«Quand je rentrais chez moi, c’était un tourbillon en enfer» : Claire Geronimi raconte le…

Photo of author

By InfoHunter


Plus de deux ans après son viol par un Centrafricain sous OQTF, Claire Geronimi publie un ouvrage choc le 28 janvier prochain, intitulé «Le hall d’entrée» (Fayard). Dans ces 200 pages, elle revient sur son expérience traumatisante. Auprès de , elle se confie sur les raisons qui l’ont poussée à écrire cet œuvre.

Un traumatisme qui s’est mué en cri d’alerte. Vendredi 26 septembre 2025, Jordy G., l’auteur des viols avec arme de Mathilde et Claire Geronimi, a été condamné à la peine de 18 ans de réclusion criminelle. Ce Centrafricain âgé d’une vingtaine d’années faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) au moment des faits.

Plus de deux ans après le calvaire qu’elle a vécu le 11 novembre 2023 au cœur de la capitale, Claire Geromini va sortir, le 28 janvier prochain, un livre intitulé «Le hall d’entrée» (Editions Fayard, 200 pages, 19,90 euros). Un récit glaçant où l’autrice, actuellement vice-présidente de l’Union des droites, revient sur le jour où sa vie a basculé brutalement. Pour , Claire Geronimi aborde son choix d’écrire un livre et son parcours de reconstitution après le traumatisme vécu.

Votre livre n’est pas seulement un témoignage. Il s’agit aussi d’un cri d’alerte et d’espoir…

Il s’agit d’abord d’un cri d’alerte pour prévenir toutes les femmes qu’il y a quand même une certaine insécurité en France aujourd’hui, que cela soit tout simplement dans les rues ou au-delà de cela. Malheureusement, en France, les femmes n’arrivent plus aujourd’hui à se promener toutes seules dans la rue ou sortir comme elles le souhaitent, à n’importe quelle heure ou à n’importe quel moment. Ce qui est, à mon sens, important de dénoncer.

Malheureusement, il y a beaucoup d’associations qui parlent de violences conjugales. Je trouve que c’est vraiment essentiel, mais les agressions dans la rue on en parle très peu. Ce sont des victimes qui sont oubliées.

D’autant plus que, dans mon cas, mon agression a été faite par une personne qui n’aurait pas dû être sur ce territoire. Je n’en parle pas tant que ça non plus dans le livre, je dénonce un peu justement qu’il y ait une immigration qui pose un problème, le fait que mon agresseur était un multirécidiviste et qu’il avait déjà violé une jeune fille une heure avant moi qui s’appelle Mathilde.

C’est vraiment le cri d’alerte de dire que l’on n’est pas en sécurité et il faut qu’on protège en tout cas les femmes aujourd’hui en France. Et c’est également un cri d’espoir parce qu’après une épreuve terrible comme ça, peu importe l’agression qu’on a pu subir, il est possible de pouvoir se reconstruire. Je ne dis pas totalement, mais je pense qu’il faut savoir apprendre à vivre avec et si on a les bonnes bases et le bon accompagnement, cela peut être possible.

Il y a un manque d’accompagnement terrible pour les victimes

Claire Geronimi, autrice et vice-présidente de l’UDR à

Malheureusement, c’est assez problématique aujourd’hui en France. Il y a un manque d’accompagnement terrible pour les victimes. Il y a également d’énormes problématiques avec la justice.

Outre le cri d’alerte et d’espoir, le but de votre livre est aussi d’appeler à bâtir une société «plus juste, plus sûre et plus humaine». Comment peut-on y arriver ?

Je pense qu’on pourrait y arriver en expulsant peut-être les personnes sous OQTF qui ont déjà commis des crimes ou délits.

Il y a d’énormes défaillances d’un point de vue administratif et les OQTF ne sont pas appliquées. Il y a aussi des sujets, si on rentre les détails, de centres de rétention administrative.

Aujourd’hui, en France, je crois qu’il y a 2.200 places dans les centres de rétention administrative. Il y a 140.000 OQTF qui sont prononcées chaque année. Donc, on voit qu’il y a un énorme problème de ce point de vue-là. Je crois qu’en 2026 ou 2027, il y en aura 3.000, mais en fait ce n’est pas assez donc je pense qu’il faut mettre un point d’honneur là-dessus.

