Fatwas numériques : comment le courant salafiste investit le cyberespace

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By InfoHunter


Le courant salafiste profite de l’avènement du numérique pour diffuser ses interprétations du dogme islamique au travers de fatwas accessibles au plus grand nombre. Une dérive qui inquiète.

Même les religions se convertissent au numérique. Depuis le début des années 2000, le web s’est immiscé dans le quotidien des fidèles, renouvelant profondément la pratique des cultes. Parmi les religions qui conjuguent la spiritualité au virtuel, l’islam est loin d’être en reste. En témoigne notamment la multiplication des fatwas en ligne.

Au sens littéral, le terme «fatwa» désigne un «éclairage» ou une «réponse». Dans les faits, il s’agit d’un avis portant sur n’importe quelle question de droit islamique. Traditionnellement, cet avis doit être prononcé par un mufti, soit un religieux musulman «doté de sagesse».

les femmes, un sujet récurrent des fatwas

Seulement, l’ère du tout numérique induit de nombreux bouleversements. Désormais, des prédicateurs, parfois dépourvus de formation reconnue, ont la possibilité de diffuser des discours extrémistes et ainsi toucher des millions de personnes en quête de réponses à leurs questions sur le dogme islamique.

L’organisation gouvernementale égyptienne Dar Al-Ifta s’inquiète de ces dérives. Dans son rapport de l’Indice mondial des fatwas pour les années 2021 à 2023, l’organisation déplore notamment que 60% des fatwas émises sur Internet s’inscrivent dans une logique de «consommation rapide». Les fatwas traitant de sujets polémiques ou clivants sont privilégiées, au détriment des interrogations de fond, déplore le document.

Ainsi, les fatwas les plus populaires portent sur la répudiation, la dot, ou encore les prescriptions vestimentaires pour les femmes, comme le souligne la plate-forme médiatique arabe Raseef22, relaté par notre confrères de Courrier International. Plus généralement, les fatwas consacrées aux femmes représentent plus de 30% de l’ensemble des fatwas numériques dans le monde arabe, selon le rapport l’Indice mondial.

L’essor du salafisme sur les réseaux sociaux

Le courant salafiste trouve un intérêt certain à exploiter ces sujets polarisants pour diffuser une interprétation littérale des textes religieux. «Le courant salafiste est celui qui exploite le plus le cyberespace pour diffuser un discours extrémiste, qui reprend la dichotomie simpliste du halal [licite] versus haram [illicite]», relève l’Indice mondial.

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En France, le ministère de l’Intérieur s’inquiète de la montée du salafisme sur les réseaux sociaux. En mai 2025, une note confidentielle de la place Beauvau relevait ainsi la multiplication de discours fondamentalistes en ligne, diffusés par des influenceurs liés au salafisme et au frérisme.

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