Portés par leur participation au gouvernement, requinqués par des victoires symboliques, Les Républicains amorcent ce mercredi une réforme en profondeur pour préparer les municipales de 2026 ainsi que d’éventuelles législatives anticipées. Au coeur du renouveau : un duel de leadership entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau.
C’est un renouveau qui n’était presque plus espéré. Après le piètre résultat de Valérie Pécresse à l’élection présidentielle 2022, couplé au départ de son ancien président Eric Ciotti, désormais allié du Rassemblement national, le parti de droite LR a trouvé un second souffle, matérialisé par la nomination de Bruno Retailleau à Beauvau, et par des victoires politiques importantes. Une question demeure : qui va profiter de cet élan pour mener les grandes batailles à venir entre le ministre de l’Intérieur, qui a le vent en poupe, et le président du groupe à l’Assemblée, Laurent Wauquiez, qui ne cache pas ses ambitions pour 2027.
Deux jours après la victoire de la candidate Kristell Niasme (LR) qui a barré la route au député LFI Louis Boyard lors de la municipale anticipée de Villeneuve Saint-Georges (Val-de-Marne), les Républicains ont le sourire. Un succès auquel s’ajoute celui de la législative partielle à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), où la candidate Elisabeth de Maistre est arrivée largement en tête au premier tour, éliminant la macroniste Laurianne Rossi (Renaissance), soutenue par Gabriel Attal. Sans oublier l’élection de Claire Pouzin à Francheville (Rhône) qui permet à la droite de retrouver le goût de la victoire, après des années de déboires électoraux.
Pour Laurent Wauquiez, ces résultats prouvent que «la refondation de la droite avance». Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, va plus loin : «la droite est vraiment de retour», se félicite-t-il sur X, son entourage attribuant ce retour en grâce à sa participation au gouvernement de François Bayrou et auparavant à celui de Michel Barnier. «En quatre mois, la droite a relevé la tête et prouve qu’elle parle aux gens quand elle est au pouvoir», souligne-t-on du côté de la place Beauvau, tout en reconnaissant qu’il est encore trop tôt pour en déduire que LR est «remis sur les rails» pour les prochaines échéances électorales.
À Villeneuve-Saint-Georges, la défaite sévère qu’a subie Louis Boyard est une bonne nouvelle pour les habitants, mais aussi pour tous les Français attachés à la République et à une certaine idée de la politique.
Nous devons cette magnifique victoire sur La France insoumise à…
— Bruno Retailleau (@BrunoRetailleau) February 2, 2025
Refondation et guerre des chefs
Une bataille des louanges entre deux hommes qui pourrait finalement représenter le véritable enjeu de ce renouveau. Qui mènera la droite pour les deux grandes échéances politiques à venir : les élections municipales en 2026 et surtout l’élection présidentielle de 2027. Ce mardi 4 février, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau ont ainsi rendez-vous dans la soirée pour dîner. Une date qui ne doit rien au hasard. La rencontre aura lieu la veille du bureau politique des Républicains qui doit en principe permettre d’y voir plus clair sur la refondation du parti menée par Laurent Wauquiez… et sur l’élection du président.
Et la bataille promet d’être rude : d’un côté le président du groupe LR à l’Assemblée nationale est l’homme qui a maintenu le bateau dans son sillon, gardant sa ligne politique face aux récents remous, et confortant son ancrage régional. Il s’est d’ailleurs lancé dans une tournée des fédérations pour présenter les grandes lignes de son projet de refondation. Mais il ne s’attendait pas à rencontrer autant de popularité chez l’autre homme fort de la droite : Bruno Retailleau, qui commence à faire de lui un concurrent sérieux à mesure qu’il continue de mener sa politique au ministère de l’Intérieur.
Et pour cause : dans la tête des deux hommes, le poste stratégique de président du parti, à deux ans de l’élection présidentielle, est une place de choix pour mener un éventuel candidat à l’Élysée. «On va tout changer. Changer notre organisation, notre nom, le programme que nous portons», a promis le député de Haute-Loire. Mais pas de nouvelle «guerre des chefs», qui pénaliserait encore la droite, a pourtant assuré Laurent Wauquiez, qui ne cache pas ses ambitions élyséennes. Tout comme Bruno Retailleau, porté par sa hausse dans les sondages depuis qu’il s’est installé à Beauvau.
Avantage Bruno Retailleau ?
Si officiellement Bruno Retailleau n’a pas tranché, sa candidature fait de moins en moins de doutes. Car aux Républicains, de plus en plus d’élus le pressent de se lancer dans la compétition. À commencer par le groupe du Sénat, qu’il a présidé pendant 10 ans, et qui lui est totalement acquis. Tout comme son président, Gérard Larcher qui ne cache pas son amitié pour le ministre de l’Intérieur. Depuis des semaines, l’équipe de Bruno Retailleau se prépare ainsi au cas où il voudrait y aller. Force Républicaine, son micro-parti, hérité de François Fillon, a repris une activité intense d’e-mailing.
De son côté, Laurent Wauquiez ne manque pas non plus de soutiens, dont un certain nombre d’anciens ministres et d’élus de son fief, la région Auvergne-Rhône-Alpes. Selon son entourage, il se «prépare» à être candidat. Sans l’annoncer pour l’instant. «Ne vous inquiétez pas, j’y répondrai bientôt», a-t-il indiqué ce dimanche dans le JDD.
En décembre, une campagne de dons a été organisée et un sondage OpinionWay auprès d’un échantillon de 2.000 personnes commandé fin janvier. Que ce soit pour une candidature à la tête de LR ou à la prochaine présidentielle, l’enquête montre que Bruno Retailleau surclasse Laurent Wauquiez auprès de l’ensemble des Français comme des sympathisants de droite. La bataille du leadership est lancée.