Après avoir fait déferler une «vague verte» sur l’Hexagone en 2020, les Écologistes craignent la déconfiture le 15 mars prochain. Lyon, Strasbourg et Bordeaux pourraient tomber, tandis que le parti deMarine Tondelierse cramponne à Grenoble, Tours et Poitiers.
En2020, ils avaient créé la surprise en s’imposant dans une dizaine de grandes villes. En2026, lors des prochaines élections municipales (15 et 22 mars), ce sera l’épreuve de vérité:les troupes de Marine Tondelier devront redoubler d’efforts pour parvenir à transformer l’essai, alors qu’elles sont en ballotage défavorable dans la plupart de leurs grandes mairies, comme à Lyon, Bordeaux ou Strasbourg, et qu’elles pourraient essuyer des défaites surprises à Grenoble, Tours ou Poitiers.
Leurs débuts n’étaient pas passés inaperçus. Avec des propositions choc comme celles de supprimer les sapins de Noël ou encore de délocaliser le Tour de France, les néo-maires de 2020 ont fait passer leur message : mettre l’écologie au coeur de la politique locale. Mais après des bilans contrastés, la situation, six ans plus tard, n’est plus tout à fait la même avec une gauche désunie, le retour d’une droite forte localement, et un Rassemblement national qui frappe à la porte.
en Grande difficulté à lyon
A quelques semaines du scrutin, le maire (Les Ecologistes) de Lyon, Grégory Doucet, dépassé dans les sondages par Jean-Michel Aulas (droite et centre droit), s’est dit, mardi 24février, prêt à s’allier avec La France insoumise (LFI) au second tour, lors d’un débat télévisé avec ses rivaux. L’édile n’a pas fermé la porte à un accord avec la liste d’Anaïs Belouassa-Cherifi, «mais à certaines conditions», notamment que personne ne soit «impliqué dans des violences».
Quant à une fusion des listes si la députée (LFI) du Rhône parvenait à atteindre la barre des 10%, lui permettant de se maintenir, le maire sortant ne l’a pas exclue. Et pour cause : s’il veut gagner, Grégory Doucet aura besoin de toutes les voix de gauche pour faire face à son principal concurrent, qui garde une grande popularité à Lyon du fait de ses trente-six années passées à la tête de l’OL, et qui pointe a plus de dix points d’avance au premier tour tout en étant donné largement vainqueur au second, dans tous les sondages.
Incertitude à Bordeaux
Même constat à Bordeaux, oùl’ancien ministre macroniste Thomas Cazenave va tenter de ravir le fauteuil de maire à l’écologiste Pierre Hurmic. Crédité leader avec 33% des intentions de vote dans un sondage Ifop-Fiducial pour Sud Ouest, LCI et Sud Radio, en date du 25 février, le maire sortant a les yeux rivés dans le rétroviseur. Derrière lui, son principal challenger, Thomas Cazenave recueille 25% des intentions de vote.
C’est finalement le troisième homme, candidat surprise, l’universitaire Philippe Dessertine, qui s’est imposé en quelques mois comme celui qui pourrait faire la décision, et troubler l’ordre établi dans la capitale girondine. Selon le sondage, Pierre Hurmic s’imposerait en effet au second tour dans la majorité des scénarios testés, sauf si Philippe Dessertine se retire, auquel cas, Thomas Cazenave l’emporterait… Un match encore très ouvert, en somme.
duel des gauches à Strasbourg
Situation aussi périlleuse à Strasbourg, où la maire écologiste sortante, Jeanne Barseghian, est à la peine dans les sondages (22%, le 4 février dernier) derrière la socialiste Catherine Trautmann (31%), qui fut maire de 1989 à 1997 puis en 2000-2001. Cette dernière a exclu toute alliance avec «une équipe écologiste qu’elle a combattue pendant six ans». Derrière, le Républicain Jean-Philippe Vetter (19%) et la candidate du RN, Virginie Joron (11%), auront leur mot à dire au second tour.
Jeanne Barseghian, qui défend une «vision résolument de gauche, profondément écologiste et féministe», est ainsi donnée perdante au premier tour malgré la diversité des forces qui la soutiennent – le PCF, Place Publique, le mouvement Debout! de François Ruffin, ou encore L’Après, qui regroupe des dissidents de LFI. Comme à Lyon, la solution pourrait venir d’un accord avec LFI, mais à ce stade, la candidate a botté en touche affirmant prendre sa décision «au soir du premier tour».
changement de maire à grenoble
À Grenoble, bastion de gauche, l’air est plus respirable pour les Écologistes, même si l’ancien maire Alain Carignon (LR) se montre déterminé, malgré ses casseroles judiciaires, à combler son retard sur la favorite des sondages, Laurence Ruffin, soutenue par le maire sortant Eric Piolle. Une chose est sûre, la ville, après avoir été un laboratoire des Verts dont elle fut la première grande conquête en 2014 et qu’ils ont cogérée avec la France insoumise, va changer de maire.
Une dizaine de prétendants, de Lutte ouvrière au RN, sont en lice pour succéder à Éric Piolle, qui avait annoncé de longue date qu’il ne briguerait pas de troisième mandat. Selon un sondage du groupe Ebra publié début février, la cheffe d’entrepriseLaurence Ruffin, sœur du député François Ruffin, fait pour l’heure largement la course en tête avec 34% des intentions de vote au premier tour, suivie par Alain Carignon avec 25%, puis le candidat insoumis Allan Brunon (10%).
une gauche divisée à poitiers
A Poitiers, la maire écologiste se représente avec des certitudes, mais sans ses alliés communistes, associés cette fois-ci aux Insoumis, et face au PS, dans l’opposition depuis sa défaite en 2020 : la gauche part désunie dans ce fief qu’elle tient depuis un demi-siècle. Il y a six ans, portée par la vague verte, Léonore Moncond’huy avait emporté une triangulaire face au sortant Alain Claeys (2008-2020), et au candidat macroniste Anthony Brottier, en lice aujourd’hui sans étiquette et classé au centre gauche.
La droite n’avait même pas atteint le second tour, à l’image de ses scores aux scrutins nationaux. À la présidentielle de 2022, Valérie Pécresse n’avait recueilli que 4% des voix dans cette ville de 90.000 habitants – pas plus propice au Rassemblement national : Marine Le Pen y avait alors obtenu 11,56% des suffrages. «L’enjeu, c’est de confirmer notre ancrage, et d’obtenir des résultats clairs, nets, solides qui démontrent la satisfaction des électeurs», a confié Léonore Moncond’huy dans la presse locale.
opposition gauche / droite à Tours
A la tête d’une nouvelle coalition qui réunit les Écologistes et les différentes forces de gauche, à l’exception de LaFrance insoumise (LFI) qui a préféré partir seule, le maire sortant Emmanuel Denis affiche sa volonté de poursuivre la transition écologique à Tours, après avoir entamé des grandes réformes depuis 2020. Son prédécesseur et principal adversaire, Christophe Bouchet (Parti Radical), est soutenu par LR, Renaissance, le MoDem et l’UDI.
S’il reste en tête dans les sondages, Emmanuel Denis devra se méfier des alliances du second tour, alors que plusieurs candidats parmi les sept en lice face à lui : Henri Alfandari (Horizons), Christophe Bouchet (Divers droite), Thomas Jouhannaud (Lutte Ouvrière), Aleksandar Nikolic (Rassemblement national), Benoist Pierre (Divers centre), Marie Quiton (La France Insoumise) et Claire Delore (Parti des Travailleurs), espèrent atteindre les 10% qualificatifs pour la deuxième manche.
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