Portée, puissance, coût : tout savoir sur les nouveaux sous-marins Barracuda dont se dote la…

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By InfoHunter


Le dernier sous-marin du programme français Barracuda sera livré avec une année d’avance, dès 2029. Un exploit industriel qui braque davantage les projecteurs sur ce submersible à la pointe de la technologie nucléaire. Voici tout ce qu’il faut savoir.

«Face à l’ennemi, la seule option est d’être le meilleur», prévenait l’amiral Christophe Prazuck lors de la présentation des sous-marins Suffren, la première unité de la classe Barracuda, en 2019, comme le rapporte Mer et Marine. De par leurs dimensions records, leurs nouveautés technologiques, et leur puissance militaire accrue, ces sous-marins s’imposent comme les meilleurs que la France n’ait jamais créé et dont la livraison a été annoncée avec une année d’avance.

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Le Duguay-Trouin, deuxième sous-marin de la classe Barracuda, à Cherbourg, le 28 mars 2023 © Naval Group / AFP

Suffren, Duguay-Trouin, Tourville, De Grasse, Rubis et Casabianca, tels sont les noms donnés aux six sous-marins d’exception du programme Barracuda produits par l’ingénierie française pour concurrencer les appareils les plus performants au monde. Leur création répond à un besoin partagé par de nombreuses puissances militaires d’investir les mers autant que l’espace, pour remporter des guerres qui se cantonnent de moins en moins sur la terre ferme. Une bataille tactique pour laquelle la France pourrait être bien armée, grâce à ces engins et leurs qualités multiples.

Deux fois plus massif que le Rubis

Le ministère des Armées précise les caractéristiques techniques de ces géants des mers : une longueur de 99,5 mètres, 8,8 mètres de large, 5.100 tonnes en plongée, une capacité d’accueil de deux équipages de 65 marins chacun et une vitesse maximale qui reste classifiée mais pourrait être multipliée par deux par rapport à celle du Rubis. L’ensemble des chiffres témoigne de progrès importants par rapport à ceux de son prédécesseur, dont les dimensions étaient par exemple seulement de 73 mètres de long et 2.400 tonnes en plongée.

De plus, toujours en comparaison avec le Rubis, les SNA (sous-marins nucléaires d’attaque) de la classe Suffren, grâce à leurs caractéristiques, offrent davantage de possibilités aux stratèges français. Ils peuvent notamment les utiliser pour réaliser des opérations spéciales, n’étant plus simplement considérés comme des chasseurs-tueurs. Ainsi, les Barracuda comprendront des commandos dans les missions qui leur seront assignées.

«Il est à la fois un chasseur, un garde du corps et un agent de renseignement, peut-on lire sur le site du gouvernement au sujet de cette nouvelle classe de sous-marins. Véritables instruments de puissance, endurants et discrets, leurs missions sont variées : soutien à la dissuasion, escorte d’unités précieuses (porte-avions en particulier), recueil discret de renseignement, lutte sous-marine et lutte antinavires».

Missile de croisière, missiles antinavires ou torpilles lourdes

Si ses dimensions exceptionnelles et ses outils lui permettent de multiplier ses fonctions aux yeux de la marine française, les sous-marins de la classe Barracuda n’en restent pas moins des chasseurs hors pair. Les experts estiment en effet que la force de frappe de ces nouveaux engins est deux fois supérieure à celle des Rubis.

La torpille lourde F21 n’y est pas étrangère. Cette arme nouvelle génération qui remplace la F17Mod2 du Rubis est un projectile sous marin de 533 mm de diamètre, 6 mètres de long et d’1,5 tonne. Elle a été développée par Thales et Naval Group. Conçue pour être utilisée aussi bien en haute mer que dans les eaux littorales, elle peut être lancée entre 10m et 500m de profondeur. Le travail des chercheurs pour palier les contre-mesures ennemies la rendent particulièrement efficace, même dans des niveaux de bruits élevés.

L’un des missiles les plus létaux de ces sous-marins est également le MdCN, un missile de croisière à guidage autonome qui peut voler à plus de 1.000 km/h à basse altitude, sans perte de précision de trajectoire grâce à une technologie de navigation à la pointe. Ce missile de 7 mètres de long et de 2 tonnes peut atteindre des cibles situées à 1.000 km de distance du sous-marin, une distance bien supérieure à la moyenne des concurrents français. Cette arme sera notamment utilisée pour neutraliser des cibles stratégiques, y compris celles protégées par des bunkers renforcés.

En ce qui concerne les missiles antinavires de ces SNA, il s’agit des Exocet SM39 d’une longueur de 4,69 mètres pour un poids de 655 kg. Leur mission : frapper en profondeur. Comme l’explique le constructeur, ce missile d’une portée courte de 50 km «offre une flexibilité tactique et une polyvalence (y compris des tirs d’urgence) grâce à la grande enveloppe de lancement du système». Depuis le tube lance-torpilles du sous-marin, il est propulsé vers la surface, qu’il survole à très basse altitude pour atteindre rapidement sa cible.