Pour bâtir une société «plus juste, plus sûre et plus humaine», il y a justement la question de l’immigration et des OQTF qui, à mon sens, est mal gérée. Je ne dis pas qu’on peut expulser 100% des OQTF comme Emmanuel Macron a pu promettre parce que cela est infaisable. Aucun pays n’a réussi à le faire.

Mais, je pense qu’il faut déjà appliquer des mesures drastiques. Et puis, dans tous les cas, nous ne sommes pas totalement autonomes. Nous dépendons aussi des autres pays, que cela soit pour les expulsions ou pour que ceux-ci réacceptent leurs ressortissants. Donc, il faut aussi, je pense, soigner nos relations à l’international, par exemple avec l’Algérie, le Maroc, etc.

Il y a de nombreux pays avec lesquels on pourrait avoir des meilleures relations. Aujourd’hui on la France ne sait malheureusement pas s’imposer. On n’est plus la grande puissance comme on aurait pu l’être à l’époque. Et puis, je pense que la justice doit être sévère et implacable. Elle a su l’être en tout cas pour mon agresseur.

Au-delà de cela, avec l’association que j’ai créée, «Éclats de femme», j’entends de nombreuses victimes qui malheureusement sont très mal accompagnées par la justice qui laisse leur agresseur s’en sortir sans aucune condamnation à l’issue du procès. C’est terrible et dévastateur pour toutes les victimes.

C’est d’ailleurs ce que vous portez avec votre association. Vous êtes, presque, un cas isolé, car vous avez vu votre agresseur être sévèrement condamné…

Totalement. Avec l’association «Éclats de femme», nous accompagnons les femmes et les victimes du dépôt de plainte jusqu’au procès. Cela fait un peu plus d’un an que j’ai créé l’association. Nous accompagnons plus de 300 femmes. Presque toutes nous disent que, malheureusement, elles ont été déçues, soit par la justice, soit par le système administratif. C’est le cas du dépôt de plainte, qui souvent se passe assez mal par manque de moyens, même s’il y a eu beaucoup de choses qui se sont améliorées. Il y a quand même un manque de moyens donnés aux policiers pour développer des cellules spécifiques et pour accompagner les victimes.

«Quand je rentrais chez moi, c’était un tourbillon en enfer» : Claire Geronimi raconte le...
Sur le même sujet
«19 criminels vont être remis en liberté parce que la justice française croule sous les procédures», alerte ce syndicaliste policier
Lire

Les unités médico-judiciaires sont en sous-effectif, donc on se fait tester par des hommes. Après un événement traumatisant comme cela, je pense que les femmes n’ont pas forcément envie d’être re-confrontées à une telle violence. Et bien sûr, les dossiers sont triés parfois en fonction de la gravité des faits.

Dans ce livre, je me dévoile totalement

Claire Geronimi à

L’agression que Mathilde et moi avons subie est vraiment très grave, donc forcément le dossier a été traité en haut du panier. Néanmoins, il y a des agressions que nous ne pouvons pas qualifier.C’est ce que la justice fait aujourd’hui. Je suis obligée de l’expliquer comme ça.

Malheureusement, les victimes qui ont subi des violences psychologiques vont voir leur dossier classé sans suite. Souvent par manque de moyens de la justice ou par manque de fonctionnaires, parce que ce sont «des violences psychologiques», alors que ce sont des femmes qui vont être détruites à vie aussi. Et c’est également ce que je dénonce.

Pourquoi avez-vous choisi de témoigner de votre expérience traumatisante à travers ce livre?

J’ai eu beaucoup de mal à l’écrire. Il y a eu beaucoup de larmes. Ça a été très dur de l’écrire, mais je pense que c’est d’utilité publique pour que les personnes se rendent compte de ce que j’ai vécu. Passer dans les médias et porter ma voix, et aujourd’hui porter la voix des femmes, c’est bien mais ce n’est pas assez. Quand on lit le livre, c’est totalement différent, car on rentre complètement en immersion, à travers le procès et notamment dans une scène vraiment à huis clos. Et également pendant l’agression où on se met à ma place et que l’on comprenne tout ce que je peux me dire dans ma tête.

