Longtemps considéré comme indissociable de Melbourne, l’Open d’Australie a pourtant traversé une période d’incertitude rarement évoquée. En 2017, la capitale de l’État de Victoria est passée tout proche de perdre l’un des quatre prestigieux tournois du Grand Chelem.
Difficile à imaginer aujourd’hui… Et pourtant, le premier tournoi du Grand Chelem de la saison a été à deux doigts de quitter Melbourne. Rafael Nadal aurait pu ne jamais réaliser l’un des retours les plus ahurissants, en finale de l’édition 2022.
Aussi, Novak Djokovic aurait pu ne jamais inscrire à son palmarès un dixième Open d’Australie lors du millésime 2023. Tant de certitudes aujourd’hui qui auraient pu être ébranlées il y a une dizaine d’années, révèle Craig Tiley, patron historique de la fédération australienne, lors d’un entretien dans le podcast de Gerard Whateley.
Sydney et Shanghai pour la relève
À l’origine de cette crise : le contrat de Melbourne pour accueillir le premier tournoi du Grand Chelem de la saison, qui arrivait à échéance en 2016. À cette époque, plusieurs grandes villes étaient prêtes à récupérer l’événement, notamment Sydney en Australie, mais aussi Shanghai en Chine.
«S’il n’y avait pas eu un investissement du gouvernement de l’État de Victoria dans la poursuite du réaménagement, l’Open d’Australie aurait disparu dès 2017», résume sans détour le désormais directeur général de la fédération américaine de tennis. Autrement dit : sans réaction politique rapide, Melbourne perdait son tournoi.
Un pari à un milliard
La riposte est donc venue du gouvernement de l’État de Victoria, qui a sorti l’artillerie lourde : près d’un milliard de dollars australiens (600 millions d’euros) pour transformer le site de Melbourne Park. «La moitié de cette somme était spécifiquement destinée aux joueurs de tennis ; l’autre moitié correspondait à une modernisation plus générale du site. C’est passé tout près», raconte-t-il.
Comme si cela ne suffisait pas, le tournoi a ensuite dû survivre à la crise sanitaire mondiale. Frontières fermées, quarantaines strictes, logistique hors norme… Maintenir l’événement relevait du défi permanent. Pour les organisateurs, une annulation prolongée aurait fragilisé la place du tournoi dans le calendrier international.
De tournoi méprisé, à joyau du tennis
Longtemps ignoré, parfois moqué, l’Open d’Australie a su se réinventer pour devenir l’un des tournois les plus spectaculaires et modernes du monde.
En 1988, l’OA quittait le nid douillet et le charme suranné de Kooyong, club cossu de la banlieue de Melbourne, qui souffrait de la comparaison avec Wimbledon, pour Flinders Park, à quelques minutes du centre-ville. Cette dynamique s’est poursuivie avec l’inauguration, en 2021, de la Kia Arena, une enceinte de 5.000 places devenue le quatrième plus grand court du tournoi.
Selon les projections de Melbourne Park, ces infrastructures permettront d’accueillir l’Open d’Australie au moins jusqu’en 2046. Une métamorphose que les Australiens doivent à Craig Tiley, artisan discret mais dont l’action a profondément façonné le tournoi.