
À Bourg-en-Bresse, une jeune femme de 33 ans est accusée d’avoir tué son grand-père de 95 ans en mettant le feu à son lit. Lors d’un premier procès en octobre, elle avait plaidé «l’acte d’amour» affirmant avoir agi pour abréger les souffrances du vieil homme. À partir de lundi, la suspecte est jugée en appel.
À partir de ce lundi 23 juin, à Bourg-en-Bresse, une femme est jugée en appel pour avoir tué son grand-père de 95 ans en mettant le feu à son lit. Le drame s’est déroulé en août 2020 lorsque le nonagénaire a été retrouvé mort brûlé et asphyxié dans son lit médicalisé chez l’une de ses filles, à Saint-Laurent-de-Mure (Rhône). Placée en garde à vue deux mois après, sa petite-fille, qui venait régulièrement s’en occuper, a reconnu l’avoir tué.
En octobre dernier, Emilie G., 33 ans, a plaidé «l’acte d’amour» lors de son premier procès, affirmant avoir agi pour abréger les souffrances du vieil homme, qu’elle a décrit comme un «foetus vieux». Les jurés de la cour d’assises du Rhône l’ont reconnue coupable, mais ne l’ont condamnée qu’à cinq ans de prison avec sursis. Le parquet, qui avait requis 15 ans de prison pour cet «acte cruel», avait fait appel du verdict, renvoyant ainsi l’accusée devant les assises de l’Ain, de lundi à mercredi.
Le projet de loi sur la fin de vie relance les débats
Mais l’actualité de ces dernières semaines pourrait chambouler le procès. En effet, entre-temps, le Parlement a adopté en première lecture un projet de loi sur l’aide à mourir et la fin de vie. Un sujet sensible qui devrait à nouveau affleurer dans les débats. Concrètement, la suspecte, décrite par un expert psychiatrique comme étant dans un «état dissociatif» «de nature à altérer son discernement» au moment des faits, risque la réclusion criminelle à perpétuité. «Elle a conscience a posteriori qu’elle n’aurait pas dû et pas par ce moyen, mais lors des faits, elle n’avait plus la force de faire autrement», a expliqué à l’AFP son conseil, Me Thibaud Claus.
Depuis des années, l’accusée, souffrant de symptômes dépressifs, assistait à la dégradation de l’état de santé de celui qui l’a en partie élevé et qu’elle considérait comme son père. Après une chute en 2015, son grand-père avait été placé en résidence médicalisée, où Emilie G. assure l’avoir découvert un jour dans un état lamentable de quasi-abandon.
Choquée, elle a retiré son aîné, équipé d’une sonde urinaire et de couches, de la résidence. La fille et le gendre du vieil homme l’ont récupéré chez eux, dans une chambre aménagée. Une prise en charge quotidienne difficile pour les parents de la jeune femme. Un mois avant les faits, Emilie G. a retrouvé son grand-père baignant dans ses excréments après une absence prolongée de ses parents. Elle affirmait alors qu’il lui aurait demandé de mourir.
«Exorciser sa frustration»
Mais un élément est venu déclencher le passage à l’acte chez la jeune femme : l’adultère de son conjoint, qui lui a annoncé la chose le 23 août 2020. La nouvelle de trop. Après cela, elle a emporté un bidon d’essence avant de se rendre chez ses parents pour mettre le feu au lit du vieillard endormi. Elle a expliqué en première instance n’avoir pas voulu «le brûler» mais simplement l’asphyxier.
A la barre, l’accusée devra revenir sur le choix de cette sinistre méthode. Elle a déjà expliqué avoir versé de l’essence en tremblant, sans trop regarder, mais l’expertise a conclu à un «dépôt minutieux» de carburant sur le matelas et la couette.
Mais elle a reconnu avoir ensuite jeté une feuille enflammée dans la chambre avant de fermer la porte et de partir en courant. Selon le rapport médical, le grand-père, piégé, a agonisé pendant quelques minutes puis il est mort de l’inhalation des fumées et de brûlures profondes.
Un «acte cruel et égoïste» selon l’avocat général Romain Ducrocq, qui avait lors du premier procès dénoncé une méthode «pour exorciser sa frustration, ses échecs multiples». Pour les proches de la jeune femme, qui ont fait bloc autour d’elle jusque là, elle a juste eu le «courage» de passer à l’acte.