
Un groupe d’agriculteurs a interrompu l’autoroute A64 près de Carbonne (Haute-Garonne) ce vendredi 12 décembre afin de protester contre l’abattage systématique des bovins atteints de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), maladie mortelle touchant les bovins.
Un acte fort en pleine crise. Mobilisés contre l’abattage de troupeaux touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), des agriculteurs ont bloqué l’autoroute A64 Toulouse-Bayonne, ce vendredi 12 décembre, près de Carbonne (Haute-Garonne), avec 80 tracteurs, installant notamment un campement pour la nuit.
Ils ont répondu à l’appel du syndicat de la Confédération paysanne, qui a dénoncé une gestion «plus effrayante que la maladie elle-même». Plusieurs actions sont prévues jusqu’à dimanche, dont un blocage nocturne de la rocade d’Auch (Gers) et un autre «à durée indéterminée» sur la RN20 au sud de Tarascon-sur-Ariège.
«Ce soir on sera là, demain matin on sera là», a déclaré à l’AFP Jerôme Bayle, figure régionale de la mobilisation agricole, tandis que les manifestants aménageaient leur campement avec bottes de paille, tonnelles et groupe électrogène sur l’A64, déjà bloquée une dizaine de jours en 2024.
Les protestataires ont investi les trois voies dans le sens Toulouse-Tarbes vers 15h30, après la fermeture de cette portion par les services autoroutiers. D’importantes réserves de bois ont été apportées pour les feux et plusieurs glissières de sécurité démontées pour faciliter la circulation des engins, suggérant une occupation prolongée, sous l’œil des CRS.
«l’abattage est la seule solution»
Jérôme Bayle a précisé avoir négocié cette opération avec le préfet en amont afin de ne pas «casser» ni provoquer des «affrontements», au lendemain de heurts entre agriculteurs et forces de l’ordre en Ariège, où 207 vaches ont été abattues dans la ferme des Bordes-sur-Arize ce vendredi après la détection d’un seul cas de dermatose.
«En tant qu’éleveur; c’est inadmissible ce qui se passe. Donc on est là pour soutenir toute la filière», a déclaré Mathieu Estadieu, éleveur bovin près de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) déjà présent ces derniers jours de protestation.
«Le but c’est de faire évoluer la situation et de dire que l’abattage total n’est pas une solution. Essayons d’en trouver une autre», a-t-il poursuivi, encouragé par les klaxons des camionneurs passant à proximité.
Dorian Eychenne, éleveur à Martres-Tolosane a prévenu que le blocus durera «le temps qu’il faudra», tandis que le président de la Coordination rurale, Bertrand Venteau, a appelé à «continuer à manifester» pour faire valoir la «vaccination généralisée» après sa rencontre avec la ministre de l’Agriculture Annie Genevard.
Parallèlement, la préfecture de Haute-Garonne a annoncé un premier cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) dans le département, le quatrième d’Occitanie touché après les Pyrénées-Orientales, l’Ariège et les Hautes-Pyrénées.
La vaccination obligatoire étendue
Annie Genevard a maintenu que «pour sauver toute la filière, l’abattage est la seule solution», assurant dans une interview au Parisien que «le protocole actuel fonctionne». Elle a également estimé que cette stratégie, imposée par les règles européennes, avait prouvé son efficacité en Savoie et Haute-Savoie après la détection du premier cas le 29 juin dernier.
Les autorités ont notamment expliqué que l’absence de symptômes ou un test négatif ne garantit pas que les animaux ne soient pas malades. Bien qu’elle ne se transmette pas aux humains, elle peut s’avérer fatale pour les animaux touchés.
La ministre a annoncé «la mise en place d’une zone vaccinale élargie, avec vaccination obligatoire de tous les bovins, intégralement prise en charge par l’État, et des mouvements strictement encadrés» sur le réseau social X, évoquant «une véritable course contre la montre contre le virus».
Dans cette crise sanitaire majeure, ma priorité absolue sont les éleveurs. Ceux dont le troupeau est frappé comme ceux qui vivent chaque jour avec la crainte de voir la maladie arriver chez eux.
Depuis l’apparition de la DNC, ma politique est celle de la concertation, avec les…
— Annie Genevard (@AnnieGenevard) December 12, 2025
Toutefois, le président du puissant syndicat FNSEA, Arnaud Rousseau, a estimé que la vaccination complète mettrait «la France sous cloche» pendant de longs mois, la privant de son statut européen de pays «indemne», et donc de ses capacités d’export et d’un soutien important à ses prix.
Pour cette organisation ainsi que celui Jeunes Agriculteurs, «l’abattage total est la meilleure solution. C’est un crève-cœur, mais c’est ce que nous disent les scientifiques».