À un mois des élections municipales, ce scrutin hautement incertain fait office de tour de chauffe avant la présidentielle de 2027. Une échéance capitale qui pourrait voir les équilibres basculer, notamment en faveur du Rassemblement national qui veut confirmer sa dynamique.
Une commune envie de s’enraciner dans l’Hexagone. C’est l’objectif affiché par les différentes familles politiques, de la France insoumise au Rassemblement national, à l’occasion des élections municipales qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains, dont le résultat sera révélateur de la dynamique du pays, à treize mois d’une échéance qui se trouve déjà dans toutes les têtes : la présidentielle de 2027. Pour les principales formations, ce scrutin doit permettre de consolider – ou construire – un ancrage local décisif qui pourrait faire la différence dans un an.
Ceux qui s’essayent aux pronostics ont le goût du risque. C’est «le scrutin municipal le plus incertain depuis cinquante ans au moins, même dans les plus grandes villes», prévient la sondeuse Adélaïde Zulfikarpasic, d’Ipsos-BVA. Un flou qui nourrit les espoirs. Alors que les partis politiques entrent pleinement dans la bataille, tous n’ont pas les mêmes ambitions. Peu présents à l’échelon local, le RN et LFI misent gros sur cette élection. Avec des objectifs similaires : obtenir un maximum de postes, préparer la présidentielle et faire émerger une nouvelle génération d’élus.
650 listes pour le RN, 500 pour Les insoumis
Pour le parti à la flamme, l’ambition est clairement de transformer l’essai, après des années de progression aux scrutins nationaux. Pour s’en donner les moyens, il présentera un nombre record de listes, au moins 650. Son président Jordan Bardella souhaite remporter «plusieurs dizaines de communes», notamment le long de la Méditerranée, de Menton à Perpignan en passant par Toulon, avec un rêve : Marseille, deuxième ville de France, où Franck Allisio (RN) est au coude-à-coude avec le maire sortant Benoît Payan.
Plus modestement, et malgré la présentation de plus de 500 listes dans l’Hexagone, Manuel Bompard n’a besoin que d’une main pour compter les réels espoirs de victoire de LFI, comme Roubaix dans le Nord ou Evry et La Courneuve en banlieue parisienne. Mais pour le coordinateur du mouvement, qui se présentera souvent seul sans faire alliance avec le reste de la gauche, la victoire sera d’abord de «faire entrer plusieurs centaines de personnes dans les conseils municipaux» pour «travailler au développement du mouvement et se crédibiliser».
Plus qu’un tour de chauffe, l’échéance permet par ailleurs au triple candidat Jean-Luc Mélenchon d’installer l’évidence d’une quatrième tentative en multipliant les meetings de soutien à ses candidats – encore cette semaine à Creil et Montpellier. En miroir, Jordan Bardella s’est lui aussi investi personnellement dans la bataille, en commençant par Agde et Carcassonne. Prêts à en découdre, les deux hommes ont prévu de se rendre le même jour à Perpignan, samedi 28 février. Comme un avant-goût de la joute attendue dans un an pour la course à l’Elysée.
un duel gauche-droite dans les grandes villes
En face, la gauche qui se dit «de gouvernement» veut mobiliser ses électeurs pour faire barrage au RN. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a qualifié début février les municipales de «premier rempart» contre l’extrême droite pour ouvrir «la voie de 2027». Pas en forme au niveau national, le parti maintient un solide ancrage local. Les socialistes rêvent de voler Saint-Etienne à la droite, et de reprendre Strasbourg. Mais leur bastion parisien est menacé par la candidature LR de Rachida Dati, elle-même toutefois gênée à sa droite par Sarah Knafo, de Reconquête!.
Du côté de la droite, les ambitions sont élevées dans les grandes villes. Outre les batailles pour la capitale et pour Lyon, qui permettraient au parti de Bruno Retailleau de se refaire une santé, Besançon ou Bordeaux pourraient être ravies aux écologistes. A Nice, ce sont deux anciens piliers des LR partis dans des directions opposés qui s’attaquent. Le maire sortant Christian Estrosi, rallié à Horizons, et Eric Ciotti, dont le parti UDR est allié du RN. Les Républicains espèrent ainsi se donner un peu d’air pour exister face au RN et se relancer vers 2027.
Troisième formation politique en terme d’élus locaux en France, derrière LR et le PS, le PCF espère l’emporter à Nîmes et placer sous une bannière communiste cette ville détenue depuis près de 25 ans par la droite. Il entend par ailleurs conserver ses communes, comme Montreuil, Vitry-sur-Seine ou Vénissieux. Les Ecologistes, eux, craignent la déconfiture. Ils avaient gagné une dizaine de grandes villes en 2020, mais peinent à transformer l’essai. Lyon, Strasbourg et Bordeaux pourraient tomber, tandis que le parti de Marine Tondelier se cramponne à Grenoble et à Tours.
Pas de vote sanction mais des alliances scrutées
Redouté par l’exécutif, le vote sanction ne devrait pas avoir d’effet cette fois-ci. Le parti d’Emmanuel Macron est «très peu présent au niveau local», explique Bruno Jeanbart d’OpinionWay. Au-delà des familles politiques, lesmunicipalesserviront de test à quelques présidentiables. Le maire du Havre, Edouard Philippe (Horizons), joue gros, en ayant conditionné sa candidature en 2027 à une victoire en mars. L’ancien Premier ministre François Bayrou se remet aussi en selle à Pau. Moins en vue, le communiste Fabien Roussel se représente à Saint-Amand-les-Eaux.
Les stratégies du second tour seront également scrutées. Qui s’alliera avec qui ? Le PS et LFI trouveront-ils un terrain commun ? La droite tendra-t-elle la main au Rassemblement national ? Et si lesmunicipalesreposent en grande partie sur des enjeux locaux, leurs résultats donnent aussi des indices sur les priorités des Français. A en croire les sondages, la sécurité arrive très haut. Un thème illustré, pendant la campagne, par les crimes liés au narcotrafic. Le pouvoir d’achat revient aussi beaucoup, suivi par la santé et l’environnement.
Mais si lesmunicipalesservent d’indicateur, elles n’ont rien d’une boule de cristal. Celles de 2020 avaient porté une vague verte qui avait totalement échoué à éclabousser la présidentielle suivante.
![Lancé dans la bataille municipale à Roubaix, le député Insoumis David Guiraud espère bien offrir à son mouvement sa première ville de près de 100.000 habitants. [Sameer Al-DOUMY / AFP] Municipales 2026 : à un mois du 1er tour, les partis en ordre de marche pour le grand test avant...](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_372_209/public/000_94pl223-taille1200_698d9a3b52657.jpg?h=d8b2eae1&itok=5s2W8_vP)