C’est quelque chose qu’on ne peut pas faire quand on parle dans un plateau de télévision.Et même moi, je suis moins à l’aise d’en parler, car je suis assez pudique sur toutes mes émotions. Dans ce livre, je me dévoile totalement. Cela montre aussi que toutes ces femmes, qui ont pu vivre la même chose que moi, ne sont pas seules. Parmi les répercussions que l’on peut avoir après une telle agression figurent l’état de sidération, une reconstruction très lente et des envies de suicide. Cela est assez lourd. Peu de femmes en parlent.

Le fait d’écrire ce livre peut permettre à certaines personnes, qui se sont faites agresser ou non d’ailleurs, de se rendre compte vraiment de la gravité de ce que c’est. J’espère pouvoir changer les mentalités.

Le parcours de reconstitution est très lent, mais qu’en est-il des accompagnements dédiés aux femmes en cas d’agression?

Le parcours de reconstruction n’est pas linéaire. Il faut trouver aussi les bonnes personnes pour se faire accompagner. Malheureusement, le régime de santé français pose certains problèmes.

Concrètement, quand une personne va mal, tout de suite, on file des antidépresseurs et des médicaments pour traiter les troubles anxieux parce que l’on n’a pas envie de traiter le mal à la racine. Je pense que c’est beaucoup plus simple pour quelqu’un de prendre des médicaments plutôt que de prendre du temps pour faire une petite pause dans sa vie et pouvoir se reconstruire. Moi, c’est quelque chose pour laquelle je me bats.

Malheureusement, il y a trop de victimes qui, quinze ou vingt ans après, sont encore sous médicament et ça c’est quelque chose pour lequel je me bats énormément.

Le coût moyen qu’une victime de viol doit dépenser entre le dépôt de plainte et le procès est de plus de 35.000 euros

On avait beaucoup discuté avec Marie-Estelle Dupont (psychologue clinicienne, psychothérapeute et écrivaine française), qui est plus ou moins de mon avis. Je trouve cela quand même tragique et terrible de vivre constamment avec des médicaments pour pouvoir essayer de survivre et non de pouvoir revivre pleinement sa vie.

Aujourd’hui, en France, on préfère tout simplement donner des médocs plutôt que d’accompagner, parce que les frais psychologiques ne sont pas tous pris en charge par l’État, et c’est aussi ce que je dénonce. Le coût moyen qu’une victime doit dépenser entre le dépôt de plainte et le procès, que ce soit pour les frais administratifs, juridiques et psychologiques, s’élèverait à plus de 35.000 euros pour sa reconstruction.

Aujourd’hui, il n’y a rien qui nous permette d’être suivi gratuitement quand on vit quelque chose de terrible comme ça.

Et comment votre reconstruction se passe-t-elle aujourd’hui?

On va dire qu’il y a vraiment les dessus et les dessous de la médiatisation qu’il y a pu avoir. Les dessous de la médiatisation, c’est à mon sens, l’image d’une femme qui voulait dénoncer quelque chose «un peu forte». J’ai reçu énormément de commentaires de haine la première fois que j’étais passée sur TPMP, parce que j’avais rigolé sur le plateau et que ça faisait que cinq jours que je m’étais faite agresser. Chacun gère sa douleur comme il le peut.

«Quand je rentrais chez moi, c’était un tourbillon en enfer» : Claire Geronimi raconte le...
Sur le même sujet
Viols de Mazan : un rapport de l’Inspection générale de la Justice pointe des failles dans l’exploitation de l’ADN de Dominique Pelicot
Lire

Je n’ai jamais montré mes failles et mes faiblesses et justement dans le livre, je dévoile un peu tout cela. Quand je rentrais chez moi et que je poussais la porte, ça n’allait pas. C’était un tourbillon en enfer. Je l’explique un petit peu plus dans le livre et les lecteurs le découvriront, mais c’est un vrai tournant très compliqué. Il s’agit d’un traumatisme post-agression. En effet, c’est au bout de six à huit mois après l’agression que cela devient très compliqué de se reconstruire.

Mais, encore une fois, si on s’entoure bien des bonnes personnes quand on le peut et qu’on est bien accompagné, c’est comme ça qu’on y arrive. Encore faut-il pouvoir trouver les personnes qui puissent nous accompagner.

Justement, l’avez-vous été ?

