
Cinq ans après le meurtre de George Floyd, le juge Peter Cahill, figure centrale du procès de Derek Chauvin en 2021, s’est exprimé pour la première fois dans le Minnesota Star Tribune.
L’un des procès les plus importants du 21e siècle. Aujourd’hui à la retraite, le juge Peter Cahill est revenu sur l’un des moments clés de ses quatre décennies de carrière : le procès des policiers impliqués dans la mort de George Floyd, dont Derek Chauvin, reconnu coupable du meurtre de l’Afro-Américain en 2021.
«Une question d’honneur»
Dès l’arrestation de l’officier, l’ancien magistrat pressentait qu’il pourrait être appelé à présider ce procès hautement politisé. Il a toutefois reconnu qu’il «ne le souhaitait pas», notamment en raison de son biais favorable aux forces de l’ordre, en partie dû à ses liens familiaux.
«Une partie de ma formation consiste à contrôler mes préjugés. Et pour être honnête, je pense avoir un parti pris pro-police… que je dois éviter d’appliquer», a-t-il expliqué au média américain.
Mais, par devoir, il savait qu’il ne pouvait se dérober, confiant : «C’est une question d’honneur, de patrie, en fin de compte».
Pour se préparer, il a reçu des conseils de magistrats ayant affronté une pression similaire, notamment ceux du juge Lance Ito, qui avait présidé le procès pour meurtre d’OJ Simpson en 1995. Il lui a adressé une carte lui souhaitant «paix et sagesse».
Peter Cahill a déploré le climat politique entourant l’affaire, citant les appels à «définancer la police» lancés par «ces idiots du conseil municipal de Minneapolis». Il aspirait à un procès «bon, propre et équitable», sans l’influence des élus et des médias.
C’est dans cet esprit qu’il a pris la décision d’autoriser la diffusion intégrale du procès pénal, marquant une première dans l’histoire judiciaire du Minnesota. Selon lui, «personne ne ferait confiance au résultat – d’aucun côté – s’il ne comprenait pas ce qui se passe». «Nous détestons tous être sous les feux des projecteurs et préférons simplement effectuer notre travail, mais je ne le regrette absolument pas», a-t-il ajouté.
Plus de 23 millions de personnes ont suivi l’issue du procès en direct. Ce précédent a permis par la suite l’installation plus large de caméras dans les tribunaux de l’État.
Un procès sous haute tension
Cette exposition lui a toutefois valu de recevoir un flot de courriers haineux, messages vocaux, et pressions diverses, à son bureau comme à son domicile. «Je déteste les extrémistes des deux côtés. La plupart de ces messages disaient : « Vous auriez dû lui infliger la peine de mort ». Des pasteurs m’ont condamné à l’enfer pour ma « peine légère »», a-t-il raconté, ajoutant que d’autres, à l’inverse, lui demandaient de gracier Derek Chauvin – ce que la loi n’autorise pas un juge à faire.
Dans cette période éprouvante, Peter Cahill a pu compter sur le soutien de sa famille et de ses proches. Des voisins lui apportaient des colis contenant des bouteilles de whisky, tandis que la police locale effectuait plusieurs rondes quotidiennes devant son domicile. Un arbre de la rue a même été équipé d’une caméra de surveillance, et lui-même dormait avec un tuyau en acier sous son lit.
L’ancien policier a été condamné à 21 ans de réclusion criminelle, une peine supérieure aux recommandations de l’État. Les autres agents ont été condamnés pour complicité de meurtre.
L’ancien juge avait justifié cette sévérité par «l’abus de position de confiance et d’autorité par Chauvin, ainsi qu’à la cruauté particulière dont il a fait preuve envers George Floyd», qui a été privé de «la dignité due à tout être humain».
Aujourd’hui, même s’il ne pense plus souvent à l’affaire, le juge retraité considère ce procès comme le plus important de sa carrière. Il a fait don de plusieurs objets symboliques à la Société historique du Minnesota, notamment son masque anti-COVID-19, sa robe de magistrat, ses notes personnelles, plusieurs boîtes de lettres menaçantes, et même ses lunettes, remplacées depuis, pour qu’on ne le reconnaisse plus dans la rue. «J’ai changé de look pour ne pas ressembler à « ce juge du procès Chauvin »», a-t-il conclu.