dans son ouvrage « Cette Amérique qui nous déteste », le journaliste Richard Werly part à la rencontre de l’Amérique trumpiste

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By InfoHunter



Samedi 20 décembre, Richard Werly, journaliste correspondant France/Europe pour le média suisse Blick, était l’invité de « Tout est politique » sur franceinfo. Venu présenter son dernier livre, « Cette Amérique qui nous déteste », il est revenu sur ses différentes rencontres et sur son expérience après avoir sillonné les États-Unis en camping-car.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Myriam Encaoua : C’est une Amérique qui nous déteste. Et oui, il y en a des Américains, et pas qu’un peu, qui nous détestent, nous les Européens. C’est une Amérique à hauteur de pare-brise que vous nous proposez puisque vous l’avez sillonnée de Chicago à Mar-a-Lago en camping-car. À quel moment cette détestation pour tout ce qu’on représente vous est-elle sautée au visage ?

Richard Werly : Elle me saute à la figure sur le chemin de la campagne électorale. Je suis effectivement dans ce camping-car entre Chicago et Mar-a-Lago. Et ce qui me surprend sur les parkings où je me gare, notamment sur le parking des grandes surfaces comme Walmart, comme Costco, parce que c’est là où on est autorisé à garer les camping-cars aux États-Unis, je pose rituellement la question aux gens qui sortent : « Et l’Europe, qu’est-ce que vous en pensez ? ». Et les Trumpistes non seulement ils me disent : « L’Europe, on n’en a rien à faire », mais ils ont un discours, et ce discours, ils ne l’ont pas sorti de nulle part, on leur a inculqué. C’est le discours : « L’Europe est faible, l’Europe ne défend plus les valeurs occidentales, l’Europe est islamisée ». Ça, je l’ai entendu souvent. On n’est pas des partenaires fiables. Des partenaires fiables, dans leur jargon, ça veut dire des gens qui obéissent et qui renvoient l’ascenseur à la bonne et chère Amérique qui, elle, défend les valeurs occidentales.

Expliquez-nous la démarche. Pour aller à la rencontre des Trumpistes, de ceux qu’on appelle les MAGA, il faut choisir un itinéraire, des villes particulières. Il y a eu deux voyages précisément, de Chicago à Mar-a-Lago. Vous êtes allé dans le Kentucky aussi.

J’y suis retourné cette année. Pendant un mois et demi, j’ai fait Virginie-Occidentale – Kentucky. Parce que je suis parti sur les traces de J.D. Vance, le vice-président des États-Unis et qui, dans son autobiographie, « Hillbilly Elegy », raconte la maison mythique de son arrière-grand-mère au nord du Kentucky.

Qu’est-ce qu’on vous dit tout de suite ? Est-ce que c’est facile de leur parler, aux Américains ? Ils sont d’un contact facile ?

Oui, vous le savez, même les Trumpistes les plus déterminés sont de bons clients. Ils sont sympas. Vous leur posez la question à la sortie du supermarché, ils sont conviviaux, ils acceptent de vous parler. Ce ne sont pas des mauvais types, ils ne vous sautent pas à la gorge. Ce qui m’a frappé, c’est que vraiment, on sentait qu’il y a eu une rancœur vis-à-vis de l’Europe, alors que tous sont d’origine européenne, souvent. Ils ont oublié cela et ils ont été vraiment imbibés à la revanche. Et ce qui caractérise au fond l’administration Trump, avant même qu’elle ne prenne le pouvoir, c’est qu’elle a infusé ce que j’appelle « le nationalisme colérique ». Et ça, on le sentait vraiment.

Ils ne connaissent pas l’Europe pour la plupart ?

C’est ça qui est intéressant. Ils sont incapables de placer Paris sur une carte, pour la plupart d’entre eux, mais ils ont cette image d’une Europe qui les abandonne et surtout qui abandonne ce qui, pour eux, est l’Occident chrétien, avec une bonne dose, il faut bien le dire, de suprémacisme blanc, Parce que le mot Islam, je l’ai quand même beaucoup entendu.

Laurent Joffrin : Ils sont mus par la revanche sociale ou l’injustice sociale, ou par des considérations beaucoup plus religieuses, culturelles, la tradition, la famille…

Alors vis-à-vis de l’Europe, il y a trois choses qui sont revenues. Nous sommes des faibles, alors que l’époque est au fort et qu’il faut être fort pour s’imposer. Trump, c’est le discours du plus fort. Et l’Europe est faible, elle croit au droit, mais tout ça, ce sont des foutaises. Le droit, ça ne marche pas face à la Chine, il faut savoir s’imposer. Donc, continent faible. Deuxièmement, continent multiculturel. Ça, c’est un mot que je n’ai jamais entendu, c’est moi qui l’emploie. Mais c’est un continent avec aujourd’hui plein d’Africains, plein de musulmans, donc vous ne défendez plus.

Alors même que les États-Unis ont été créés par l’immigration.

Mais bien sûr, parce qu’ils idéalisent un certain nombre de valeurs et n’oublions pas que l’Amérique Trumpiste, c’est une Amérique très largement chrétienne blanche et qui revendique ça. Et puis la troisième chose, c’est qu’on ne leur rend pas leur dû. Au fond, ils ont payé pour nos vacances, ils ont payé pour notre sécurité sociale parce que pendant que nous prenions cinq semaines de congés payés, eux, ils trimaient et ce sont eux qui nous protègent avec leurs armes.

Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien en intégralité.





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