Dans mon cas, j’ai essayé d’être accompagnée par des associations, mais malheureusement, aucun association n’a voulu m’accompagner parce qu’en plus de ça mon agresseur était sous OQTF.

On dénonce quelque chose qui ne veut pas être dénoncé et c’est ça qui a posé problème. J’avais envoyé un message à la présidente de la fondation des femmes, dix jours après mon agression, elle ne m’a jamais répondu. Pourtant, on était en connexion ensemble sur LinkedIn, elle a vu le message.

Marlène Schiappa m’a vraiment énormément soutenue

Claire Geronimi à

Quand on est engagé pour les femmes, quand une victime nous contacte, on répond. Je reçois 500.000 messages par jour, mais je regarde quand même les demandes. Je ne réponds pas à tout le monde, mais dès que je vois une victime, je fais en sorte de lui répondre ou du moins j’essaye un maximum.

Avez-vous ressenti cela comme une violence supplémentaire le fait d’être, un peu, laissée de côté par les associations?

Totalement, c’est l’abandon de la société et de la femme. On le voit, la société est très individualiste et ne fonctionne que par idéologie. Je pense que l’accompagnement des victimes reste un sujet totalement transpartisan. Et peu importe ce que la victime va voter demain, on va l’accompagner parce que c’est une citoyenne comme une autre qui a vécu un drame. Et d’ailleurs Marlène Schiappa m’a vraiment énormément soutenue. D’ailleurs, elle a fait la préface de mon livre.

Même si on n’a pas les mêmes idéologies politiques, elle a, à mon sens, toute l’incarnation d’une femme qui est une vraie féministe et qui sait soutenir les femmes victimes d’agressions, contrairement à d’autres, ce que je dénonce également aussi dans le livre.

Votre agresseur est un certain Centrafricain, Jordy G., sous OQTF au moment des faits. Il s’agit d’un individu qui n’aurait pas dû être sur le territoire français. C’est le cas aussi pour d’autres faits de société que nous avons vécu ces dernières années, notamment Lola et Philippine. Comment peut-on protéger la société française face à ce genre d’individus?

J’ai envie de vous dire: «Faites attention quand vous rentrez dans un endroit». Néanmoins, c’est compliqué de dire «par ce genre d’individus». En effet, ils n’ont pas l’étiquette OQTF sur la tête.

Comme je vous ai dit au début, il faut gérer nos relations internationales pour pouvoir renvoyer au mieux les OQTF et puis augmenter le nombre de places dans les centres de rétention administrative.

Il faut également être vraiment intransigeant pour les OQTF liés à des crimes et délits, parce qu’aujourd’hui je trouve qu’il n’y a pas de catégorisation entre l’OQTF qui est appliquée parce que la personne n’a pas renouvelé son visa ou une procédure d’éloignement parce que quelqu’un a déjà fait trois ans de prison et c’est ça qui est aussi problématique.

Est-ce qu’on ne devrait pas créer des sous-catégories d’OQTF même si cela existe finalement dans les fichiers ? Je pense qu’il doit vraiment avoir une priorisation aujourd’hui: c’est d’appliquer pour le coup 100 % des OQTF, mais pour ceux liés aux crimes et délits.

Par conséquent, pour mieux protéger la société aujourd’hui, il faut une meilleure application des OQTF. Tant que l’Etat ne peut pas faire son travail, on attendra jusqu’en 2027, peut-être, pour voir si les choses peuvent bouger.

Lors de mon agression, ma voisine m’avait totalement laissée dénudée dans le hall d’entrée

Il faut aussi se protéger personnellement et aussi protéger les autres comme les personnes qui se font agresser dans le métro. Il faut savoir aussi se porter garant de l’un et de l’autre dans la société. Quand on voit cette jeune femme qui a su protéger une victime qui s’est faite agresser dans le RER C, pour moi, c’est un acte de courage que malheureusement peu de personnes ont.

Lors de mon agression, ma voisine m’avait totalement laissé dénudée dans le hall d’entrée. Son seul devoir était d’appeler la police et de rester avec moi et limite de rater son train, ce n’était pas grave. Je pense que notre société est tellement individualiste qu’il faut un réel réveil de solidarité, ce qui n’existe plus trop aujourd’hui.

Laisser un commentaire