
Ce mercredi 28 mai, la cour criminelle du Morbihan a rendu son verdict dans l’affaire Joël Le Scouarnec, cet ex-chirurgien accusé de 299 viols et agressions sexuelles aggravées sur des patients, le condamnant à la peine de 20 ans de réclusion criminelle.
Un délibéré très attendu. Après plus de trois mois de procès, la cour criminelle du Morbihan a rendu son verdict, ce mercredi 28 mai, dans l’affaire de Joël Le Scouarnec. Accusé de viols et d’agressions sexuelles sur 299 victimes, principalement des mineurs, entre 1989 et 2014 en profitant de son statut professionnel, l’ex-chirurgien a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle, dont deux tiers de peine de sûreté.
Au cours de ces trois mois de procès, particulièrement intense, des contraintes ont été rencontrées par la cour. A titre d’exemple, des locaux situés à proximité du tribunal avaient été réquisitionnés pour y installer les parties civiles, ainsi que la presse et le public, la salle d’audience étant très petite.
Mais cela n’a pas impacté le déroulé de ce «procès de l’horreur», comme l’appellent certains journalistes, compte tenu du nombre important des victimes. Les premiers jours ont été marqués par les témoignages des proches de l’accusé. Parmi eux se trouvaient son épouse et ses trois filles.
Des aveux et une nouvelle enquête ouverte par le parquet
Au 5e jour, le 28 février, Joël Le Scouarnec était passé aux aveux, avouant des «abus sexuels» sur la fille de son fils aîné, et ce en présence de ce dernier. Puis, le 20 mars, ce même accusé avait reconnu sa culpabilité pour l’intégralité des faits qui lui sont reprochés. Il faisait alors référence à deux jeunes hommes : Mathis Vinet, mort d’une overdose en 2021 et dont les proches estiment qu’il s’est suicidé, et un autre homme qui a mis fin à ses jours en 2020. L’ex-praticien avait agressé sexuellement ces deux garçons alors qu’ils étaient âgés de 10 et 12 ans respectivement.
Le jour même, le parquet de Lorient avait annoncé l’ouverture d’une nouvelle enquête concernant «des victimes éventuellement non identifiées ou nouvellement déclarées» d’«agressions sexuelles et viols» perpétrés par l’ex-chirurgien viscéral.
Vendredi 23 mai, l’avocat général, Stéphane Kellenberger, avait requis à l’encontre de l’ex-chirurgien la peine de 20 ans de réclusion criminelle et une rétention de sûreté des deux tiers.
Pour lui, cet accusé «continue de débiter des mots de façon atone, stéréotypé et dénué de tout affect», relevant une «absence d’empathie». L’avocat général avait également dénoncé ce vendredi un comportement «préoccupant» et une «posture d’autorité» de la part de Joël Le Scouarnec. «Combien de fois s’est-il exprimé de façon docte, professorale. Semblant faire un cours à cette cour ?», s’était-il interrogé avant d’ajouter : «Il donne à voir ce qu’il est».
Selon Stéphane Kellenberger, l’accusé «se distancie des actes qu’il a commis en les intellectualisant. Mais quid de son ressenti ?».
Un accusé «lâche», selon l’avocat général
Et qu’en est-il de l’âge de ses victimes ? D’après l’avocat général, l’ex-chirurgien pédocriminel était conscient que «ses victimes devaient être suffisamment jeunes ou sous sédation» pour commettre ses faits. L’accusé «ne voyait que des morceaux d’êtres, des objets, un être inerte à sa disposition. Mais, il faisait la différence avec ses poupées», a dénoncé Stéphane Kellenberger.
L’avocat général avait également pointé du doigt une sorte de «lâcheté» de la part de Joël Le Scouarnec qui «exerçait dans des établissements modestes lui permettant de se retrouver dans des effectifs moindres».
Lors de ses derniers mots lundi 26 mai, Joël Le Scouarnec s’est adressé, d’abord aux victimes indiquant avoir «pris conscience de la douleur immense qu’ont provoqué mes crimes, sur eux, et sur leurs proches». Son message était destiné «à toutes ces femmes, à tous ces hommes, qui ont eu à subir des actes les plus ignobles qu’on puisse commettre».
Puis, en se tournant vers la cour, l’ex-chirurgien a annoncé ne vouloir «aucune mansuétude». «À la cour, je ne sollicite aucune clémence. Accordez-moi seulement le droit de devenir meilleur et de reconquérir cette part d’humanité qui m’a tellement fait défaut», a-t-il déclaré à la barre.
Il est également utile de rappeler que Joël Le Scouarnec a déjà été condamné en 2020 à Saintes (Charente-Maritime) à 15 ans de réclusion pour des viols et agressions sur plusieurs fillettes.