Mexique : après la mort d'«El Mencho», quel avenir pour son cartel et pour la guerre contre le…

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By InfoHunter


L’armée mexicaine a abattu dimanche 22 février le baron de la drogue Nemesio Oseguera, connu sous le nom d’«El Mencho». S’en sont rapidement suivies certaines scènes de violence extrême, notamment dans l’Etat du Jalisco. Que peut-on attendre à présent, pour le cartel ainsi que le reste du pays ?

Le Mexique est à la croisée des chemins. Après une opération historique qui a vu l’armée mexicaine neutraliser «El Mencho», l’une des figures les plus connues du banditisme américain, l’incertitude règne, entre possibles représailles et souvenirs d’opérations militaires vaines.

En visant ce dimanche 22 février le chef du puissant cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), Nemesio Oseguera, alias «El Mencho», le Mexique a tapé du poing sur la table. Celui qui était «ennemi public numéro 1» et pour lequel les Etats-Unis offraient une récompense de 15 millions de dollars (12,7 millions d’euros) représentait en effet la plus terrible organisation criminelle du pays, qu’il avait lui-même fondé en 2009.

Un cartel affaibli, mais revanchard ?

La force de frappe impressionnante dont dispose le gang n’a d’ailleurs pas tardée à être mise à contribution, l’organisation se déchaînant dans plus de la moitié du Mexique en réaction à sa mort, notamment dans l’Etat du Jalisco, son berceau. Barrages routiers, véhicules incendiés, prise d’assaut de commerces… L’ensemble de l’économie nationale a été marquée par l’opération militaire menée contre Jalisco Nueva Generación, ce dimanche.

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La mort de Nemesio Oseguera a fait les gros titres de la presse mexicaine © REUTERS / Luiz Gonzalez

Le coup est d’autant plus dur pour l’organisation que son leader «El Mencho», souvent comparé à Joaquin «El Chapo» Guzman ou encore Ismael «El Mayo» Zambada, n’avait pas de successeurs évidents. Son fils aîné, connu sous le nom de «El Menchito», a en effet été condamné à la prison à perpétuité aux Etats-Unis en 2025. Pour certains observateurs, il n’est pas impossible que le cartel ne sombre dans une guerre interne pour sa direction, même si d’autres imaginent l’organisation continuer à opérer sans son ancien chef.

Quel que soit l’avenir en interne de la CJNG, ce gang se caractérisera toujours par sa «volonté constante de défier le gouvernement mexicain», relève David Mora chercheur, spécialiste du Mexique, à l’International Crisis Group, interrogé par l’AFP.

Un bilan potentiellement alourdi dans les prochains jours

Une devise qui pourrait conduire le cartel à frapper encore plus fort dans les prochains jours et inéluctablement alourdir le bilan, qui pointe déjà à au moins 25 membres de la garde nationale tués, ainsi qu’un agent de sécurité et un fonctionnaire du parquet et 30 criminels de la CJNG.

Dans ce sens, de nombreux Mexicains ont déserté les routes du pays ce lundi et ce mardi, faisant apparaître un calme inquiétant dans les plus grandes villes. Les Etats-Unis, comme beaucoup de puissances comptant des ressortissants pris au piège face à la situation, ont appelé leurs citoyens à se confiner dans les prochains jours, notamment celles et ceux habitant dans l’État de Michoacán.

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Lundi 23 février au soir, l’armée mexicaine était toujours déployée dans les rues de Guadalajara © REUTERS / Jose Luis Gonzalez

Les Mexicains eux-mêmes ont été pris de panique face à l’escalade de violence qui a frappé de nombreuses villes importantes du pays. Plus de mille personnes ont ainsi passé la nuit du dimanche 22 au lundi 23 février bloquées dans le zoo de Guadalajara, dormant dans des bus. «Nous avons décidé de laisser les gens à l’intérieur du zoo pour leur sécurité», a réagi le directeur des lieux, Luis Soto Rendón.

2006, un précédent peu reluisant

Si les habitants mexicains sont particulièrement inquiets, c’est également parce qu’ils ont, pour les moins jeunes d’entre eux, en mémoire certaines opérations passées. Dès 2006, le président Felipe Calderon avait pris la décision d’envoyer plus de 5.000 militaires dans l’Etat du Michoacán, pour reprendre certains territoires contrôlés par les cartels de la drogue.

L‘«Operativo Conjunto Michoacán» a été lancée le 12 décembre 2006 et a notamment débouché sur la condamnation de certaines figures du narcotrafic mexicain. L’ex-gouverneur de Quintana Roo, Mario Villanueva Madrid, a ainsi écopé de 30 ans de prison en 2007, le chef de la lutte anti-drogues, Noé Ramirez Mandujano, est incarcéré pour corruption en 2008 et le chef de la police de Cancun, Francisco Velasco Delgado est arrêté pour avoir aidé le cartel du Golfe en 2009.

Pourtant, malgré cette opération XXL, le gouvernement mexicain a échoué à mettre fin aux activités des cartels et n’a pu que créer des violentes luttes intestines au sein de ses institutions. La militarisation des opérations a même été vivement critiquée par la Commission nationale des droits de l’Homme, qui a annoncé une cinquantaine de cas de violation des droits universels, dans le Michoacán, préconisant finalement de cantonner les forces armées à leur rôle extérieur et d’attribuer la lutte contre les narcotrafiquants seulement aux policiers.

Donald Trump demande au Mexique d’«intensifier ses efforts contre les cartels»

Pire encore, les résultats laissés sont sans appel : le nombre d’homicides par an n’a pas cessé d’augmenter au Mexique depuis cette date, jusqu’à atteindre, entre 2018 et 2020, les 36.000 dans l’année. L’une des pires périodes a été enregistrée quelques mois après les assauts du gouvernement : le 15 septembre 2008, le premier attentat public attribué à un cartel ayant par exemple lieu à Morelia. En 2023, un triste total de 400.000 homicides a été recensé depuis décembre 2006, dont environ 80% sont directement attribués au conflit.

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En outre, l’une des raisons qui pourrait contribuer à faire empirer la situation mexicaine est la pression constante exercée par Donald Trump. Le président américain, loin d’avoir été satisfait par cette capture tant attendue menée par la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, a commenté sur Truth, peu après l’annonce de la mort d’«El Mencho» : «Le Mexique doit intensifier ses efforts contre les cartels et la drogue !». Un conseil que le gouvernement mexicain pourrait décider de suivre, à ses risques et péril.

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