Cold case : 43 ans après le meurtre de sa mère, elle assigne l'Etat en justice

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By InfoHunter


Katy Spicher, dont la mère a été tuée de 30 coups de couteau à Amiens en 1983, a assigné l’Etat pour déni de justice et faute lourde dans cette affaire non-résolue.

Un deuil impossible depuis 43 ans. En 1983, Katy Spicher a perdu sa mère, Marylise Spicher, tuée de 30 coups de couteau à Amiens. Un crime qui reste non élucidé, à ce jour. Dénonçant des «dysfonctionnements» de la justice, Katy Spicher a assigné l’Etat devant le tribunal judiciaire de Paris le 11 février 2027 pour déni de justice et faute lourde.

Dans son assignation, elle dit subir «depuis des décennies une souffrance psychologique profonde, un sentiment d’abandon institutionnel», et une «angoisse permanente liée à l’absence de vérité».

«Rien n’a été fait» par l’institution judiciaire

Marylise Spicher a été tuée de trente coups de couteau à son domicile à Amiens le 26 juillet 1983, à l’âge de 27 ans. Ne connaissant pas son père, Katy Spicher, alors âgée de 6 ans, s’est retrouvée orpheline. Depuis, il lui est impossible «de faire son deuil», mettent en avant ses avocats Mes Anaïs Gallanti, Stéphane Diboundje et Pascal Bibard.

Ses conseils pointent d’abord une ordonnance de non-lieu rendue en 1988 «de manière prématurée», «laconique et lapidaire». Car, avancent-ils, un frère de la victime a avoué deux fois, avant d’incriminer d’autres membres de la famille. Des «actes essentiels» sur «l’aspect scientifique notamment n’ont pas été réalisés pour lever toutes les incertitudes», relève-t-on encore dans l’assignation.

Dans quel crime «aussi sanglant et non élucidé on clôture le dossier au bout de cinq ans sans tout mettre en œuvre pour identifier le ou les auteurs» et «sans permettre à la fille mineure de faire valoir ses droits ?», interrogent par ailleurs les avocats.

Alors «qu’elle s’est retrouvée orpheline», «à aucun moment, il n’a été désigné d’administrateur ad hoc pour lui permettre de se constituer partie civile dans la procédure pénale» pendant sa minorité, expliquent ses avocats. «Rien n’a été fait» par l’institution judiciaire, donc, pour préserver ses droits «durant le temps de l’enquête, de l’instruction» ou «les années qui ont suivi jusqu’à sa majorité acquise en mars 1995».

«un refus explicite de réouverture» d’enquête

Ils déplorent également que l’institution judiciaire n’a pas répondu favorablement, selon eux, à une demande d’accès au dossier «en invoquant des motifs inopérants (archivage du dossier par exemple), en 1995 à une époque où la prescription de l’action publique n’était pas encore acquise».

En 2025, des «témoignages nouveaux, précis et circonstanciés, demeurés jusqu’alors inexploités, ont surgi», ajoutent les avocats de Katy Spicher. Mais «un refus explicite de réouverture» d’enquête a été opposé par le parquet d’Amiens à la fille de la victime, par un courrier reçu le 24 décembre 2025, veille de Noël. Durant toutes ces années, «les réponses ambiguës ou les absences de réponses de l’institution judiciaire aux demandes d’accès au dossier ou à la réouverture du dossier» ont constitué «un déni de justice susceptible d’engager la responsabilité de l’Etat», souligne l’assignation.

Le procureur de la République d’Amiens, Jean-Philippe Vicentini, a déclaré début 2026 ne pas être opposé à une réouverture de l’enquête, tout en estimant qu’aucun élément juridique ne le permet à ce stade.

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Katy Spicher réclame à l’Etat 375.000 euros, pour préjudice moral et psychologique (150.000 euros), perte de chance procédurale (150.000 euros), atteinte au droit à un recours effectif (50.000 euros) et préjudice patrimonial (25.000 euros). Car Katy Spicher doit gérer «une reviviscence traumatique à chaque démarche judiciaire», d’après ses conseils.

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