« , pointe-t-il du doigt, avant de poursuivre : « Et là, vous voyez, c’est le plancher de la chambre de Milan, mon plus jeune. Et après, il y avait le salon qui était derrière, qui donnait sur la rue Saint-Rome. Et après, j’avais la cuisine qui donnait sur la cour intérieure« .

« C’est une rue très passante, c’est très festif le soir. Juste à côté, vous avez une boîte de nuit, le club Saint-Germain. L’immeuble s’est effondré comme ça, et vous avez des gravats qui montaient jusqu’au-delà du premier étage. C’est-à-dire que là vous avez normalement une file de jeunes qui attendent, à partir de 2 heures, l’ouverture de la boîte de nuit. Cela signifie qu’à une demi-heure près, il y aurait pu y avoir une trentaine de jeunes sous les décombres« , complète-t-il.

Difficile d’imaginer qu’un immeuble de trois étages se dressait ici il y a un peu plus d’un an. Deux boutiques en rez-de-chaussée, coiffées d’une dizaine d’appartements, dont celui de Sylvain et de ses enfants. Aujourd’hui, Sylvain vit à quelques centaines de mètres de là, toujours dans le vieux centre-ville. Un logement Airbnb qu’il loue de mois en mois, faute d’avoir pu trouver mieux. Sa vie d’avant, celle de la rue Saint-Rome, tient dans ses deux sacs.

Tout s’est accéléré le 4 mars 2024. Quatre jours avant l’effondrement, Sylvain est chez lui, seul, en télétravail. « Je me connecte avec l’ensemble de mes collègues. Il est 9 heures. J’entends des gravats qui tombent dans les conduites cheminées, sachant que la veille au soir, j’étais en train de lire dans ma cuisine. Donc là, c’est silencieux et j’entendais des craquements. J’ai commencé à monter en pression et j’ai commencé à regarder mon appartement avec un autre regard« , confie Sylvain. À midi, depuis la coursive, un agent de la mairie frappe à la fenêtre de la chambre de son fils et lui dit qu’il faut évacuer dans les 30 minutes.

Vidé de ses occupants, l’immeuble est frappé d’un arrêté de péril imminent. La rue est bloquée. Les services de la mairie le sécurisent en urgence alors qu’il s’effondrera quatre jours plus tard. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi avoir attendu si longtemps pour évacuer ses habitants ? Avec son avocat, Sylvain cherche des réponses.

« Les premiers signes sont arrivés en mars-avril 2023. Je commence à avoir la porte d’entrée qui interfère avec le sol. Au début, c’est juste un frottement. Arrive la fin de l’été et là, je suis obligé d’enfoncer à coup d’épaule ma porte d’entrée pour pouvoir rentrer chez moi. Je suis obligé d’envoyer cette vidéo pour illustrer quand même mon quotidien« , raconte Sylvain. Son agence trouve alors la parade en rabotant la porte. « Quand on commence à avoir quasiment l’ensemble des locataires qui relaient des faits similaires de blocage de porte, est-ce que c’est de l’incompétence ?« , s’interroge-t-il.

Quelques mois plus tard, des sondages effectués par un expert révèlent l’ampleur des dégâts : des plaies béantes dans les murs porteurs. L’immeuble se disloque littéralement. Pourtant, encore une fois, personne n’alerte les services de la mairie.





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