En compétition à la 82e Mostra de Venise, «Le mage du Kremlin» d’Olivier Assayas sort en salles ce mercredi. Une adaptation de l’œuvre de Giuliano da Empoli qui séduit par son traitement et son jeu d’acteur.
Dans l’ombre du pouvoir. Adapté du roman éponyme à succès de Giuliano da Empoli paru en 2022, Grand Prix du roman de l’Académie française et finaliste du Prix Goncourt, «Le mage du Kremlin»du réalisateur français Olivier Assayas, au cinéma ce mercredi 21 janvier, plonge les spectateurs dans les coulisses de la politique russe sur près de trois décennies, et s’intéresse à ceux qui en sont aux commandes ou tirent en secret les ficelles pour parvenir à leurs fins.
Le récit s’ouvre sur la venue d’un journaliste américain dans la datcha du mystérieux Vadim Baranov. Cette figure controversée qui s’inspire largement du «vrai» Vladislav Sourkov, fut par le passé l’éminence grise de Vladimir Poutine. Et, dans son salon au milieu de ses livres, l’homme revient sur cette destinée hors du commun, remontant le temps jusque dans les années 1990, à l’heure de l’effondrement de l’URSS. Vadim Baranov était alors metteur en scène et côtoyait une faune d’artistes dans des soirées où l’alcool coulait à flot.
Là, celui que l’on surnommait «le nouveau Raspoutine» rencontrera la belle Ksenia (Alicia Vikander) dont il tombera amoureux et qui assistera à sa montée en puissance. Après être devenu producteur de télé-réalité, il deviendra le fidèle conseiller d’un ex-agent du KGB répondant au nom de Vladimir Poutine. Séquencé en chapitres et co-scénarisé par Emmanuel Carrère, lelong-métrage alterne flashbacks et images d’archives, et aborde des faits historiques marquants, à l’instar de la révolution orange, du naufrage du Koursk ou de l’organisation des Jeux Olympiques de Sotchi qui ont fait débat.
Des performances qui ne tombent pas dans la caricature
Si l’annonce au casting de Jude Law dans la peau de Vladimir Poutine en avait laissé plus d’un perplexes, le résultat est finalement convaincant et assez bluffant. Le Britannique de 53 ans qui casse désormais son image de beau gosse avec des rôles comme Henri VIII dans «Le jeu de la reine» ou le pape dans la série «The Young Pope», signe une prestation crédible sans jamais tomber dans la caricature. Ce que l’on craignait, en toute honnêteté. Plutôt que de chercher la ressemblance physique à tout prix (il porte une perruque, certes, mais aucune prothèse), celui qui campera prochainement Siegfried Fischbacher de l’illustre duo de magiciens illusionnistes et dresseurs de félins dans «Wild Things», a préféré «inscrire ce personnage dans le récit (pour) parvenir à un résultat qui sonne juste», en s’appuyant sur la gestuelle et le phrasé.
Face à lui, Paul Dano est également parfait dans le costume de Vadim Baranov, cet homme de spectacle de prime abord sympathique qui a orchestré le régime et fait de Vladimir Poutine le «Tsar». L’acteur au visage de poupon livre un jeu tout en nuances, réussissant à retranscrire les 1.001 facettes de ce fin stratège redoutable et machiavélique que le pouvoir fascine.
Et cette performance vient tordre le cou aux récentes attaques de Quentin Tarantino qui ont fait polémique à Hollywood. Invité en décembre dernier du Bret Easton Ellis Podcast et interrogé sur le long-métrage «There will be blood» de Paul Thomas Anderson, dans lequel Paul Dano donnait la réplique à Daniel Day-Lewis, le cinéaste avait répondu: «Il est nul. C’est le maillon faible. C’est un mec tellement médiocre et pas intéressant». N’en déplaise donc aux grincheux, Paul Dano frappe fort dans «Le mage du Kremlin», et participe grandement à la réussite de cette production.
Une production tournée en Lettonie et en anglais, ce qui pourrait froisser les puristes. Mais Olivier Assayas s’en est expliqué: «Même si on avait décidé de tourner en Russie, ce qui était hautement improbable, on n’aurait jamais trouvé d’acteur qui accepte de prendre le risque de jouer dans un film critique vis-à-vis de Poutine. Par ailleurs, on n’aurait jamais réuni les financements si le film ne se faisait pas en anglais et avec des acteurs de renom».
Un brin bavard mais diablement efficace, ce thriller politique qui prend quelques libertés scénaristiques, dresse le portrait glaçant de la Russie contemporaine et de l’ascension d’un des dirigeants les plus puissants au monde, à la manière de «The Apprentice» qui s’intéressait aux débuts d’un certain Donald Trump.
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