Symbole du chic parisien, femme d’affaire, styliste, philanthrope… La comtesse Jacqueline de Ribes est décédée ce mardi. Elle avait 96 ans.
Surnommée la «dernière reine de Paris», la comtesse Jacqueline de Ribes, figure de la jet-set et symbole de l’élégance parisienne, en particulier aux Etats-Unis, est décédée mardi en Suisse à l’âge de 96 ans, a déclaré à l’AFP mercredi Stéphanie Mouly, son assistante, s’exprimant au nom de la famille.
Impresario de théâtre, productrice de télévision, décoratrice d’intérieur, organisatrice d’événements caritatifs, elle aura connu mille vies… Jacqueline de Ribes est née en 1929 à Paris de parents aristocrates et s’est mariée à 19 ans à Édouard, vicomte de Ribes (qui devint comte de Ribes à la mort de son père en 1981).
Eprise de liberté et passionnée de mode depuis l’enfance, la jeune femme brille dans les bals et les galas, si bien qu’en 1956 elle est nommée parmi les femmes les mieux habillées par la très influente personnalité de la mode américaine Eleanor Lambert (1903-2003).
À l’époque, Jacqueline de Ribes ne posséde qu’une poignée de robes de haute couture, sa garde-robe étant principalement composée de ses propres créations réalisées à partir de pièces achetées chez Dior ou Guy Laroche.
Une certaine image de la vie mondaine
Sa beauté et son style lui valent en 1962 d’apparaître une nouvelle fois au «panthéon de la mode» de la «Best Dressed List». Photographiée par les plus grands talents internationaux, dont Richard Avedon, Cecil Beaton, Robert Doisneau, Horst, Jean-Baptiste Mondino, Irving Penn, Francesco Scavullo, ou encore Victor Skrebneski, son image devient au fil des années une référence en matière de glamour sophistiqué.
Quand elle décide d’ouvrir sa propre maison de couture en 1983 et d’organiser sa première collection, Yves Saint Laurent, dont elle était une cliente avant de devenir son amie, lui donne des conseils et lui envoie des techniciens. Sa première collection sera ovationnée par la presse internationale et elle habillera ses amies people (Joan Collins, Raquel Welsh, Farah Fawcett…). Elle dirigera sa maison de couture jusqu’en 1995, avant d’arrêter pour raisons de santé.
«Sa conception du vêtement comme expression de sa personnalité s’apparente à une forme d’art performatif. Lorsqu’elle fonde sa propre maison de couture, son ami Yves Saint Laurent soutient pleinement ce projet, y voyant une manifestation de son élégance», avait déclaré Harold Koda, conservateur en chef du Costume Institute et commissaire de l’exposition «Jacqueline de Ribes : L’Art du Style» organisée en 2015 au Metropolitan Museum of Art.
Décorée de la Légion d’honneur
En 1999, Jean Paul Gaultier lui avait dédié sa collection de haute couture, baptisée «Divine Jacqueline», et en 2010, elle fut décorée de la Légion d’honneur par le président français Nicolas Sarkozy pour sa contribution philanthropique et culturelle à la France.
Citée par Dominique Bona, la peintre Françoise d’Origny lui rendait hommage dans le livre «Ces Jours qui ne sont plus» (2017) : «La reine de nous toutes, c’était Jacqueline de Ribes, la plus époustouflante et la plus élégante qui soit, gentille, gaie, intelligente, qui menait sa vie mondaine avec des robes fracassantes et un professionnalisme sans faille. Elle était la preuve vivante que la légèreté assumée est une vocation qui exige discipline, pertinence et application et que la vie mondaine oblige à des efforts poursuivis sans relâche au mépris d’autres considérations.»
Fin 2019, la dispersion des œuvres de la collection amassée avec son époux avait engrangé 22,8 millions d’euros chez Sotheby’s France.
«Styliste, comme si le mot avait été inventé pour elle. Ça n’est pas tout le monde qui a son profil projeté sur l’Empire State Building (2015). Et en plus, elle était française. Elle nous parle d’un temps d’avant le Photomaton, avant le Selfie, un temps où pour vraiment montrer quelqu’un il fallait le montrer de profil», a écrit la journaliste Sophie Fontal pour lui rendre hommage.
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