Le co-scénariste du film «Un simple accident», Mehdi Mahmoudian, aurait été arrêté ce samedi en Iran après avoir signé une lettre condamnant la répression sanglante des manifestations anti-régime.
À nouveau derrière les barreaux. Mehdi Mahmoudian, co-scénariste du film «Un simple accident», aurait ce samedi été jeté en prison par les autorités iraniennes après qu’il a critiqué le pouvoir en place, selon plusieurs médias internationaux. Il aurait été arrêté samedi à Téhéran aux côtés de ses collègues militants Vida Rabbani et Abdollah Momeni, tous trois figurant parmi les 17 signataires d’une déclaration condamnant le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.
La déclaration a également été signée par le réalisateur d’«Un simple accident», Jafar Panahi, mais aussi Mohammad Rasoulof (réalisateur du film «Les Graines du figuier sauvage») et Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix. Elle condamne la répression violente menée actuellement par le gouvernement iranien contre les manifestants. «Le massacre systématique et massif de citoyens qui ont courageusement manifesté dans les rues pour mettre fin à un régime illégitime constitue un crime d’État organisé contre l’Humanité», peut-on y lire. «L’utilisation de munitions réelles contre des civils, le meurtre de dizaines de milliers de personnes, l’arrestation et la persécution de dizaines de milliers d’autres, les violences contre les blessés, l’obstruction des soins médicaux et le meurtre de manifestants blessés ne constituent rien de moins qu’une atteinte à la sécurité nationale de l’Iran et une trahison du pays», est-il aussi écrit.
Mehdi Mahmoudian est en lice pour l’Oscar du meilleur scénario original pour «Un simple accident» qu’il a co-signé avec Nader Saeivar et Shadmehr Rastin. Le long-métrage est également nommé dans la catégorie Meilleur film international, ainsi qu’aux César, dans les catégories meilleur scénario original et meilleur film.
Le réalisateur réagit
«J’ai rencontré Mehdi Mahmoudian en prison», a déclaré Jafar Panahi dans un communiqué publié ce dimanche pour dénoncer l’arrestation de son co-scénariste. «Dès les premiers jours, il s’est distingué, non seulement par son calme et sa bienveillance, mais aussi par un sens des responsabilités exceptionnel envers autrui. À chaque arrivée d’un nouveau détenu, Mehdi s’efforçait de lui fournir le nécessaire et, surtout, de le rassurer.»
«Ses neuf années d’incarcération lui ont permis d’acquérir une connaissance directe et concrète du système judiciaire et de la vie carcérale. De plus, son travail de terrain approfondi dans le domaine des droits humains faisait de lui une source fiable et reconnue pour mes conseils. Mehdi Mahmoudian n’est pas seulement un militant des droits de l’homme et un prisonnier d’opinion ; c’est un témoin, un homme à l’écoute, une figure morale rare», a-t-il également confié, «une présence dont l’absence se fait immédiatement sentir, aussi bien derrière les barreaux qu’à l’extérieur.».
En guerre contre la répression
Jafar Panahi est lui-même depuis longtemps dans le collimateur des autorités iraniennes de la République islamique. Il a notamment passé sept mois dans la tristement célèbre prison d’Evin, après avoir été arrêté en 2023 alors qu’il s’y rendait pour se renseigner sur le sort de ses collègues cinéastes Mohammad Rasoulof et Mostafa Al-Ahmad, arrêtés quelques jours auparavant. Les autorités iraniennes avaient ensuite décidé de réactiver une peine de six ans initialement infligée en 2010, assortie d’une interdiction de réaliser des films et de voyager pendant vingt ans. Il avait été libéré après avoir entamé une grève de la faim.
Fin 2025, le réalisateur a été condamné par contumace à un an de prison et à une interdiction de quitter l’Iran pendant deux ans après avoir été reconnu coupable d’«activités de propagande contre le régime». Son avocat, Mustafa Nili, a déclaré sur X que la 26e chambre du tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran avait également interdit au réalisateur d’appartenir à des groupes politiques et sociaux en raison d’«activités de propagande contre le système». En voyage à l’étranger pour la promotion du film, Jafar Panahi a déclaré qu’il allait faire appel et qu’il retournerait en Iran malgré sa condamnation.
Le cinéaste avait raconté que la situation était «devenue plus compliquée» lorsque sa sélection à Cannes avait été annoncée en avril et que plusieurs membres de son équipe avaient été arrêtés. Il s’est exprimé ces derniers mois à plusieurs reprises contre la répression. «À l’heure où nous nous trouvons, l’État iranien abat les manifestants et un massacre barbare se poursuit au grand jour dans les rues d’Iran», a-t-il notamment déclaré il y a quelques semaines lors de la remise des prix du National Board of Review à New York. «Aujourd’hui, la réalité ne se déroule pas sur les écrans, mais dans les rues d’Iran. La République islamique a provoqué un bain de sang pour retarder son effondrement.
Drame récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes l’année dernière, «Un simple accident» a été inspiré par son propre séjour en prison et raconte l’histoire d’anciens prisonniers politiques envisageant une vengeance violente contre leur tortionnaire en prison.
![La grand-messe du cinéma hollywoodien livrera son verdict le 15 mars prochain. [©Handout / Getty Images via AFP] «Un simple accident» : le co-scénariste du film, Mehdi Mahmoudian, arrêté en...](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_372_209/public/063_2202942167-taille1200_69720b5182a77.jpg?itok=Z4L9Q10l)