
Éric Mouzin, le père d’Estelle Mouzin, a assigné l’État pour faute lourde et déni de justice, dénonçant un «amateurisme» dans l’enquête sur la disparition de sa fille.
Tout a-t-il été mis en place pour retrouver Estelle Mouzin ? Le père de la petite fille, disparue en 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne) est convaincu du contraire. Mercredi, Éric Mouzin a assigné l’État pour faute lourde et déni de justice, pointant du doigt un «amateurisme» dans l’enquête sur la disparition de sa fille.
Si le corps de la petite fille n’a jamais été retrouvé, en 2020, la juge Sabine Khéris avait réussi à faire reconnaître au tueur en série Michel Fourniret son rôle dans la mort d’Estelle Mouzin. Depuis, dix campagnes infructueuses de fouilles ont été organisées dans les Ardennes pour tenter de retrouver les restes de la fillette.
«La piste Michel Fourniret, pourtant évidente, n’a pas été suivie»
Estelle Mouzin a disparu le 9 janvier 2003, alors qu’elle rentrait de l’école à Guermantes (Seine-et-Marne). L’instruction a ensuite mené à la condamnation, en décembre 2023, de Monique Olivier, à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 20 ans, pour sa complicité dans trois enlèvements et meurtres commis par son ex-mari Michel Fourniret, dont celui d’Estelle Mouzin, la plus jeune des victimes du tueur en série.
Condamné à la perpétuité incompressible pour les meurtres de sept jeunes femmes ou adolescentes entre 1987 et 2001, Michel Fourniret est mort le 10 mai 2021 à 79 ans. Et il n’a jamais été jugé pour la mort d’Estelle Mouzin.
«La piste Michel Fourniret, pourtant évidente, n’a pas été suivie comme elle aurait dû être suivie et nous l’avions demandé à de multiples reprises», a plaidé Me Didier Seban, avocat d’Éric Mouzin, listant un manque d’investigations sur la téléphonie et sur des ADN féminins non exploités dans la camionnette de Michel Fourniret.
une demande de 200.000 euros pour le préjudice moral
Lors de l’audience, mercredi, devant la 1ère chambre civile du tribunal judiciaire de Paris, le procureur a reconnu des «manquements du service public de la justice à l’égard de la partie civile». Et pour cause : pendant neuf ans, le dossier n’était pas coté (système de classement des différentes pièces du dossier qui permet de les répertorier). Ce n’est qu’en 2012 que la partie civile a pu avoir un accès complet à la procédure.
«Il y a une faute lourde mais entre cette faute lourde et le fait que Michel Fourniret n’a pas été mis en examen, il n’y a pas de causalité directe», a ajouté le représentant du ministère public. «La source de préjudice la plus importante est la non mise en examen de Michel Fourniret et son épouse entre 2006 et 2019», a déclaré le procureur. Mais «dans la mesure où il s’agit de décisions juridictionnelles contre lequel le demandeur dispose de voies de recours, il n’y a pas lieu d’engager la responsabilité de l’État».
«Il appartient à Monsieur Éric Mouzin d’apporter la preuve d’un dysfonctionnement : absence d’information, déperdition de scellés, absence de prise en compte de Michel Fourniret et Monique Olivier», a ajouté l’avocate.
Enfin, l’avocate de l’agent judiciaire de l’État a demandé au tribunal de ne pas faire droit au préjudice matériel et financier. Au sujet du préjudice moral, admis par l’État, elle a demandé au tribunal de revoir à la baisse les montants.
Éric Mouzin demandait 150.000 euros au titre des préjudices matériel et financier et 200.000 euros pour le préjudice moral. La décision sera rendue le 3 septembre.