Fabuleux face à Jannik Sinner, Novak Djokovic s’apprête à gravir un second Everest dimanche en finale de l’Open d’Australie, en la personne de Carlos Alcaraz. L’Espagnol tentera de s’adjuger un premier trophée à Melbourne, quand l’immortel serbe s’évertuera à écrire un peu plus sa légende.
Défendre l’histoire ou la renverser. Dimanche, la Rod Laver Arena de Melbourne peut être le théâtre de deux issues aux antipodes alors que s’avancent sur l’asphalte australien le prodige espagnol Carlos Alcaraz et l’immortel serbe Novak Djokovic. Tous deux se retrouvent pour une finale qui vaut son pesant d’or et de records,chacun à un bout du spectre temporel.
D’un côté, l’homme qui a tout vu, tout gagné, tout traversé. Nole avance encore, inlassable, porté par une volonté presque ascétique. Son tennis n’a plus besoin d’éclat : il est fait de certitudes, de trajectoires maîtrisées, de silences lourds un peu, de cris de rage souvent, qui lui ont permis de renverser Jannik Sinner, de 14 ans son cadet en demi-finale. Même éreinté, chaque point qu’il dispute semble répondre à une question posée il y a des années : jusqu’où peut-il repousser les limites de la longévité ? A en croire sa performance contre l’Italien, lui-même ne semble pas avoir la réponse.À 38 ans et deux décennies à dominer la planète tennis, il ne joue plus seulement pour gagner : il joue pour inscrire son nom un peu plus profondément encore dans la pierre de l’histoire.
De l’autre, l’homme qui découvre encore, mais qui ose déjà tout. Carlos Alcaraz, 22 ans, joue comme il respire, avec une urgence joyeuse, un feu intérieur impossible à contenir, pas même pour son corps qui aurait pu définitivement le trahir en demi-finale contre Alexander Zverev. Une énergie brute, solaire, presque insolente. Le bras est vif, les jambes légères, l’audace permanente. Il n’entre pas sur le court avec le poids du passé, mais avec la promesse de lendemains éclatants.
Carlos Alcaraz pour un premier sacre à Melbourne
Jusqu’ici quelque peu insipide ou sans relief malgré de belles percées et surprises dans le tableau masculin, le premier Grand Chelem de l’année a attendu le dernier carré pour offrir deux mémorables rencontres. Melbourne le doit d’abord à Carlos Alcaraz et Alexander Zverev qui ont tous deux sorti les spectateurs d’une profonde léthargie. Au terme d’un sommet de dramaturgie, de 5h27 d’effort, Carlos Alcaraz, perclus de crampes, s’est offert le scalp d’un Allemand attentiste (6-4, 7-6[5], 6-7[3], 6-7[4], 7-5), incapable de conclure, comme à son habitude. Miraculé, il a comme toujours ou presque, eu le dernier mot en cinq sets. Mais cette victoire tient-elle du miracle ? Pas vraiment, tant le sextuple champion en Grand Chelem est un habitué de ces renversements homériques. Une science ? Sûrement.
ABSOLUTE CINEMA 🎬
Alcaraz moves into his first AO final after a five set epic lasting 5 hours 27 minutes against Zverev! @wwos • @espn • @tntsports • @wowowtennis • #AO26pic.twitter.com/zdBB3yHcxt— #AusOpen (@AustralianOpen) January 30, 2026
L’Espagnol ne cesse de rompre les digues de la précocité. Devenu le plus jeune joueur (22 ans et 258 jours) à rallier la dernière marche des quatre tournois du Grand Chelem – alors qu’il n’avait jusque là jamais dépassé les quarts de finale, Carlitos est un phénomène générationel comme il en existe peu.
Avant de s’offrir l’Allemand, le numéro un mondial avait connu un parcours assez tranquille. Walton, Hanfmann, Moutet, Paul, de Minaur… Tous se sont fracassés au mur Alcaraz, alors immaculé de set perdu à ce moment de la compétition. Une campagne rondement menée qu’il espère ponctuée dimanche d’un premier sacre à Melbourne et remplir un peu plus son armoire à trophées. Et alors, un nouveau record tomberait.A 22 ans et 258 jours, l’Espagnol deviendrait le plus jeune joueur de l’ère Open (depuis 1968) à avoir atteint les quatre finales majeures, devant Jim Courier qui avait 22 ans et 321 jours. Il intégrerait par la même occasion le cercle très fermé des champions à avoir remporté les quatre levées majeures du circuit. Un pas de plus au Panthéon de la petite balle jaune.
Novak Djokovic, une légende immortelle
L’actuel numéro 4 mondial n’en finit plus d’écrire les lignes de son immense légende. A 38 ans et 255 jours, le vieux briscard du circuit a rappelé au monde du tennis qu’il n’était pas fait du même métal. Personne ne bat 5 fois de suite Nole. Pas même Jannik Sinner, qui était sur 19 victoires consécutives sur en Grand Chelem. Vendredi, en demi-finale, et alors que peu d’observateurs le donnaient victorieux – à raison – le vieux lion a une énième fois rugi pour se donner le droit de rêver d’une impensable quête, celle d’apposer à son palmarès un 25e titre en Majeur et d’effacer des tablettes Margaret Smith Court, détentrice de 24 sacres.
