Emiliano Martinez, l’arrogance érigée au rang d’art

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By InfoHunter


Le gardien argentin fait partie des meilleurs à son poste depuis plusieurs saisons et le doit en partie à ses provocations et intimidations.

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France Télévisions – Rédaction Sport


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Emiliano Martinez lors du huitième de finale retour de Ligue des champions entre Aston Villa et le Club Bruges, le 12 mars 2025, à Villa Park. (JEAN CATUFFE / AFP)

Emiliano Martinez lors du huitième de finale retour de Ligue des champions entre Aston Villa et le Club Bruges, le 12 mars 2025, à Villa Park. (JEAN CATUFFE / AFP)

Il est presque devenu l’ennemi public n°1 en France après la finale de la Coupe du monde 2022. Emiliano Martinez est l’un des visages marquants d’Aston Villa, adversaire du Paris Saint-Germain en quarts de finale retour de la Ligue des champions, mardi 15 avril. S’il a été battu à trois reprises lors du match aller (1-3), le gardien argentin n’est pas du genre à capituler. Facétieux et espiègle pour certains, arrogant et vulgaire pour d’autres, il n’en reste pas moins l’un des tout meilleurs gardiens au monde.

Lionel Messi le dit lui-même. « Dibu (son surnom) est fondamental. Il répond toujours présent. Nous avons l’un des meilleurs gardiens au monde », avait assuré l’octuple Ballon d’or l’été dernier après une énième séance de tirs au but remportée grâce à Martinez, lors du quart de finale contre l’Equateur. Si l’on peut reprocher à la Pulga d’être subjective, le jury du prix Yachine, récompensant le meilleur gardien du monde en même tant que le Ballon d’or, lui a donné raison en couronnant Martinez lors des deux dernières éditions (2023, 2024).

Sa capacité à briller dans les moments de très haute tension lui a permis de convaincre le jury sans même évoluer dans un club de premier plan. Il est à l’évidence un spécialiste de l’exercice des tirs au but. Le portier de 32 ans est sur une série de six victoires d’affilée (12 arrêts en 28 tentatives adverses – 43% d’arrêts), débutée à l’été 2020 lors du Community Shield remporté avec Arsenal contre Liverpool. La plus importante est intervenue un an plus tard, en sélection lors de la Copa America 2021.

Alors qu’il s’apprête à continuer à jouer les doublures de Franco Armani, ce dernier reste sur la touche à cause des symptômes d’un Covid-19 long. Propulsé titulaire, Emiliano Martinez fait partie de l’équipe gagnante du tournoi continental, l’équivalent de l’Euro en Amérique du Sud, pour la première fois depuis 1993. C’est en demi-finales, face à la Colombie, que sa légende débute véritablement.

Ses provocations incessantes en pleine séance de tirs au but ont déconcentré les tireurs Davinson Sanchez et Yerry Mina dans une séquence devenue virale : « Désolé, je vais te manger mon frère », « Toi, tu es nerveux ». Depuis, Martinez a remis le couvert à deux reprises pendant la Coupe du monde 2022, en finale contre la France, avec une danse pour accueillir le raté d’Aurélien Tchouameni, à qui il avait envoyé le ballon à l’autre bout de la surface. En quarts de finale contre les Pays-Bas, il avait déjà réussi son coup et avait pris à partie le sélectionneur adverse à la fin du match, torse nu.

C’est tout naturellement que l’enfant de Mar del Plata a joué la même carte contre Lille en quarts de finale de C4 l’an dernier, éliminant les Dogues aux tirs au but dans leur propre stade avec des provocations et deux arrêts face aux tentatives de Nabil Bentaleb et Benjamin André. « [Les supporters de Lille] m’ont insulté tout le match. Jamais on ne m’avait autant insulté dans toute ma vie. Ils m’ont tout fait. Je n’ai rien fait pendant les 120 minutes du match. Il y a eu la séance de tirs au but et je les ai fait taire », était revenu Martinez dans le média TycSports. Ce jour-là, il avait récolté un deuxième carton jaune pendant la séance et échappé à l’expulsion, grâce à une faille dans le règlement. « Ce garçon a une attitude qui n’est pas celle d’un sportif de très très haut niveau. Dans la défaite ou la victoire, il faut rester calme et élégant », avait alors pesté le président lillois, Olivier Létang.

« Quand on est dans le bus, on est assis à côté et on a l’habitude de regarder des matchs. Quand un gardien se prend un but, il célèbre à chaque fois parce qu’il ne veut pas qu’il termine la rencontre avec un clean sheet. Il est obsédé par ça », raconte à Relevo son coéquipier Pau Torres. Cette arrogance, Emiliano Martinez refuse pourtant de se la voir collée comme une étiquette.

« Je n’essaie jamais d’énerver les supporters. J’essaie juste de ralentir les choses quand le match est contre nous (…). Je ne jure pas, je n’insulte personne. Je ne dépasse pas les limites, je ne le fais jamais », avait-il assuré dans le même entretien à TycSports. Quelques mois plus tard, il faisait son mea culpa après avoir appris sa suspension pour deux matchs par la Fifa, la faute à des célébrations un brin excessives et à une fâcheuse tendance à brandir les trophées devant son sexe.

Le portier argentin Emiliano Martinez après la finale de la Coupe du monde, le 18 décembre 2022 à Lusail. (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)

Le portier argentin Emiliano Martinez après la finale de la Coupe du monde, le 18 décembre 2022 à Lusail. (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)

Avant d’arriver sur le devant de la scène, Emiliano Martinez a passé de longues années à ronger son frein. Repéré très tôt par Arsenal, il a joué les n°2 voire les n°3 jusqu’à son arrivée à Aston Villa en 2020. Avant de gesticuler et de s’adresser à ses adversaires sur pénalty, il n’a eu que très peu d’occasions de sortir du cadre (à 27 ans, il n’avait même pas dépassé la barre des 50 matchs professionnels).

« Il attendait comme un jeune lion que le chef de la meute décline. Il était prêt physiquement, techniquement et mentalement », retrace pour So Foot Gerry Peyton ex-entraîneur des gardiens à Arsenal. Le déclic a finalement eu lieu en prêt à Reading, en deuxième division anglaise. « La meilleure chose que ce prêt m’a appris, c’était d’être arrogant sur le terrain. Pas une arrogance au sens où tu sais que tu es le meilleur mais une arrogance qui te donne la confiance pour le montrer », s’était-il justifié après une clean sheet contre Francfort en 2019.

Cette arrogance est un atout qui a fait ses preuves, mais le problème pour Aston Villa est que l’urgence est avant tout de marquer mardi. Ce n’est que dans l’optique où le club de Birmingham remonte ses deux buts de retard que Martinez pourra déplacer la rencontre sur son terrain de prédilection, celui de l’intimidation. Sa tentative au match aller a été aussi timide que vaine. Il s’était contenté d’arriver à Paris avec une casquette personnalisée mettant en scène la supériorité de l’Argentine sur la France. A la mi-temps de la double confrontation, le PSG a montré la sienne sur Aston Villa.





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