Parcoursup pousse-t-il les professeurs à édulcorer les appréciations sur les bulletins scolaires ?

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By InfoHunter


Alors que les enseignants du supérieur constatent une surenchère des jugements positifs, ceux du second degré disent chercher l’équilibre entre honnêteté et encouragement, confrontés à la pression des élèves, des parents et parfois des chefs d’établissement.

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Depuis les débuts de Parcoursup en 2018, les enseignants du supérieur constatent une surenchère des jugements positifs dans les bulletins trimestriels, tandis que ceux du second degré disent chercher l'équilibre entre honnêteté et encouragement. (PAULINE LE NOURS / FRANCEINFO)

Depuis les débuts de Parcoursup en 2018, les enseignants du supérieur constatent une surenchère des jugements positifs dans les bulletins trimestriels, tandis que ceux du second degré disent chercher l’équilibre entre honnêteté et encouragement. (PAULINE LE NOURS / FRANCEINFO)

Etre transparent sans décourager, valoriser l’attitude autant que les compétences, souligner la progression, éviter les formules répétitives… Remplir le bulletin scolaire s’apparente à un exercice d’équilibriste délicat pour un professeur. La rédaction des appréciations pose même un dilemme moral. « On a la pression d’être le plus honnête possible, sans fermer le champ des possibles », résume David Boudeau, enseignant au lycée François-Truffaut à Challans (Vendée) et président de l’Association des professeurs de biologie et de géologie (APBG).

Depuis 2018 et l’apparition de Parcoursup, « le bulletin est devenu un facteur de tension », et certains professeurs « craignent de mettre des bâtons dans les roues » de leurs élèves, explique Joëlle Alazard, présidente de l’association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG) et enseignante en classe préparatoire au lycée Louis-Le-Grand (Paris). La plateforme d’orientation du post-bac, perçue comme insaisissable par les jeunes, se voit accusée d’avoir accru la sélection dans le supérieur, y compris à l’université, 

Alors que les élèves ont jusqu’au jeudi 13 mars dans la soirée pour formuler leurs vœux, les appréciations trimestrielles des enseignants seront examinées par les jurés des formations post-bac, en complément des notes, du projet professionnel, et parfois d’une lettre de motivation. Ils pourront aussi s’appuyer sur la fiche « Avenir », une synthèse des notes et appréciations de l’année de terminale.

Enseignant en lettres classiques au lycée Lakanal de Sceaux (Hauts-de-Seine) et représentant des classes préparatoires pour le Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), Emmanuel Caquet déplore une inflation des bonnes appréciations comme de notes. Il y voit une forme de langue de bois : « Nous avons des bulletins de plus en plus illisibles, avec une tendance à ‘L’Ecole des fans’ où tout le monde finit par avoir 10 sur 10, sauf que tous les élèves ne peuvent pas être excellents. » 

L’enseignant dit avoir appris à lire entre les lignes. « Il y a des codes à connaître : si une appréciation suggère que l’élève ‘peut réussir’, on comprend surtout qu’il peut se rater », affirme-t-il« Il n’est pas rare d’avoir dans nos classes des élèves incapables de développer leur réflexion et qui font des fautes d’orthographe. ». Joëlle Alazard précise de son côté que certaines appréciations ont eu tendance à disparaître, comme les « bavardages » et le « manque de concentration ».

« Il y a des bulletins qui sont gonflés à l’hélium. »

Joëlle Alazard, présidente de l’APHG et professeure en classe préparatoire

à franceinfo

Selon Joëlle Alazard et Emmanuel Caqueret, ce phénomène n’est pas uniquement le fait de professeurs. Certains établissements « ne jouent volontairement pas le jeu », assure la présidente de l’APHG. « On sait que des lycées, par souci de réputation à faire rentrer leurs élèves dans des classes prépas, surenchérissent les notes et les appréciations », souligne-t-elle.

Les professeurs de lycée interrogés par franceinfo se refusent à parler d’une quelconque autocensure depuis que Parcoursup fait partie du paysage. « Je ne m’interdis rien à partir du moment où je sais que ce n’est pas pour enfoncer l’élève », souligne Thibaut Poirot, enseignant en histoire-géographie dans un lycée du Grand-Est. Son mantra : être factuel et penser le succès de l’élève à court terme (le bac) comme à moyen terme (l’accès au supérieur).