UNBELIEVABLE ‼️
Novak Djokovic will face Carlos Alcaraz in the #AO26 Final after playing out this EPIC with Jannik Sinner@wwos • @espn • @tntsports • @wowowtennis • #AO26pic.twitter.com/DLUdQdtFmd— #AusOpen (@AustralianOpen) January 30, 2026
Si depuis deux ans, sa forme – exceptionnelle au demeurant – semblait toujours en deçà de celles des deux meilleurs joueurs du monde, il a prouvé qu’il fallait toujours compter sur lui dans ces grandes échéances. Et Jannik Sinner, pourtant double tenant du titre, l’a appris à ses dépens. Au bout du suspense, le Serbe, redoutable au service, a terrassé l’Italien en cinq sets (3-6/6-3/4-6/6-4/6-4) après plus de 4 heures de jeu. Un exploit à la hauteur de l’homme. «Ce n’est pas un secret : c’est dans les tournois du Grand Chelem que je veux jouer mon meilleur tennis», a-t-il assuré.
Après avoir surmonté l’ascension éprouvante contre Jannik Sinner, Djokovic se prépare maintenant à gravir un nouvel Everest : Carlos Alcaraz. Affronter le Murcien, c’est se frotter à la jeunesse, à la puissance et à la créativité d’un adversaire capable de renverser n’importe quel match en un instant. Pour Djokovic, chaque coup sera un pas vers le sommet, chaque échange une bataille dans cette nouvelle montagne à conquérir. Le voilà à quelques heures de couper la tête d’une hydre qui terrorise depuis deux ans le circuit.
Et si Alcaraz peut établir un record de précocité, «Nole», lui, serait en cas de succès le plus vieux lauréat d’un Grand Chelem dans l’ère Open. À 38 ans et 8 mois, il surpasserait d’assez loin celui que l’on pensait installé pour l’éternité dans ce fauteuil du patriarche, Ken Rosewall, qui venait tout juste de souffler ses 37 bougies depuis un mois lors de l’Open d’Australie 1972.
Une finale au physique
Si la dynamique est du côté d’Alcaraz, les chiffres eux sont à l’avantage de Novak Djokovic.Ils se sont retrouvés d’un côté et de l’autre du filet à neuf reprises. «Nole» a remporté cinq de ces confrontations, dont peut-être la plus prestigieuse d’entre toutes : la finale des Jeux olympiques de Paris, au stade Roland-Garros. Mais Alcaraz aussi peut se targuer d’avoir fait déjouer celui qui détient le record du nombre de semaines passées en tête du classement ATP. Par deux fois à Wimbledon (2023 et 2024), il l’a privé d’un sacre supplémentaire en Majeur. Il y a moins de quatre mois, c’est en demi-finales de l’US Open qu’il a fait tomber le Serbe.
Mais l’Espagnol s’avance dans l’antre du maître des lieux. Djokovic affiche un incroyable pourcentage de victoires sur la Rod Laver Arena avec 91,3% de succès. Surtout, le Serbe n’a jamais perdu en finale en 10 participations.
Plus que les statistiques, la clé du match réside sûrement dans la fraicheur physique des deux hommes. Tous deux ont puisé très loin pour se donner le droit de soulever le trophée Norman Brooks. D’un côté, Carlos Alcaraz a eu besoin de quasiment cinq heures et demie pour se défaire de Zverev. Le deuxième plus long match de l’histoire du tournoi. Une rencontre où, en prime, il a connu une sérieuse alerte physique avec ces crampes surgies de nulle part lors du troisième set. Au-delà de la fatigue, légitime, l’interrogation principale le concernant porte sur sa capacité à ne pas être perturbé durant la finale par le phénomène qui a failli précipiter sa perte vendredi.
Le plus grand questionnement concerne encore plus Novak Djokovic. Lui-même en convient d’ailleurs. «À mon avis, ce sera évidemment plus simple de récupérer pour Carlos que pour moi en raison de son âge», a admis le Serbe. Même s’il a joué sensiblement moins longtemps face à Jannik Sinner (4h09 contre 5h27), il a terminé à près de deux heures du matin, ce qui implique une nuit complètement perturbée. Puis il y a effectivement cette différence d’âge. «Il a aussi eu un gros match, mais il a 15 ou 16 ans de moins que moi donc, biologiquement, ça va être un peu plus simple pour lui de récupérer».
Dans l’état physique des deux protagonistes, mais plus encore celui de Novak Djokovic, tient probablement l’issue de cette finale et même en grande partie sa qualité et son intérêt. Après les deux monuments offerts vendredi, il serait frustrant que le bouquet final se transforme en pétard mouillé parce que l’un ou l’autre ne serait pas en mesure de s’exprimer pleinement dimanche sur la Rod Laver Arena. C’est une possibilité, si les crampes d’Alcaraz ressurgissent, ou si les vieux muscles de Djokovic se rappellent à sa mémoire et à la nôtre.
Car au-delà du sacre, c’est un moment de bascule qui se dessine. Djokovic veut prouver que le trône ne se rend jamais sans combat. Alcaraz veut montrer que l’histoire n’attend personne.
![Le tenant du titre Jannik Sinner avait notamment souffert de la chaleur. [REUTERS] Open d'Australie 2026 : Carlos Alcaraz - Novak Djokovic, une finale pour l'histoire](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_372_209/public/2026-01-24t031133z_30832174_up1em1o08v8jl_rtrmadp_3_tennis-ausopen_69773fb6b9394.jpg?h=374cf248&itok=KpePEhQA)