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Ancien militaire français, blessé en Afghanistan en 2011, Geoffrey Hodicq met aujourd’hui son expérience dans l’aide aux anciens combattants et dans l’accompagnement de jeunes en difficulté ou radicalisés.
Avec un père parachutiste, Geoffrey Hodicq a grandi entre rigueur et engagement, entre le Nord et Le Touquet, avec le judo comme discipline. À 17 ans et demi, il choisit l’armée. À 18 ans, il part en « Opex » (opérations extérieures). À 25 ans, il a déjà vu la mort : lors d’une embuscade en Afghanistan, un de ses compagnons d’armes meurt. Un autre est grièvement blessé. Lui-même est blessé. Rapatrié, il souffre de stress post-traumatique sévère. Hôpital psychiatrique, alcool, divorce… Geoffrey Hodicq se lance dans une autre bataille, celle de la reconstruction par le sport, la fraternité, la transmission. Aujourd’hui, il accompagne des camarades blessés pour aider des jeunes cabossés, via sa Fondation Résilience. À l’heure où Emmanuel Macron relance le débat sur le retour du service militaire, sa parole résonne autrement. Geoffrey Hodicq est l’invité de Paul Larrouturou, dans « Pour info ».
Geoffrey Hodicq revient sur son engagement dans l’armée, dans les chasseurs alpins, ses premières missions en Côte d’Ivoire, au Darfour et en Centrafrique. Et l’embuscade des talibans en Afghanistan, en 2011, où il a perdu un de ses camarades, tué sur le coup. « Je me pose encore la question aujourd’hui : pourquoi je suis vivant ? » Un de ses hommes, un maître-chien, a la jambe arrachée. Il faut se mettre en sécurité, lui poser un garrot, préparer l’évacuation par hélicoptère… Il reproduit étape par étape ce qu’il a appris en cours théorique. « Les bases, tous les petits trucs qu’on apprend, il n’y a que ça qui ressort quand on est en situation de ce type. Parce que le stress vous prend 80 % de votre énergie physique, mentale et morale. C’est lourd de toujours répéter les mêmes gestes, les mêmes mécanismes, de travailler 30 fois la mise en place d’un armement ou ce genre de choses. Mais le jour où il y a un incident de ce type, c’est la seule chose qui ressort. »
« Quand on vit la guerre, on ne peut pas dire je n’ai pas peur. Quant on se fait de tirer dessus, ce n’est pas naturel de se faire tirer dessus, vous avez peur. Et les gens qui vous disent qu’ils n’ont pas peur, c’est des menteurs. »
Geoffrey Hodicq« Pour info »
Pour Geoffroy Hodicq, le traumatisme psychologique subi est lourd, la reconstruction est lente. Elle passe par le sport. Il décide de créer la Fondation Résilience pour aider d’autres anciens combattants blessés. Son approche est basée sur la confiance, l’écoute et le partage d’expériences. Et la fondation se consacre bientôt à l’accompagnement de jeunes en difficulté ou radicalisés.
Geoffroy Hodicq puise dans son expérience, dans l’exigence et la cohésion apprise dans sa formation militaire. « Ça peut surprendre pour un militaire, mais ce que je fais, c’est de l’entraide, c’est aussi de l’amour : accompagner des gens qui n’ont pas les mêmes chances que les autres. Ça, c’est ma nouvelle guerre. Lutter contre les inégalités, lutter contre la stigmatisation des jeunes. Se dire : « tel jeune vient de telle communauté »… ça c’est des bêtises. Ce qui m’intéresse, et c’est ça ma guerre, c’est donner les moyens à des vétérans comme moi, formés, diplômés, d’encadrer des jeunes que personne aujourd’hui n’accompagne de cette manière-là.«
Aujourd’hui, Geoffrey Hodicq a perdu le contact des hommes pris avec lui dans l’embuscade en Afghanistan. « Moi, je repense à ces gars-là, je leur lance un appel : si jamais ils le souhaitent et qu’on peut les aider avec la fondation que j’ai montée, on sera là pour eux. Ils ne sont plus à l’armée, ils ne sont jamais venus chercher leurs médailles, ils sont rentrés rapatriés et ne sont plus jamais retournés à l’armée. Je leur lance ce petit message au passage… on sera là pour eux. Je sais qu’ils ne ressortiront pas indemnes de ça. On ne peut pas sortir indemne, c’est impossible. »