Des « Lou, Lou, Lou » à chaque coin de piste et des biathlètes tricolores à la hauteur de « leur » étape de Coupe du monde. Sur les podiums de Lou Jeanmonnot (2e) et Justine Braisaz-Bouchet (3e) puis d’Eric Perrot (2e) sur les mass starts, le Grand-Bornand et ses 67 000 spectateurs sur les quatre jours de compétition a achevé, dimanche 21 décembre, de célébrer le biathlon, porté par les excellents résultats de l’équipe de France
Alors que l’étape française avait, les années précédentes, tendance à inhiber en partie les biathlètes tricolores, la moisson a été abondante à l’occasion de cette 7e édition avec une victoire, deux deuxièmes places et une troisième côté femmes, puis trois podiums chez les hommes. Sans compter trois quatrièmes places, synonyme de cérémonie des fleurs. « C’est généralement un site compliqué à gérer pour les Français, un endroit qui pèse lourd au niveau émotionnel, a expliqué Cyril Burdet, l’entraîneur de l’équipe de France féminine, dimanche. Et là, le week-end a été incroyable. A l’approche de ce Grand-Bornand, on aurait signé des deux mains pour de tels résultats« , a-t-il ajouté.
Il y a d’abord eu la performance au presque parfait de Lou Jeanmonnot. Arrivée en deuxième position au classement général de la Coupe du monde, la Jurassienne a vaincu ses démons au « Grand Bo ». « C’est un soulagement, je suis vraiment fière d’avoir réussi à passer cette étape-là, a soufflé dimanche la nouvelle leader de la Coupe du monde. Et puis passer Noël avec le jaune sur le dos a un côté relaxant. Je sais que j’ai fait du bon boulot », a-t-elle ajouté avant d’aller suivre la mass start des hommes derrière le pas de tir, aux côtés de Jean-Pierre Amat et sa jumelle. « Lou, fais gaffe, c’est un peu technique », a plaisanté le coach de tir de l’équipe masculine alors que la Doubiste, tout sourire, arrêtait Hanna Oeberg pour discuter tranquillement en regardant la course. Signe que Lou Jeanmonnot a bien réussi à décompresser, enfin, après son week-end en apothéose.
La biathlète de 27 ans a d’abord décroché une deuxième place sur le sprint jeudi, se rapprochant alors à seulement un point au général, et s’est parfaitement placée pour la poursuite de samedi qu’elle a remporté en patronne. Partie à trois secondes de la Suédoise Hanna Oeberg, elle a réalisé un 19/20 au tir pour s’offrir un dernier tour plus tranquille dans le chaudron du Grand-Bornand et par la même occasion le maillot jaune de leader. « Le prendre ici, c’est vraiment cool, assurait la Doubiste après sa poursuite. Ce sera un beau challenge de le porter sur la mass start [dimanche] parce que le cadre du Grand Bo’, ça m’a toujours stressé« , a-t-elle ajouté.
Mission réussie pour Lou Jeanmonnot, auteur d’un nouveau 19/20 dimanche et d’une belle bataille avec ses deux compatriotes Justine Braisaz-Bouchet et Camille Bened, ainsi la vainqueure du jour, Maren Kirkeeide. De quoi asseoir son avance sur le classement du gros globe, pour lequel elle compte désormais 68 points d’avance sur la Norvégienne et 118 sur l’Italienne Dorothea Wierer.
Camille Bened (6e) et Justine Braisaz-Bouchet (9e) ont aussi réalisé un gros week-end de compétition, marquant de gros points en vue des Jeux de Milan en février. Sans oublier le retour de Julia Simon aux avant-postes avec une quatrième place sur la poursuite. « C’est un vrai plaisir d’avoir ce genre de casse-tête, parce qu’on sait qu’il n’y aura que des bons choix à faire », a assuré dimanche Cyril Burdet, le coach de l’équipe de France au moment de faire le bilan.
Et de leur côté, les hommes n’ont pas été en reste, portés par un Emilien Jacquelin de gala, et une apothéose signée Eric Perrot. L’aîné des deux, bien à son affaire sur le sprint (3e) et la poursuite (2e), a largement régalé le public du Grand-Bornand, faisant étalage de sa malice et de sa forme sur les skis. « Ce sont des courses où je suis plus focalisé sur le plaisir et m’amuser que sur la recherche de résultats, a-t-il glissé après la course de samedi. Sur les tirs ratés, je préfère en sourire qu’être frustré« , a-t-il noté alors que la veille sur le sprint, il avait pu montrer quelques signes d’agacement. « Il ne faut pas le brider Emilien. Je crois qu’on a essayé de le réguler un petit peu, mais ce n’est pas forcément ce qui fonctionne », a commenté en souriant Simon Fourcade, l’entraîneur des Bleus.
« C’est comme [vendredi] lorsqu’il perd la course en s’énervant à partir du deuxième tour, en faisant de grands gestes et en nous lançant des noms d’oiseaux. C’est Emilien, on sait qu’il s’excusera dans l’aire d’arrivée, et qu’il fonctionne ainsi [rires]. »
Simon Fourcadeen zone mixte
Le coach français a semblé très serein à l’heure du bilan. « C’est une édition pleine, un podium par course, je crois que ça ne nous est pas arrivé à chaque fois, donc c’est déjà une vraie satisfaction« , a-t-il déclaré à l’issue de la dernière course, pointant entre autres la belle régularité d’Eric Perrot. Huitième sur le sprint vendredi, quatrième sur la poursuite, battu au sprint par Emilien Jacquelin et Johannes Dale-Skjevdal, le Savoyard de 24 ans a réalisé un magnifique 20/20 sur la mass start dimanche, seulement devancé par son ami italien, Tommaso Giacomel.
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« Aujourd’hui, ce n’est pas une victoire mais ça s’en rapproche car j’ai donné le maximum, a-t-il analysé en zone mixte. Tommaso a été plus fort, il a pris sa revanche sur Hochfilzen de la plus belle des manières », a ajouté Eric Perrot, se félicitant également d’avoir grappillé quelques points au classement général sur le leader norvégien Johan-Olav Botn. « Ce n’est pas simple donc quand j’y parviens, je les savoure. Pour l’instant, il a pas mal d’avance mais la saison est longue », a aussi commenté Eric Perrot, qui a avoué se sentir prêt pour les Jeux.
D’une seule voix, le staff de l’équipe de France s’est réjoui de cette étape aux airs de « répétition générale« . « Autant le niveau de performance demandé sera certainement plus élevé pendant les Jeux olympiques, autant concernant l’extra-sportif, les relations avec les médias, les attentes du public, tout est décuplé ici et certainement plus important que ce qu’on pourra rencontrer en Italie« , a résumé Simon Fourcade, lui qui a participé à trois éditions olympiques (2006, 2010 et 2014), et qui a récupéré lors de cette étape du Grand-Bornand un petit globe de cristal des nations datant de la saison 2011-2012.
Aux côtés de son frère Martin, d’Alexis Boeuf et de Lois Habert sur place, Vincent Desfrane et Jean-Guillaume Béatrix étant absents, il s’est vu remettre le trophée remporté sur tapis vert, plus de treize ans plus tard. « On va faire un bon break, tout le monde a besoin de rentrer se ressourcer un petit peu après cinq semaines loin de la maison. Et puis ‘let’s go’ pour 2026« , a conclu le Pyrénéen peroxydé.