DES Systèmes de propulsion et de direction révolutionnaires

Pour tout véhicule, le système de propulsion, qui confère à l’objet sa capacité de déplacement, est un chantier primordial. Pour les sous-marins de la classe Suffren, il s’agit d’un ajout exceptionnel par rapport aux Rubis. Grâce à un circuit électrique silencieux très réactif, particulièrement performant à basse et moyenne vitesse, les deux turboalternateurs Thermodyn-Jeumont alimentant eux-même deux moteurs de propulsion électriques fournis par le groupe ECA permettent à l’engin d’atteindre des vitesses jugées bien au-delà de 25 nœuds (46 km/h), comme le faisait le Rubis. Pour ce qui est de l’alimentation de secours, celle-ci est garantie par deux batteries électrogènes diesel.

Ce système de propulsion est essentiel à la discrétion du sous-marin et à sa furtivité. En effet, en limitant les rejets en mer, mais aussi les machines tournantes, le bruit généré par l’appareil est moindre. Son autonomie et son rayon d’action en sont également accrus. Technicatome a ainsi développé le réacteur Barracuda en partenariat avec le Commissariat à l’énergie atomique dans le but d’allonger sa durée de fonctionnement maximale et par la même occasion de limiter ses révisions pour rechargement du combustible, qui peuvent être particulièrement longs. Les sous-marins Suffren bénéficient ainsi d’une autonomie de 70 jours en mer, contre 45 pour la classe Rubis.

Toujours dans un souci de discrétion et de manœuvrabilité, le Barracuda a été doté d’un nouveau système de direction pensé par Naval Group. A noter que les gouvernes arrières de l’appareil sont en forme de X, permettant des directions plus précises et plus réactives ainsi qu’une meilleure maniabilité. Un avantage essentiel notamment lors des manœuvres d’évitement. Pour permettre une discrétion parfaite, les stabilisateurs du sous-marin sont également rétractables. On estime que la classe Suffren, grâce à toutes ces améliorations, sera près de 10 fois plus silencieuse que la classe Rubis.

En outre, la coque plus large, qui est un atout pour l’autonomie de l’appareil, lui permet également d’accueillir des sonars plus grands et plus développés. En améliorant les systèmes dont bénéficiait la classe Rubis, son acoustique est désormais l’une des meilleures au monde. Elle se compose de capteurs numériques de nouvelle génération, plus compacts, qui permettent de détecter des données depuis plusieurs réseaux. Mieux encore, c’est le traitement de ces informations qui a été nettement revue : les bruits écoutés sont immédiatement comparés avec les bases de données historiques détenues par le CIRA (Centre d’interprétation et de reconnaissance acoustique de la Marine nationale française).

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Les nombreux appareils technologiques fournis par Thalès dans ces sous-marins © Thalès

A noter que Thalès, l’un des acteurs majeurs des secteurs de la défense, de l’aéronautique et des hautes technologies françaises, a également oeuvré pour fournir à ces vaisseaux sous-marins une antenne d’interception, un système de communication par satellite, une communication radio, des antennes de flanc, un téléphone sous-marin ou encore une antenne cylindrique, en plus des éléments primordiaux évoqués.

«Le meilleur pour les 40 prochaines années»

«Il n’y a pas de médailles d’argent dans ce jeu. Face à l’ennemi, la seule option est d’être le meilleur et de gagner», affirmait l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine nationale, à Cherbourg le 12 juillet 2019, lors de la présentation de cette nouvelle classe d’engins. Une phrase qui montrait l’ambition française de faire de ces sous-marins l’un des plus performants au monde, dans tous les secteurs. «Lorsque nous avons demandé à l’Agence d’acquisition de la défense (DGA) quel type de sous-marin nous convenait pour nos missions, nous avons évidemment exigé le meilleur. En fait, nous avons demandé non seulement le meilleur, mais le meilleur pour les quarante prochaines années», a-t-il également précisé.

Aujourd’hui, la classe Barracuda fait partie des plus performantes avec la Block VI et la SeaWolf des Etats-Unis, la classe Yasen-M de Russie et l’Astute de l’ingénierie britannique. Egalement présent lors de la présentation des nouveaux engins français en 2019, Emmanuel Macron se félicitait que la France compte parmi les «quatre pays capables de construire de tels bâtiments sans aide extérieure».

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Le SSN 23 Jimmy Carter accoste dans l’Etat du Washington © US Government

Le président français n’a pas non plus minimisé la prouesse française : «Vous construisez bien plus que des sous-marins. Vous construisez l’indépendance de la France, notre souveraineté, notre liberté d’action, notre statut même de grande puissance», disait-il devant les scientifiques et ingénieurs grâce auxquels ces vaisseaux ont pu voir le jour.

Au total, pas moins de 10.000 salariés de 800 entreprises différentes ont travaillé sur ce chantier national, pendant plus de vingt années, à partir de 2006. Le programme a même été conçu dès 1998. Mais derrière ces fabrications se cache une vision à long-terme de ce projet pharaonique : «Étant donné que le commandant du dernier sous-marin de la classe Suffren n’est pas encore né et que ses parents ne se sont probablement même pas encore rencontrés, il est clair que nous devons avoir une vision à long terme : jusqu’en 2060», a expliqué l’amiral Prazuck en 2019. Ainsi, le sous-marin a été imaginé avec une coque plus large pour intégrer, au fil des années, de nouveaux équipements ou pour moderniser ceux déjà inclus.

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Pour bénéficier d’un savoir-faire extraordinaire, la France a dû consentir à une dépense estimée à 9 milliards d’euros, pour l’ensemble de la classe Barracuda. Il s’agit donc de l’un des programmes d’armements les plus coûteux de l’Histoire du pays.

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