Démocrates et mêmes conservateurs sont de plus en plus nombreux à dénoncer les pratiques de la police de l’immigration aux États-Unis. 57% des Américains questionnent ces méthodes, selon un sondage publié cette semaine.
La police américaine de l’immigration lui fait penser «à la Gestapo». Pourtant, ce n’est pas un activiste de gauche, c’est Joe Rogan, podcasteur aux 20 millions d’abonnés sur Youtube et soutien de Donald Trump pour la dernière présidentielle.
«On ne veut pas d’hommes équipés comme des militaires qui traînent dans les rues et attrapent des gens – dont beaucoup se révèlent être des citoyens américains qui n’ont juste pas leurs papiers sur eux. On va revenir à la Gestapo : « Où sont vos papiers ». On en est arrivés là?», se demande-t-il dans un épisode de son podcast publié il y a quelques jours, relaté par l’AFP.
Ses critiques alimentent le débat face aux méthodes de l’agence fédérale ICE (Immigration and Customs Enforcement), qui met en œuvre la politique d’expulsions à marche forcée d’immigrés en situation irrégulière voulue par le président américain.
Donald trump prend ses distances
Dans tous les sondages, une majorité d’Américains condamnent le geste du policier de l’immigration qui a tué par balles une femme de 37 ans, Renee Good, le 7 janvier à Minneapolis. Dans une enquête de l’institut Quinnipiac, 57% des électeurs condamnent les méthodes d’ICE – 94% des électeurs démocrates et 64% des indépendants, tandis que les républicains les soutiennent au contraire à 84%.
Selon le média Axios, l’exécutif américain a mené ses propres sondages et constaté une érosion du soutien à la police de l’immigration, même auprès des électeurs de droite. À en croire un haut conseiller anonyme cité vendredi par ce site d’information, le président américain «veut des expulsions de masse». «Ce qu’il ne veut pas, c’est ce que les gens voient. Il n’aime pas l’air que ça a. Les méthodes de la police de l’immigration ne donnent pas une bonne image, et il a exprimé un certain malaise face à cela.»
Des contrôles qui dépassent les pouvoirs des agents ?
Dans un autre sondage, Economist/YouGov, la proportion de personnes interrogées favorables à la suppression d’ICE (46%) dépasse pour la première fois le pourcentage de celles qui s’y opposent (43%).
Au-delà des opinions sur la politique anti-immigration de Donald Trump, «les méthodes de ces agents masqués et parfois lourdement armés heurtent des principes profondément ancrés dans la culture politique et légale américaine», explique à l’AFP Steven Schwinn, professeur de droit à l’université de l’Illinois à Chicago.
Il prend pour exemple les contrôles d’identité pratiquées par ces policiers, rappelant qu’ils ne sont autorisés qu’en cas de «soupçon raisonnable» d’activité illégale. Lorsque des agents d’ICE exigent par exemple que des manifestants pacifiques produisent leurs papiers, ou quand ils ciblent des personnes seulement sur la base de leur ethnicité, «beaucoup de gens assimilent cela à des régimes dictatoriaux ou totalitaires», note-t-il.
Les policiers de l’immigration sont désormais 22.000 dans l’ensemble du pays, contre 10.000 il y a un an, selon le ministère de la Sécurité intérieure. Ils bénéficient aussi d’une protection de la part du pouvoir exécutif. «Agents d’ICE: vous avez l’immunité pour remplir votre mission», a déclaré récemment l’un des plus influents conseillers de la Maison Blanche, Stephen Miller.
Le vice-président JD Vance a lui jugé que le policier de l’immigration qui a abattu Renee Good «bénéficiait d’une immunité absolue».
![Des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre à Minneapolis. [©Octavio Jones / AFP] États-Unis : plus d'un américain sur deux condamne les méthodes de l'ICE après la mort d'une...](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_372_209/public/000_922h2u7-taille1200_695fd33b15afe.jpg?h=f692311e&itok=FWoax32Q)