
Candidat favori dans course à la présidentielle en Pologne, dont le premier tour aura lieu ce dimanche 18 mai, l’historien nationaliste Karol Nawrocki, âgé de 42 ans, bénéficie du soutien du principal parti d’opposition Droit et Justice (PiS).
«La Pologne d’abord, les Polonais d’abord». Tel est le slogan de campagne Karol Nawrocki, le nationaliste de 42 ans en lice pour l’élection présidentielle polonaise, dont le premier tour a lieu ce dimanche. Et le candidat de la Coalition civique (KO) du Premier ministre Donald Tusk semble bien parti pour arriver au second tour. En effet, selon les médias locaux, il se place en deuxième position dans les sondages pour le premier tour du scrutin, derrière le maire de Varsovie Rafal Trzaskowski.
Cet historien et père de trois enfants d’une famille recomposée est né dans la commune portuaire de Gdansk. Directeur du musée de la Seconde Guerre mondiale de sa ville natale entre 2017 et 2021, il a ensuite été chargé d’enquêter sur les crimes nazis et communistes pour l’Institut de la mémoire nationale (IPN), qu’il dirige depuis 2021. Ses recherches portent notamment sur l’opposition anticommuniste polonaise ou encore le crime organisé à l’époque communiste.
Des travaux qui lui ont valu d’être épinglé à la liste de personnes recherchées par la Russie en 2024, en grande partie à cause de ses efforts pour enlever des monuments de l’ère soviétique en Pologne.
L’ukraine sur la sellette
Si tout au long de sa campagne Karol Nawrocki s’est engagé à maintenir le soutien de la Pologne à l’Ukraine voisine, qui se bat contre l’invasion russe depuis février 2022, il a cependant dénoncé les aides généreuses polonaises accordées aux réfugiés. Son slogan «La Pologne d’abord, les Polonais d’abord» reflète d’ailleurs clairement ses positions quant au million de réfugiés ukrainiens qui vivent dans ce pays de l’Otan.
Dans une vidéo récemment partagée sur les réseaux sociaux, il déclarait que «les prestations sociales sont avant tout destinées aux Polonais», et que «dans les files d’attente chez les médecins et dans les hôpitaux, les citoyens polonais doivent avoir la priorité», promettant ensuite d’introduire une législation en ce sens.
Le quadragénaire a également reproché à l’Ukraine de ne pas avoir «fait preuve de gratitude pour ce que les Polonais ont fait» et a accusé le président Volodymyr Zelensky d’«insolence».
Cette hostilité à l’égard du président ukrainien est égale à son admiration pour Donald Trump. Avant l’élection de ce dernier, en novembre dernier, Karol Nawrocki a rencontré le 47e président américain à la Maison Blanche, qui lui aurait affirmé : «Vous allez gagner» la présidentielle polonaise, selon ses propos. Un rendez-vous qui soulève aujourd’hui en Pologne des accusations d’ingérence américaine dans l’élection présidentielle.
En difficulté après une transaction «obscure» sur le marché immobilier
À quinze jours du premier tour, ce favori pour la présidentielle polonaise a été éclaboussé par un scandale concernant ses appartements privés.
Lors d’un débat diffusé à la télévision au début du mois de mai, l’historien s’est déclaré opposé à l’instauration de la taxe foncière en Pologne, déclarant ne posséder lui-même qu’un seul appartement. Peu de temps après, les médias révélaient qu’il en avait acquis un deuxième à l’issue d’une transaction complexe, jugée «obscure» par des observateurs et ses opposants politiques.
Après des jours de couverture négative, sa crédibilité, qui avait pris de l’ampleur grâce à sa campagne au cours des dernières semaines, a été mise en difficulté.
Double identité et scandale littéraire
Véritable couteau suisse, Karol Nawrocki est aussi auteur à ses heures perdues. Cependant, l’un de ses ouvrages publié en 2018 a suscité la polémique. Le livre, signé du nom anonyme «Tadeusz Batyr», évoquait la vie de Nikodem Skotarczak, un homme d’affaires et gangster polonais de l’ère communiste.
La même année, un homme passa à la télévision d’État sous le nom de «Batyr», le visage flouté et la voix modifiée. L’individu déclarait alors que c’était le nationaliste de 42 ans qui l’avait inspiré dans son travail.
De son côté, Karol Nawrocki avait réagi sur les réseaux sociaux, confirmant que ce mystérieux «Batyr» lui avait demandé des conseils. Mais malaise : les médias ont découvert que les deux hommes n’étaient en réalité qu’une seule et même personne.
Au-delà de cette histoire sombre, le candidat à l’élection présidentielle polonaise a également été accusé d’entretenir des liens avec des gangsters et des néonazis. Une accusation qualifiée de «manipulation profonde» par le principal intéressé, affirmant que ce genre de contacts au cours de sa carrière avaient été rares et à des fins professionnelles.