ChatGPT, Gemini ou encore DeepSeek… Nombreux sont ceux qui utilisent régulièrement l’intelligence artificielle pour faciliter leur quotidien ou pour se confier. Un usage qui n’est pas sans risque selon une étude, allant jusqu’à altérer la santé mentale de ses utilisateurs.
Intelligence artificielle, conséquences réelles. Si l’IA occupe une place de plus en plus importante dans la vie de ses utilisateurs, les personnes discutant quotidiennement avec des chatbots alimentés par l’intelligence artificielle sont environ 30 % plus susceptibles de souffrir d’une dépression, à un niveau au minimum modéré, ont rapporté des chercheurs dans la revue scientifique JAMA Network Open.
«Nous avons constaté qu’une utilisation quotidienne de l’IA était significativement associée à des symptômes dépressifs ou d’autres symptômes affectifs négatifs» tels que l’anxiété et l’irritabilité, a conclu l’équipe de recherche dirigée par le psychiatre Dr Roy Perlis, directeur du Center for Quantitative Health au Massachusetts General Hospital de Boston.
Un risque de dépression supérieur pour les personnes plus âgées
L’âge des utilisateurs semble également jouer un rôle, les adultes d’âge moyen étant particulièrement exposés à la dépression s’ils utilisent fréquemment l’IA générative, ont constaté les scientifiques. Les utilisateurs réguliers d’IA âgés de 45 à 64 ans présentaient un risque de dépression supérieur de 54 %, contre 32 % chez les 25-44 ans, selon les résultats. Une conclusion qui indique que «certaines personnes peuvent être plus enclines à présenter des symptômes dépressifs associés à l’utilisation de l’IA», ont confié les chercheurs.
Dans cette nouvelle étude, l’équipe de recherche a interrogé près de 21.000 adultes américains entre avril et mai 2025, à l’aide d’un questionnaire standard sur la santé mentale afin de suivre les symptômes de la dépression. Les participants ont également été interrogés sur la fréquence de leur utilisation de l’IA. Environ 10 % ont déclaré utiliser quotidiennement l’IA générative, dont plus de 5 % ont déclaré y avoir recours plusieurs fois par jour.
D’après la conception de l’étude, il est difficile de déterminer si l’IA favorise la dépression ou si les personnes dépressives se tournent vers l’IA pour trouver du réconfort, ont déclaré les chercheurs. Le Dr Sunny Tang, professeure adjointe de psychiatrie au Feinstein Institutes for Medical Research, dans l’État de New York, reconnaît qu’il est difficile de déterminer le sens de cette association.
La solitude comme coupable ?
«Les personnes qui présentent déjà des symptômes de troubles mentaux peuvent être plus enclines à utiliser l’IA générative à des fins personnelles, en cherchant de l’aide et du soutien psychologique pour leurs symptômes, en combattant la solitude ou en recherchant une validation», a expliqué le Dr Tang, qui n’a pas participé à l’étude.
«Lorsque l’on réfléchit au lien entre l’IA et la santé mentale, il faut envisager plusieurs perspectives : l’utilisation de l’IA peut-elle avoir un impact négatif sur la santé mentale ? Mais aussi, comment notre état psychologique modifie-t-il notre façon d’interagir avec l’IA ?», a détaillé le médecin new-yorkais, insistant sur le fait que la solitude pourrait pousser à une utilisation plus régulière de l’intelligence artificielle.
«Beaucoup de gens se sentent de plus en plus isolés ces derniers temps, que ce soit parce qu’ils télétravaillent ou pour d’autres raisons», a poursuivi le Dr Tang. «Nous savons que la solitude est un facteur prédictif très important des symptômes de santé mentale tels que la dépression, l’anxiété et l’irritabilité. Je pense que c’est certainement l’une des pistes que nous devrions explorer pour essayer de comprendre les relations pouvant s’installer entre l’homme et l’intelligence artificielle», a précisé la professeure de psychiatrie
Des résultats qui ont également mis en lumière la nécessité pour les entreprises spécialisées dans l’IA de concevoir des produits qui tiennent compte de la santé mentale de leurs utilisateurs. «Elles doivent garder à l’esprit que les personnes souffrant de troubles mentaux ou présentant des symptômes liés à une dégradation de leur santé mentale vont utiliser activement leurs applications», a-t-elle déclaré. «Comme tous les médecins le savent, il faut avant tout éviter de nuire», a précisé la spécialiste en psychologie
Pour rappel, 39% des Français utilisent activement une intelligence artificielle générative, principalement dans un cadre personnel, mais aussi professionnel. Sans surprise, ce sont les 18-24 ans qui constituent la population ayant le plus recours à l’IA, avec 74% d’entre eux.
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