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Parlez-vous l’emoji, ces petits symboles qui ont envahi nos portables et dont les enfants raffolent ? Leur usage est parfois détourné avec un double sens qui peut piéger les plus jeunes et servir de signe de reconnaissance pour des adultes consommateurs de pédopornographie.
L’enquête de « L’Œil du 20 Heures » débute avec une publication de la police nationale. Un simple emoji qui servirait aux pédocriminels à se repérer entre eux et à passer sous les radars ? En Australie, la police en a même fait un guide pour alerter les parents, avec pour chaque emoji, leur sens caché. Car en anglais, les initiales « CP » (pour « cheese pizza ») servent de code pour désigner en toute discrétion la « child pornography », ou pédopornographie en français.
Pour le vérifier, direction TikTok, le réseau social aux 18 millions d’utilisateurs en France, dont 30% de mineurs. Une simple recherche avec l’emoji pizza nous permet, en quelques minutes, de trouver des dizaines de comptes au but limpide.
L’un affirme par exemple dans sa biographie « avoir tout type d’enfant. De 1 à 16 ans ». Un autre ne recherche que « des clients sérieux ». Mais la situation s’aggrave après avoir consulté ces profils. Sans même faire aucune recherche, l’algorithme de TikTok se met à nous proposer spontanément des comptes comprenant les mentions « pizza » ou « cp » dans leurs pseudonymes.
Nous tentons de contacter Tiktok pour une interview au sujet de leurs règles d’utilisation, sans succès. L’entreprise nous répond par écrit.
« La plateforme est passée au peigne fin de façon constante. Si des profils sont toujours visibles et problématiques, ils seront captés par la modération et vont être modérés. »
TikTokà « L’Œil du 20 Heures »
A la suite de nos échanges, les recherches associant l’émoji pizza aux initiales « cp » sont désormais bloquées. Sauf qu’avec d’autres émojis, en apparence tout ce qu’il y a de plus innocents, comme celui représentant un bébé, on arrive aux mêmes résultats, avec les mêmes types de comptes.
Mais alors, qui se cache derrière ces profils ? Les comptes TikTok ne sont qu’une vitrine pour rediriger vers des messageries chiffrées, Telegram en tête. Les réponses y sont quasiment instantanées. De nombreuses vidéos pédocriminelles nous sont envoyées gratuitement. Puis, on nous propose de choisir des sévices filmés et tarifés.
Mais s’il est facile de trouver ces contenus, il est beaucoup plus difficile d’en identifier les auteurs, cachés derrière des pseudonymes. Nous tentons de remonter la piste de l’un de ces comptes. A l’aide de la plateforme de paiement Paypal, nous croyons identifier un Américain vivant dans l’Arkansas. Mais notre enquête nous révèle que le même compte est utilisé par une personne qui prétend s’appeler Mia.
Impossible de connaître son lieu de vie ni même sa véritable identité. Mais elle aurait vendu pour plus de 4 000 dollars de vidéos pédocriminelles. Nous la contactons pour l’interroger. Elle nous répond instantanément : « Arrête de me poser des questions ou je te bloque ». Ce qu’elle fait quelques minutes plus tard. Une identité fantôme, typique pour brouiller les pistes et empêcher de remonter aux véritables pédocriminels.
La lutte à mener est donc constante pour les associations et les autorités. « Il faut continuer de faire en sorte que même si de nouveaux émojis arrivent bientôt, on puisse continuer aussi à les faire remonter aux plateformes, estime Samuel Comblez, directeur général adjoint de l’association e-Enfance. Les pédocriminels sont une communauté extrêmement agile qui crée tous les jours des nouvelles façon de pouvoir s’entraider. C’est un peu le jeu du chat et de la souris parce que plus on va bannir de comptes, plus il va s’en recréer derrière. »