« On constate une montée en flèche des angoisses chez ces jeunes. Ils ont tendance à prendre la note ou le commentaire personnellement contre eux », remarque le professeur. La prise en compte du contrôle continu au bac en est une cause autant que Parcoursup, jugent Thibaut Poirot et David Boudeau. 

La profusion de formations sur la plateforme — plus de 24 000 en 2025 — a tout de même compliqué la tâche des enseignants en lycée, critique le président de l’Association des professeurs de biologie et de géologie. « Il arrive que l’on fournisse des appréciations génériques, car on ne connaît pas bien la voie d’orientation plébiscitée par l’élève et ce qui est très précisément attendu de lui », raconte-t-il. En tant que professeur principal, Thibaut Poirot rappelle par ailleurs qu’il est déjà difficile de rédiger l’appréciation générale du bulletin comme la synthèse des remarques de ses collègues, notamment lorsque « le niveau de l’élève est variable en fonction des matières ».

Contacté, le ministère de l’Education nationale ne relève pas une inflation des notes, ni un phénomène d’appréciations surévaluées. Il rappelle que les résultats scolaires sont, dans tous les cas, accompagnés « d’éléments qui permettent aux formations post-bac de les relativiser », comme le positionnement de l’élève par rapport à sa classe.

Dans le second degré comme dans le supérieur, les équipes pédagogiques se montrent quoi qu’il en soit unanimes sur un point : les élèves stressent de plus en plus, mais les parents encore davantage, ce qui constitue une pression supplémentaire. « Lors de notre dernière enquête sur les relations entre l’école et les familles, on a clairement constaté que l’introduction du contrôle continu et de Parcoursup a amplifié la tension et l’attention portée par les parents sur la question des notes et des appréciations », rapporte Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-UNSA, syndicat qui rassemble des chefs d’établissements.

Le proviseur de la cité scolaire Buffon (Paris) estime que les familles sont de plus en plus nombreuses à interpeller les responsables des lycées sur la question du bulletin. Selon une enquête (PDF) de l’APHG publiée en juillet 2024, à laquelle plus de 400 enseignants en histoire-géographie ont participé, 41% disent avoir déjà fait face à « des contestations d’évaluations »

Une famille est même allée en justice, rapportait en octobre 2022 L’Orne Hebdo. Les parents d’une élève de terminale d’Alençon ont saisi le tribunal administratif de Caen, après le refus de la direction de l’établissement de modifier l’appréciation générale sur le bulletin du premier trimestre de la jeune fille, et ce, quelques semaines avant l’envoi de vœux à Parcoursup. Le tribunal a rejeté la demande de la famille, qui souhaitait « l’annulation » du bulletin.

A l’échelle de son lycée, Thibaut Poirot assure être peu confronté à une telle opposition, mais dit être souvent amené à se justifier quant aux commentaires qu’il écrit sur les copies et les bulletins trimestriels. Pour Joëlle Alazard, la montée en puissance de l’ENT (pour environnement numérique de travail) a provoqué des interférences croissantes. Cette plateforme en ligne est dotée d’une messagerie active 24 heures sur 24. « Les parents peuvent facilement écrire aux enseignants, ce qui est très bien, mais beaucoup le font pour demander des rattrapages, et parfois pour des changements d’appréciation. » 

L’interventionnisme des familles est très marqué socialement, relèvent pour leur part Bruno Bobkiewicz et David Boudeau. « Il y a moins de problème à ce sujet à Saint-Denis qu’à Vincennes, lâche le proviseur. Les parents qui connaissent les codes, sont en maîtrise des process, ont tendance à être plus intrusifs. »

Interrogé, le ministère rapporte ne pas avoir eu de retours particuliers en ce sens et affirme même que les contestations au cours de l’année sont « faibles » et « en baisse ». Dans son rapport annuel (PDF), publié en juillet, la médiatrice de l’Education nationale souligne pourtant que « le rapport entre l’enseignant et les parents au sujet des évaluations s’est beaucoup transformé, avec un nombre de contestations bien plus important qu’auparavant ». 





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