Après l’incendie qui a ravagé le bar «Le Constellation» à Crans-Montana (Suisse), bon nombre d’images de personnes qui s’y trouvaient ont été diffusées sur les réseaux sociaux. L’attitude de jeunes en train de filmer le départ de feu au lieu de fuir a été vivement critiquée. Pourtant, ce geste s’inscrit dans un réflexe naturel, selon une psychologue.
Une scène qui avait suscité des interrogations mais qui trouve une explication psychologique. Quelques jours après l’incendie meurtrier survenu dans le bar «Le Constellation» à Crans-Montana (Suisse) lors de la nuit du Nouvel An, des vidéos ont commencé à émerger sur les réseaux sociaux. Sur ces dernières, on y voit des jeunes filmer le départ de feu au sous-sol de l’établissement, sans réagir, en continuant à chanter et danser au lieu de prendre la fuite.
Si cela peut paraitre surprenant, ces «non-réactions» face au danger imminent ont une explication, et elle a un nom : le biais de normalité.
Un comportement pourtant largement critiqué. «Mais c’est fou d’avoir 0 instinct de survie comme ça», «Ça dénote un grave problème de société», «Zéro conscience. C’est fou», pouvait-on notamment lire sur X.
The social media era has erased 200,000 years of evolution.
Instead of recognizing the danger and feeling the instinct for survival, they pulled out their phones for the Gram.pic.twitter.com/rJVxXG9SCm— John LeFevre (@JohnLeFevre) January 2, 2026
Plusieurs dynamiques psychologiques
Selon la psychologue Audrey Le Mérer, le comportement de ces jeunes dans le bar de Crans-Montana n’a rien de surprenant et peut relever de plusieurs dynamiques psychologiques.
«D’abord, ils ont pu ressentir un faux sentiment de sécurité induit par un biais de normalité des événements : ce biais fait croire que la catastrophe ne peut pas arriver et que le cours normal de ce qui était prévu de vivre va arriver», détaille-t-elle. Ensuite, il y a le contexte concret favorisant ce biais de normalité : «Une boite de nuit avec des extincteurs, des personnels qui savent gérer les imprévus (les situations de crise), des issues de secours, etc».
Puis, il faut prendre en compte le contexte émotionnel favorisant la mise à distance de l’événement catastrophique, soit, «des jeunes qui faisaient la fête».
Il y a enfin un «contexte d’alcoolisation plus excessive que d’habitude, ce qui ralentit les prises de conscience et les remises en question des éléments de l’entourage et qui favorise l’émergence des biais cognitifs» et peut-être une «dilution de la responsabilité : lorsque nous sommes nombreux, chacun se dit qu’il appartient à l’autre de réagir face à la situation problématique», explique la psychologue.
Un délai de réaction
Ensuite, une fois que l’évaluation de la situation dangereuse est actée, conscientisée, la réaction n’est pas nécessairement instantanée. En effet, Audrey Le Mérer explique que «des mécanismes de défense dans les cas de survie se mettent en place, le plus répandu étant l’inhibition comportementale : on ne réagit pas, on freeze (on reste figé) et l’on doit, pour le plus souvent, dépasser cet état pour nous diriger dans deux autres actions : fuite ou combat».
Enfin, selon la spécialiste, la dynamique d’un grand groupe, comme c’est le cas dans une boîte de nuit, «va favoriser la sortie de l’état d’inhibition comportementale puisqu’il y a un climat d’agitation ambiante. Il faut entendre l’état d’inhibition comportementale comme une réponse naturellement programmée en nous et qui s’active dans 75 % des cas de situations à risque».
Ainsi, cette réaction n’est pas du fait d’une «génération», mais plutôt d’un réflexe humain, à l’image des attentats du 11 septembre 2001, où, selon une étude du National Institute of Standards and Technology (NIST), beaucoup de survivants ont raconté avoir pris soin d’éteindre leur ordinateur avant de fuir, expliquant qu’ils attendaient des consignes claires pour évacuer.
![Le patron du bar a été placé en détention provisoire. [REUTERS/Umit Bektas] Incendie de Crans-Montana : pourquoi des jeunes ont-ils filmé le départ de feu au lieu de fuir ?...](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_372_209/public/2026-01-09t114541z_573013620_rc2jxiaijosw_rtrmadp_3_switzerland-blast-questioning-taille1200_69610e7023a48.jpg?itok=N1lz9tCf)