Si la vaste majorité des terres émergées sont revendiquées par les 193 pays reconnus par l’ONU, certaines exceptions se détachent. Appelées «Terra nullius», ces singularités géographiques ne manquent pourtant pas de courtisans. Voici les quatre zones du monde qui n’appartiennent (encore) à aucun Etat.
Des territoires sans maîtres. Comme le signifie littéralement «Terra nullius», en latin, certains lieux ne sont pas revendiqués par le moindre pays. Ils ne manquent pourtant pas d’être convoités, pour leurs ressources ou encore leur emplacement stratégique.
L’Antarctique

De loin la plus vaste région du globe à ne pas avoir fait l’objet d’une proclamation de propriété de la part d’une nation mondiale, l’Antarctique est un désert blanc de 13,66 millions de km2, à l’extrême sud de la planète. A titre de comparaison, il s’agit de plus de 21 fois la taille de la France.
Découvert au début du XIXe siècle, en 1819, l’Antarctique n’a pas tardé à être pris d’assaut par des puissances occidentales et des pays voisins : la France, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Chili, l’Argentine, le Royaume-Uni et la Norvège ont tous souhaité faire du pôle sud une de leurs régions. Mais le Traité sur l’Antarctique, signé à Washington (Etats-Unis) le 1er décembre 1959, a mis un terme à cette bataille géographique. Jusqu’en 2040, cette partie du globe a été qualifiée de «territoire neutre», sur lequel seules des recherches scientifiques ont été autorisées. L’installation de bases militaires et l’exploitation des ressources naturelles de la région y sont interdites.
Le Bir Tawil
The border between Egypt and Sudan features the only « Bir Tawil » land area on Earth claimed by no country. This unclaimed desert exists due to a border dispute dating back over a century. pic.twitter.com/QUKKAxsY00
— THE ORDINARY BY THE UNORDINARY 4 THE UNORDINARY (@TimeWaveZerO_67) August 20, 2025
Le Bir Tawil est une région de 2.060 km2 (95 km d’est en ouest et 25 km du nord au sud) située à la frontière entre le sud de l’Egypte et le nord du Soudan. Son nom fait référence à un puits situé dans cette zone, où se trouve également une montagne, appelée Jabal Tawil. Si le territoire ne comprend aucun habitant permanent et peut donc être qualifiée de «no man’s land», des tribus nomades comme celle des Abadehs et des Bisharin y séjournent.
La raison pour laquelle aucun pays ne revendique le Bir Tawil s’ancre dans la querelle entre l’Egypte et le Soudan au sujet de leurs frontières. Chaque pays se proclame détenteur du triangle Hala’ib, qui profite d’une ouverture sur la mer rouge, mais offre à son voisin le territoire du Bir Tawil.
Du moins, jusqu’en 2014, année durant laquelle Jeremiah Heaton, fermier américain de Virginie a entrepris un voyage jusqu’à cette région, où il a planté son drapeau, bleu orné d’étoiles jaunes, en se faisant souverain des lieux. Mieux encore, il a nommé sa fille de 7 ans princesse du «royaume du Soudan du Nord». Ce ressortissant américain a même annoncé avoir contacté l’Union africaine pour faire de cette annonce une réalité administrative.
Rockall
Today in Law of the Sea class I was reminded of Rockall, a disputed UK rock between Scotland and Iceland. It has been described as the most isolated rock islet in the world. The UK has claimed a 12nm territorial sea around it. pic.twitter.com/PhDktItFY4
— Robert Anderson (@ProfRobAnderson) July 3, 2025
Beaucoup plus petit que les deux territoires évoqués précédemment, Rockall est un rocher perdu au milieu de l’Atlantique nord, représentant une superficie de 0,00057 km2, avec un point culminant à 17 mètres au-dessus du niveau de la mer. Pourtant, ce lieu situé entre le Royaume-Uni et l’Islande ne manque pas de prétendants : l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande, l’Islande et le Danemark (au titre des îles Féroé) ont tous tenté de faire des lieux leur possession. Si cette terre émergée fait tant d’envieux, c’est notamment pour ses eaux environnantes.
Ce rocher est notamment connu pour être au centre de nombreuses catastrophes maritimes au cours de l’Histoire. Dans ses environs directs, on a compté plusieurs naufrages. En 1686, plus de 250 personnes décèdent à la suite de la collision d’un navire espagnol de commerce vers l’Amérique avec des rochers de cette région. De même, en 1812, un bateau d’exploration coule à Helen’s Reef, imité en 1824 par une brigantine, provoquant la noyade de plusieurs femmes et enfants. Enfin, en 1904, le SS Norge, transportant plusieurs centaines de passagers entre la Norvège et les Etats-Unis, sombre également dans cette région de l’Atlantique. Le bilan fait état de 635 victimes.
Gornja Siga
Liberland: The Land of Freedom
Liberland, a sovereign micronation, is situated amidst the untouched beauty of the Northern Balkans. It was born out of a territorial dispute between Croatia and Serbia that left Gornja Siga as a no-man’s-land (terra nullius). This occurred after… pic.twitter.com/OxHPMRjzUk— Dom 天 | Crypto (@domcheckr) April 23, 2024
Aussi appelé «Liberland», depuis qu’il a été revendiqué par Vit Jedlicka, un homme politique tchèque, le territoire de Gornja Siga, situé entre la Croatie et la Serbie, est l’une des rares « Terra nullius » de la planète (zones non revendiquées par aucun État). Tout comme le Bir Tawil, cette zone est laissée libre à la suite de désaccords entre les deux pays voisins, qui ne reconnaissent pas les frontières proclamées respectivement par l’autre.
La Croatie revendique huit grands territoires de cette région du Danube et en laisse quatre à la Serbie, qui rejette ce tracé, faisant de Gornja Siga une zone dont ne bénéficie aucun des deux États.
Ainsi, le 13 avril 2015, Vit Jedlicka a proclamé la république libre du Liberland, une micronation dont la devise est «vivre et laisser vivre». Son objectif était d’y fonder une société autonome, sans impôts. Son créateur avait annoncé qu’il enverrait une note diplomatique officielle à la Croatie et à la Serbie, ainsi qu’aux autres États, afin d’obtenir une reconnaissance officielle.