Jean et Viviane Badache, le couple qui a dirigé la société Apollonia, ayant fait plus de 700 victimes dont des médecins, des chercheurs et des enseignants, a été condamné à sept ans de prison ferme, ce jeudi, par le tribunal de Marseille.
Une décision de justice attendue par près de 750 parties civiles ruinées par la société en conseil en patrimoine Apollonia. Près de dix-huit ans après la première plainte, le tribunal correctionnel de Marseille a rendu ce jeudi son jugement dans l’affaire Apollonia, considérée comme «la plus grande escroquerie immobilière et financière que la France ait jamais connue», selon l’accusation, avec un préjudice estimé à plus de 1,2 milliard d’euros.
Ainsi, les premières condamnations ont été prononcées ce jour peu après 10h. Le couple ayant dirigé la société Apollonia, Jean et Viviane Badache, a écopé de 7 ans de prison. Benjamin, le fils du duo, a lui été condamné à quatre ans de prison, dont un ferme, sous bracelet électronique et à 100.000 euros d’amende.
Cette entreprise installée à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), aux bénéfices exponentiels (115 millions d’euros de commissions entre 2004 et 2009) avait plongé les victimes dans le surendettement via des investissements immobiliers démesurés effectués dans des résidences services.
10 ans de prison requis contre les deux «organisateurs»
Quatorze personnes et la société Apollonia ont comparu du 31 mars au 6 juin 2025 pour escroquerie en bande organisée, faux et blanchiment aggravé.
Le procureur Mathieu Vernaudon avait requis la peine maximale de dix ans de prison assortie d’un mandat de dépôt contre Jean Badache, 71 ans, et son épouse Viviane Badache, 69 ans, désignés comme «les concepteurs, organisateurs et bénéficiaires» de l’escroquerie. Le magistrat avait également réclamé la confiscation de biens immobiliers, bijoux et assurances-vie du couple pour un montant de 19 millions d’euros.
L’escroquerie consistait à «empiler» des crédits immobiliers sur les clients, considérés comme des «produits» par Apollonia, leur faisant supporter un endettement allant de 800.000 euros à 4 millions d’euros. A ces médecins, kinés, dentistes, la société leur faisait miroiter l’acquisition d’un patrimoine sans bourse délier via le statut «gagnant-gagnant» de loueur en meublé professionnel.
Le remboursement de TVA pendant les premières années, les loyers et les mesures de défiscalisation étaient censés autofinancer les acquisitions à 100%. Invités à signer des liasses de documents vierges, les clients déléguaient toutes les démarches à Apollonia.
Des organismes bancaires constitués parties civiles
Également parties civiles, des organismes bancaires accordaient aux clients d’Apollonia les prêts permettant les acquisitions immobilières en ignorant que d’autres établissements étaient démarchés. «Ainsi quand cinq banques sont sollicitées pour un emprunt de 500.000 euros, la personne va se retrouver endettée pour 2,5 millions», avait résumé la présidente du tribunal.
Les prêts et les acquisitions auprès de promoteurs immobiliers étaient, aux yeux de clients, sécurisés par l’intervention de notaires auxquels ils donnaient procuration. «En donnant force et crédit au discours d’Apollonia, ils ont violé leur devoir de conseil, violé leur serment», avait considéré le procureur.
Des peines allant de trois ans de prison avec sursis à cinq ans dont deux ans ferme sous bracelet électronique ont été réclamées contre trois officiers ministériels de Lyon, Marseille et Aix-en-Provence, dont les avocats ont plaidé la relaxe.
«Tous les matins, un pigeon se lève»
Le tribunal va statuer aussi sur la culpabilité de quatre commerciaux d’Apollonia, VRP de la fraude via «une manipulation psychologique et une mise en scène destinée à rassurer le client», selon le procureur. Cinq à six ans de prison avec mandat de dépôt et une amende de 100.000 euros ont été requis contre trois d’entre eux.
Des peines de prison avec sursis ont également été requises contre trois secrétaires, «petites mains» auxquelles il était reproché d’avoir retouché les dossiers des clients pour faire disparaître de leurs relevés bancaires la trace de précédents emprunts ou d’encaissements de loyers afin d’obtenir l’accord des banques pour de nouveaux prêts.
Les commerciaux ont expliqué avoir été soumis à la pression de Jean Badache qui leur lançait : «Tous les matins, un pigeon se lève et il faut aller le chercher».
Tout au long des débats, cet ancien marchand de chaussures et de parfums a contesté l’escroquerie, accusant notamment les victimes de cupidité et de «dépenser la TVA remboursée chez Ferrari, Porsche, Maserati».
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