
Une lycéenne, qui venait d’avoir 15 ans, a été tuée et trois autres, âgés de 15 et 16 ans, ont été blessés à coups de couteau par un élève ayant pénétré jeudi dans le collège-lycée Notre-Dame-de-Toutes-Aides à Nantes, en Loire-Atlantique. Ce vendredi, le procureur de la République a éclairci de nombreux points sur le profil du suspect.
Alors qu’un second blessé est toujours en urgence absolue, le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, a tenu une conférence de presse ce vendredi à la suite de cette attaque au couteau, indiquant que Justin P., le mis en cause de 16 ans, est scolarisé dans cet établissement depuis 2021.
Concernant le déroulé des faits, le magistrat a expliqué que Justin P. était déjà présent au lycée le matin. Tout a commencé vers 12h, «heure à laquelle le jeune mis en cause se rend dans les toilettes du premier étage du bâtiment dans lequel se trouvent les deux classes».
Le mis en cause est ensuite resté une dizaine de minutes dans les toilettes, où «il dépose son sac à dos dans lequel les services de police trouveront plus tard une réplique de pistolet de Colt 45», ainsi que deux couteaux. «Au cours de ces minutes aux toilettes, il écrit quelques phrases aux murs et se scarifie avec son couteau sur le front», a dit Antoine Leroy. Parmi ces phrases écrites, le mis en cause souhaitait «qu’on lui tranche la gorge». Puis, vers 15h, Justin P. a envoyé son manifeste à ses camarades de classe.
«57 coups de couteau» assénés à la victime décédée
À 12h30, le mis en cause s’est rendu dans une salle de second où se tenait un cours de mathématique. «Il demande à ceux qui sont présents dans la classe à savoir si l’un de ses camarades, dont il donne le nom ou le prénom, se trouve présent», a ajouté le magistrat indiquant que l’enseignant ainsi que les élèves ont répondu négativement à sa demande.
Justin P. est alors fait demi-tour et est retourné aux toilettes. «A ce moment-là, il fait deux choses. Il se masque le visage avec un masque. Tous les événements qui vont suivre seront à visage complètement dissimulé sans qu’il ne soit possible de le reconnaître. Au cours de ceux-ci, il ne prononcera aucune parole», a expliqué le magistrat. Le mis en cause s’est ensuite équipé de son couteau puis est retourné dans la même classe.
Sans parler, il s’en est pris à une seule personne. Il s’agit de la jeune fille. «Devant l’enseignant et les élèves, le mis en cause donnera des coups de couteau exclusivement sur cette jeune fille», a indiqué le procureur, ajoutant que Justin P., a donné «57 coups de couteau sur le corps de cette victime», dont «le haut du corps, le crâne, dans la gorge. Les coups de couteau mortels ont été donnés dans la veine jugulaire ainsi que la carotide».
«La victime a subi ces coups de couteau à la fois quand elle était debout avant de tomber à terre. Tous les témoins présents indiquent qu’il a continué à s’acharner sur elle alors qu’elle était tombée à terre», a déclaré Antoine Leroy.
Alors que la professeure ainsi qu’un certain nombres d’élèves ont réussi à quitter la pièce, le suspect les a suivi avant de traverser le couloir et de se rendre dans la pièce d’en face où se dispensait un cours d’anglais. Justin P. est entré dans la pièce et «sans distinction, au hasard, il s’en prend à trois étudiants, deux garçons et une jeune fille. Des coups de couteau sont donnés sur ces trois personnes».
La troisième victime a pris des coups de couteau «notamment sur le haut du crâne». Alors que le jeune homme est tombé par terre, celui-ci a pris d’autres coups de couteau. «Aujourd’hui, il est hors de danger. Il a pu être entendu par les services de police ce matin», a dit le procureur de la République de Nantes.
«Une fascination pour Adolf Hitler» et un profil suicidaire
Alors que les cris retentissait dans la classe, le technicien en informatique est monté très vite. Il a ensuite asséné au mis en cause un coup de chaise dans le dos et sur le crâne. Justin P. a voulu à ce moment-là s’en prendre au technicien en gardant toujours son couteau à la main.
À l’heure où le technicien a pris la direction du couloir, le suspect l’a suivi. Finalement, le personnel éducatif «a fait en sorte que le mis en cause se retrouve pris dans une sorte de SAS dans lequel le mis en cause ne pouvait plus ressortir». Il a ensuite été maîtrisé jusqu’à son placement en garde à vue.
Concernant le profil de Justin P., ce dernier est décrit comme étant «extrêmement solitaire, peu d’amis, peu de dialogues avec grand monde (…) Ce jeune a eu à six reprises des entretiens à l’initiative de sa mère avec des personnes susceptibles de l’aider».
Il aurait une certaine fascination pour Adolf Hitler. «Cette fascination a été repérée par le personnel enseignant de l’école dans laquelle il était, puisqu’il dessinait Hitler de sorte que le personnel éducatif a été inquiété par son comportement et le jeune a été convoqué avec sa mère devant le sous-directeur de l’établissement scolaire la veille des vacances de Pâques», a expliqué Antoine Leroy, notant également qu’il s’agit d’un jeune «suicidaire». Il était «extrêmement entouré par sa mère» puisque ses parents sont divorcés.
À l’heure actuelle, «il n’y a aucun mobile susceptible d’être évoqué d’une façon certaine», a fait savoir Antoine Leroy, écartant «une potentielle relation affective avec la jeune fille qu’il a tué». Cette dernière «était la seule personne de ce lycée et de ses connaissances avec laquelle il pouvait avoir un dialogue qu’il estimait être de qualité».