ENQUETE. On a remonté les filières des stéroïdes anabolisants glorifiés sur les réseaux sociaux par des influenceurs sportifs

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By InfoHunter



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Illégale en France, la consommation de stéroïdes anabolisants est normalisée ces dernières années par des influenceurs sur les réseaux sociaux. Les Révélateurs ont enquêté sur les chaînes d’approvisionnement de ces produits plébiscités par les adeptes de la musculation.

Des résultats rapides et visibles pour un effort équivalent à l’entraînement. C’est la promesse alléchante des stéroïdes anabolisants, des produits censés décupler la taille du muscle et permettre une prise de masse sèche, soit sans masse graisseuse. Reste que leur ingestion n’est pas sans risque et qu’une grande part de ces substances sont indiquées pour une utilisation vétérinaire. Depuis plusieurs années toutefois, les opérations de démantèlement de réseaux internationaux de stéroïdes anabolisants se multiplient.

En Europe de l’Est d’abord. En mars 2023, Europol a démantelé une filière en Moldavie et en Roumanie : elle alimentait le marché européen en stéroïdes pour un bénéfice estimé à plus de 1,5 millions d’euros. Plus récemment en Espagne, en mars 2025, la police a mis un terme aux activités d’une usine clandestine de produits dopants, saisissant près de 300 000 doses de médicaments illégaux et de seringues utilisées pour leur injection. Des opérations similaires ont aussi été menées en France ces dernières années.

Grâce à l’analyse de plusieurs centaines de vidéos postées sur les réseaux sociaux, Les Révélateurs retracent le parcours de ces substances interdites dans la pratique sportive par le Code mondial antidopage. En France, la simple détention de stéroïdes anabolisants sans prescription médicale est punie par la loi, jusqu’à un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende. Ces drogues de synthèses, dérivées de la testostérone, font pourtant le succès d’adeptes de la musculation, notamment sur TikTok. Avec leurs dizaines de milliers d’abonnés, ils partagent leur expérience et ne sont pas avares de conseils en matière de consommation de ces hormones.

Des influenceurs français, parfois mineurs, partagent ainsi bons plans et codes de réductions, en véritables ambassadeurs de ces médicaments miracle. Se félicitant des bénéfices de cures hormonales sur leurs triceps, ils orientent leur public vers des plateformes d’achat, et ce en toute impunité. L’un de ces produits fait particulièrement fureur auprès des consommateurs : le trenbolone. Normalement destiné aux bovins pour stimuler leur croissance, il est largement détourné dans les salles de musculation. Interdit à la vente en France, le trenbolone se retrouve facilement accessible en ligne. Sur les sites marchands utilisés, tout y est indiqué, du prix à la posologie. Les vendeurs promettent une expédition du produit dans la plus grande discrétion, pour passer outre les contrôles douaniers.

Mais d’où provient le trenbolone et d’autres substances de ce type ? Où sont-elles fabriquées ? Une saisie de la gendarmerie espagnole, réalisée en juillet 2023, a révélé la route d’une de ces filières. Parmi les produits interceptés, figurent des boîtes de Parabolan, un médicament fabriqué par une entreprise moldave. « Nous importons la quasi-totalité des principes actifs, soit environ 99 %. Les principaux fournisseurs de matières premières pour la production de médicaments sont l’Inde et la Chine », dévoile le directeur de l’entreprise sur son site internet.

Dans ces deux pays, des dizaines d’usines sont en effet autorisées à fabriquer des stéroïdes sous licence d’Etat. En Inde, nous avons pu recenser au moins trente usines qui ont pignon sur rue. Certaines affichent même l’inscription « Stéroïdes et hormones » sur le fronton de leur immeuble, comme le montre la photo ci-dessous, ou diffusent des visuels de leur production de trenbolone en poudre sur leur site internet.

On dénombre plus d'une cinquantaine d'usines de fabrication de stéroïdes anabolisants en Inde et en Chine (Google maps)

On dénombre plus d’une cinquantaine d’usines de fabrication de stéroïdes anabolisants en Inde et en Chine (Google maps)

Parmi leurs clients, on retrouve des laboratoires clandestins établis partout dans le monde. Selon nos investigations, ces sociétés reçoivent les matières premières, procèdent à l’assemblage puis à l’expédition des comprimés, des seringues et des fioles. Leurs sites internet sont disponibles en plusieurs langues, dont le français.

Grâce à une vidéos de communication trouvée sur l’un de ces sites, Les Révélateurs ont pu confirmer la présence de ces sociétés dans l’Union européenne. Un détail dans la vidéo nous a permis de localiser plus précisément l’adresse : la présence d’une étiquette de consommation énergétique, un document apposé uniquement sur des appareils achetés en Europe. Pour remonter jusqu’au pays, Les Révélateurs ont simulé un acte d’achat. L’invitation à une transaction par virement bancaire a indiqué les coordonnées d’un compte commençant par PL, l’indicatif de la Pologne, un pays membre de l’Union européenne.  

Une autre tentative d’achat d’un produit dopant nous a permis d’évaluer les sommes en jeu. Cette fois-ci, au moment du paiement, le site vendeur a proposé de régler en bitcoin, une monnaie numérique réputée intraçable. Grâce aux informations du compte à créditer, nous sommes rapidement remontés jusqu’à un portefeuille virtuel où l’ensemble des transactions dépassaient le milliard d’euros.

Ces produits achetés en ligne ne mentionnent aucun contrôle sanitaire fiable ou reconnu en France. L’usage de stéroïdes non encadré par les médecins est dangereux pour la santé. Les effets secondaires peuvent aller de réactions cutanées importantes à des risques d’accident cardiaque. 





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