Les gérants du bar où un incendie s’est déclaré pendant la nuit de la Saint-Sylvestre à Crans-Montana (Suisse), tuant une quarantaine de personnes et blessant 119 autres, sont un couple de restaurateurs Français.
Les visages derrière le drame. Dans la nuit du 31 décembre 2025 au 1er janvier 2026, l’incendie du bar Le Constellation dans la station de ski de Crans-Montana (Suisse) a causé la mort d’une quarantaine de personnes et blessé 119 autres, dont 14 Français. Selon un dernier bilan communiqué hier soir par la ministre des Français de l’Etranger, Eleonore Caroit, sur , on dénombrait parmi les personnes décédées au moins 8 compatriotes.
La veille, le ministère public avait annoncé l’ouverture d’une instruction pénale pour «homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence» contre les propriétaires français de l’établissement, Jacques et Jessica Moretti.
L’enquête devra notamment déterminer leur responsabilité dans cette tragédie, déclenchée apparemment par des bougies incandescentes fixées sur des bouteilles de champagne placées trop près du plafond du sous-sol, selon les premiers éléments.
Un homme d’affaires rodé
Originaire de la Ghisonaccia (Haute-Corse), le sexagénaire a exercé dans le secteur de l’immobilier à la station de ski La Clusaz dans les Alpes françaises (Haute-Savoie) au début des années 2000, selon des documents administratifs consultés par l’Agence France-Presse.
Ensuite, il a dirigé un bar-lounge sur le port de Bonifacio, ville balnéaire prisée sur l’Île de Beauté, à la fin de cette même décennie, selon des sources locales. Jean-Charles Orsucci, maire de la commune depuis 2008, a confirmé avoir entretenu «de bonnes relations» avec ce commerçant.
En 2015, le couple s’est installé dans la station cossue des Alpes suisses, où ils ont acquis Le Constellation, selon les registres du commerce. Ces derniers mentionnent également l’ouverture du café-restaurant Le Senso en 2020 à Crans-Montana, et l’auberge corse Le Vieux Chalet, trois ans plus tard, à Lens.
«C’est un ami, il s’est installé ici, c’est son premier bar, après il en a eu deux autres. C’est un travailleur, c’est un ami de la station. Il faisait son travail très sérieusement, et puis on le voyait tous les jours, il était toujours là, toujours engagé», a témoigné Charles-André Bagnoud, notaire de Crans-Montana toujours auprès de l’AFP.
«nous aussi nous sommes en deuil»
Les enquêteurs examineront les travaux réalisés dans le sous-sol en 2015, les matériaux utilisés, dont la mousse, un isolant acoustique recouvrant le plafond, qui semble s’être rapidement enflammé, ainsi que les autorisations d’exploitation.
Les mesures de sécurité, incluant le respect des normes en matière d’accès et d’issues de secours, seront aussi analysées, notamment après des bousculades présumées dans l’escalier menant au sous-sol, alors que la réglementation suisse impose des portes à ouvrir dans le sens de la fuite, des voies de circulation dégagées et bien signalées, avec des largeurs minimales.
«Laissez-nous tranquilles, nous aussi nous sommes en deuil», a lancé Jacques Moretti, interrogé samedi par des journalistes devant son domicile de la commune voisine de Lens.
La veille, il avait assuré à La Tribune de Genève que son bar avait été contrôlé «trois fois en dix ans» et que «tout s'(était) fait dans les normes».
Un procès en prespective ?
De son côté, la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud a affirmé à la presse que «le dossier (de l’établissement) a été demandé à la commune, il a été obtenu. Pour l’instant, il est en cours d’analyse».
Cette enquête «a été ouverte(e) parce que nous avons des soupçons mais tant qu’il n’y a pas une condamnation, il y a une présomption d’innocence qui prévaut», a-t-elle précisé.
À l’issue de l’instruction, le ministère public décidera de classer l’affaire ou d’émettre un acte d’accusation pouvant mener à un procès.
En attendant, les époux ne font actuellement l’objet d’aucune mesure de détention provisoire ni d’assignation à résidence, selon la police cantonale. Ils pourront éventuellement rentrer sur la Côte d’Azur, région d’origine de l’épouse, où ils posséderaient un pied-à-terre.
