
Dans le cadre d’un «Comité d’alerte sur le budget», François Bayrou s’est exprimé au sujet de la dette française, ce mardi 15 avril. Il a dressé un portrait alarmant des finances publiques.
«Il est des rendez-vous cruciaux et des heures de vérité décisives, celle-ci en est une», a déclaré François Bayrou, ce mardi 15 avril.
Le Premier ministre a réuni ce matin à Paris plusieurs membres de son gouvernement ainsi que des parlementaires, des représentants d’organismes de sécurité sociale ou encore syndicaux à l’occasion d’un «Comité d’alerte sur le budget».
L’objectif de cette prise de parole était de dresser un état des lieux de l’endettement et du déficit de la France, parmi les plus élevés en Europe, mais aussi de préparer les Français aux efforts qui vont être demandés dans le cadre du budget 2026.
Un contexte difficile
Les premiers mots de François Bayrou ce mardi visaient à décrire le contexte difficile dans lequel se trouve la France. Il a d’abord évoqué la formation de son propre gouvernement, sans majorité ni budget à l’époque, et confronté selon lui à un «parcours d’obstacles sans précédent». «Nous avons dû, en cinq semaines, surmonté six motions de censure pour parvenir à adopter les deux budgets», a-t-il rappelé.
En parallèle, un «ouragan» balaie la planète «depuis le 24 février 2022, date de l’agression sur l’Ukraine de la Russie de Vladimir Poutine», a ajouté le Premier ministre. Non seulement «la guerre ne s’est pas calmée» depuis, mais le monde a récemment «vécu en direct un renversement des alliances que nul ne pouvait imaginer», lorsque «le président des Etats-Unis a intimé l’ordre à son allié agressé, Volodymyr Zelensky, d’avoir à se rendre sans délai aux exigences de son agresseur».
Pour François Bayrou, les Etats-Unis, qui étaient «l’un des socles de l’ordre mondial» sont passés «en un instant du côté des agresseurs». Un «tremblement de terre» qui «s’est doublé d’une réplique de terrible puissance» lorsque Donald Trump a déclenché une «guerre commerciale planétaire» en imposant des droits de douane «inimaginables». «Voilà le paysage tourmenté dans lequel se dresse la montagne de difficultés que notre pays doit surmonter».
Nous ne produisons pas assez
Selon François Bayrou, si la France manque de ressources, c’est dans un premier temps parce que le pays ne produit pas assez. «Le PIB par habitant français est inférieur de 10 à 15% à celui de l’Allemagne selon les années, presque 25% par rapport à celui des Pays-Bas et 30% par rapport à celui des Etats-Unis».
«Nous sommes le seul pays de notre niveau dans l’Union européenne qui accumule un tel déficit commercial, s’élevant à 100 milliards par an». Quarante milliards «nous sont imposés car c’est notre déficit sur le poste des hydrocarbures, mais bien d’autres postes sont améliorables», a détaillé le Premier ministre.
Nous importons bien plus que nous exportons et le gouvernement estime que c’est autant que nous pourrions produire. Il est impératif de «réduire nos dépendances, soit en produisant davantage ce que nous achetons, soit en modifiant nos habitudes de consommation».
Pour produire plus, nous devons aussi travailler plus, et être plus nombreux en activité. «Nous ne produisons pas assez et nous ne travaillons pas assez», a insisté le chef du gouvernement. Lors de sa présentation, François Bayrou a appuyé sur le fait que le taux d’emploi des jeunes et des seniors est plus faible en France qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni.
Nous dépensons trop par rapport à nos recettes
«Nous sommes le pays du monde qui dépense le plus d’argent public, 57% de notre produit intérieur contre 50% de recettes. Et pourtant la France est loin d’être au sommet du classement des pays de l’OCDE pour le niveau de vie, nous ne sommes que 16e pour le PIB par tête en 2022», a déclaré le Premier ministre.
Citant le Canada, la Suède ou encore les Pays-Bas, il a affirmé que «beaucoup de pays plus développés que nous du point de vue de l’épanouissement de leurs citoyens ont fortement réduit leurs dépenses publiques lorsqu’elles ont été menacées de déséquilibre».
«Ce qui est frappant, c’est que les habitants de ces pays sont précisément ceux qui se déclarent les plus heureux dans les comparaisons internationales». La preuve, selon François Bayrou, que «l’excès de dépenses publiques ne fait pas le bonheur du peuple» et qu’une «politique de rééquilibrage» est possible.
Pour réduire ces dépenses, le gouvernement a exclu deux «solutions de facilité» : l’augmentation des prélèvements et l’emprunt. La France est déjà le pays qui détient le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé dans le monde et elle emprunte déjà depuis des décennies, au point d’être «au bord d’une situation de surendettement».
Les quatre orientations de l’action gouvernementale
A l’heure actuelle, la dette représente environ 50.000 euros par Français et donc «200.000 euros pour une famille de quatre personnes», a expliqué François Bayrou. Plus elle s’accroît, «plus son remboursement pèse dans notre budget annuel» et en 2027, les intérêts «nous coûteront davantage que le budget aujourd’hui consacré à l’Education nationale».
Alors que «le contexte géopolitique devrait nous obliger dans notre défense et notre recherche, soutenir une telle dette menace gravement notre indépendance», a prévenu le Premier ministre. Sans compter que tout abaissement de la note souveraine de la France par les agences de notation «entraînerait une augmentation des taux d’intérêt et donc de la charge de remboursement que cette dette impose au pays».
Pour éviter ce cercle vicieux, le gouvernement a identifié quatre lignes d’action. La première consiste a déployé un «immense effort partagé» pour assurer «notre indépendance en matière de sécurité et de défense», à l’échelle de l’UE. Cela passe notamment par le respect des engagements pris dans la loi de programmation, à hauteur de 50,4 milliards, avec probablement un effort supplémentaire de 3 milliards l’année prochaine.
Le deuxième point concerne «le refus du surendettement». Concrètement, «la trajectoire définie pour 2025 et 2026 doit être maintenue en gardant l’objectif d’un retour au 3% de déficit en 2019». François Bayrou a assuré que ce chiffre n’avait pas été choisi «au doigt mouillé» mais qu’il représente «le seuil en deçà duquel la dette n’augmente plus».
La refondation de l’action publique constitue le troisième point d’action. Il est question d’une «remise à plat des missions et budgets de nos administrations» qui a déjà commencé puisque le gouvernement a demandé à chacune de ces dernières de formuler clairement «les missions dont elle a la charge, afin d’en évaluer la pertinence et d’identifier les doublons et redondances».
Enfin, il est impératif de «garantir la vitalité économique du pays pour que la France soit une terre attractive d’investissement et d’emploi». François Bayrou a notamment évoqué 15 milliards d’euros d’investissement pour «financer les projets innovants».
Ces «grandes orientations» du budget 2026 seront présentées «avant le 14 juillet» et le Premier ministre s’est dit convaincu que la France est capable de relever ces défis. «C’est un travail tout a fait considérable mais vital pour notre pays, a-t-il assuré. Aucun gouvernement, ni le nôtre, ni ceux qui viendront après nous, ne pourra éluder la question.»