En Iran, où un soulèvement populaire d’ampleur dure depuis plus de deux semaines, les médecins signalent de nombreuses blessures graves aux yeux, infligées délibérément par les forces de sécurité.
Débordés, les hôpitaux iraniens croulent tellement sous le nombre des blessés que le sang vient à manquer. La contestation se maintient depuis plus de deux semaines en Iran et, selon plusieurs témoignages, les blessures aux yeux sont anormalement fréquentes chez les manifestants.
On pourrait croire que c’est un détail mais l’histoire du pays dit le contraire. Il y a trois ans, dans le cadre du mouvement «Femme, Vie, Liberté», qui avait suivi la mort de Mahsa Amini, des ophtalmologistes iraniens avaient déjà signalé des cas similaires.
Comme le rappelle franceinfo, de nombreux patients présentaient de graves blessures aux yeux telles que des sections du nerf optique, des lésions de la rétine ou encore des iris perforées. Une pétition avait même été lancée par la profession pour demander aux forces de sécurité iraniennes de ne plus viser les yeux des manifestants.
Un outil de neutralisation politique
Selon les experts, cette pratique violente serait en réalité bien plus ancienne et très symbolique. L’aveuglement a été utilisé à plusieurs reprises dans la culture politique iranienne pour neutraliser un opposant ou un rival.
Firouzeh Nahavandi, sociologue spécialiste de l’Iran, explique sur Slate que le chah Abbas Ier le Grand, au pouvoir entre 1587 et 1629, avait notamment volontairement privé plusieurs de ses fils et petits-fils de la vue, pour éviter les complots ou les conflits de succession. Plus tard, en 1742, Nader Shah avait également fait aveugler son fils et héritier, Reza Qoli Mirza.
A l’époque le fait de tuer un membre de l’élite était considéré comme un sacrilège. En lui retirant la vue on évitait donc cet écueil tout en le neutralisant malgré tout. Symboliquement, la cécité retirait toute existence politique à la victime.
Aujourd’hui cette symbolique est toujours valable, mais il y a aussi une volonté de marquer durablement les corps pour installer la terreur et dissuader les manifestants.
Des patients énucléés
Sans compter que le regard a désormais pris une tout autre dimension, à l’heure où les manifestants filment les violences et diffusent les vidéos à l’échelle mondiale quand ils le peuvent. Ce n’est pas sans raison que les autorités iraniennes ont coupé toutes les communications internet depuis le 8 janvier.
D’après le Guardian, un ophtalmologue de Téhéran a recensé plus de 400 blessures oculaires par balles dans un seul hôpital de la ville. Selon lui, «les forces de sécurité tirent délibérément à la tête et aux yeux. Elles veulent les endommager pour qu’ils deviennent aveugles, comme en 2022». Il a ajouté que de nombreux patients avaient dû être énucléés.
Ce mercredi 14 janvier, le ministre des français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a estimé que la répression menée aujourd’hui en Iran contre les manifestants pourrait être «la plus violente» de l’histoire contemporaine du pays.
J’ai convoqué aujourd’hui l’ambassadeur d’Iran à Paris. Il ne saurait y avoir d’impunité pour ceux qui tournent leurs armes contre des manifestants pacifiques. pic.twitter.com/04H5C1SeSt
— Jean-Noël Barrot (@jnbarrot) January 13, 2026
«Des rares images qui nous sont parvenues, nous voyons des manifestants abattus à bout portant par des armes d’assaut, des cadavres qui s’entassent dans des sacs, dans des hôpitaux saturés, nous voyons des familles iraniennes endeuillées et nous entendons des appels de détresse auxquels nous ne pouvons rester insensible», a-t-il décrit.
L’ONG Iran Human Right fait état d’au moins 734 manifestants morts. La collecte d’informations étant toutefois difficile, l’organisation craint que la réalité soit bien plus noire, et évoque des rapports non confirmés recensant des milliers de décès.
Les témoignages de médecins recueillis par le Guardian semblent confirmer cette dure réalité. «C’est comme dans les films de guerre où l’on voit des soldats blessés soignés en plein champ. Nous manquons de sang, de matériel médical. C’est une véritable zone de guerre», a déploré l’un d’entre eux.
L’un de ses collègues décrit quant à lui les soins prodigués à même le sol, dehors dans un froid glacial, faute de place dans les services débordés. Selon lui, les forces de sécurité vont jusqu’à pénétrer dans les hôpitaux pour arrêter des manifestants blessés.
Lundi, un médecin ayant quitté l’Iran a lui aussi témoigné auprès du Centre pour les droits de l’homme en Iran, basé aux Etats-Unis. «Les images et les données diffusées par les médias internationaux ne représentent même pas un pour cent de la réalité, a-t-il assuré. L’information ne leur parvient tout simplement pas.»
![Depuis le début de la contestation, l'ONG Iran Human Rights (IHR) dit avoir confirmation de la mort de 648 manifestants au total. [© WANA (West Asia News Agency)/REUTERS] «Ils veulent qu'ils deviennent aveugles» : en Iran, plusieurs centaines de blessures graves aux...](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_372_209/public/2026-01-12t165753z_831722910_rc2axiabfpbf_rtrmadp_3_iran-economy-protests-taille1200_69668ab10f096.jpg?h=992b9245&itok=IqBwhjMJ)