« Les Français se disent qu’ils peuvent faire quelque chose pour l’environnement à Noël », estime Franck Lehuédé, directeur d’études sur les modes de consommation au CREDOC

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By InfoHunter



Jeudi 11 décembre, Franck Lehuédé, directeur d’études sur les modes de consommation au CREDOC, était l’invité du 11h/13h sur franceinfo. Alors que les fêtes approchent à grands pas, les Français entament leur course aux achats avec, cette année encore, la part belle pour les cadeaux de seconde main. Selon lui, il s’agit davantage d’une prise de conscience environnementale plutôt que d’une baisse du pouvoir d’achat.

Florence O’Kelly : Franck Lehuédé, 45 % des Français ont déjà offert un cadeau de seconde main et un sur trois envisage de le faire pour ce Noël. Qu’est-ce que cela dit du consommateur que nous sommes devenus ?

Franck Lehuédé : Cela dit deux choses. La première, c’est que la contrainte budgétaire est toujours là et que la première motivation pour acheter des cadeaux d’occasion à Noël, c’est le fait qu’on cherche à gérer au mieux son budget. Il n’est pas anodin que ce soit chez les jeunes et chez les familles que l’on retrouve ces cadeaux, ce type d’achats le plus développé, parce que ce sont eux qui sont le plus en difficulté en matière budgétaire. La deuxième chose que cela dit, c’est que l’environnement est devenu quelque chose d’important chez les Français et que même sur une période comme celle de Noël, on va faire attention à l’impact environnemental que nos achats peuvent avoir. C’est un élément important, car pendant longtemps, Noël, c’était le moment où l’on se disait « tant pis », on allait vers du superflu, on faisait moins attention à ces questions environnementales. Et là, rattrapés année après année par le réchauffement climatique, les Français se disent que s’ils peuvent aussi faire quelque chose pour l’environnement à Noël, ils vont le faire.

Il y a des chiffres dans l’enquête Leboncoin et IFOP qui disent qu’à 51 %, oui, il y a une motivation économique derrière cet achat de seconde main et à 38 %, une considération environnementale. C’est encore, malgré tout, au second plan.

C’est au second plan, mais 38 % ne sont pas négligeables. Il y a encore quelques années, on ne savait pas comment on allait pouvoir intégrer, on n’y pensait même pas à cette question environnementale. L’ADEME, qui a sorti il y a 2-3 ans une enquête dans laquelle on avait 10 % des gens qui pensaient intégrer des comportements permettant de préserver l’environnement au moment de Noël. On était sur cette notion du superflu. Sur les cadeaux, c’est sans doute la manière la plus simple et la plus facile d’avoir un impact en matière d’environnement.

Mais est-ce que dans le même temps, l’achat de jouets neufs qu’il y a dans les rayons des grandes surfaces dès le début du mois de décembre, est en baisse ? Est-ce qu’on voit directement l’impact de cet achat de seconde main sur la consommation de ces biens neufs avec un fort impact environnemental ?

Il y a un double impact. Vous avez aussi une partie de la population qui se dégage des achats d’objets pour aller vers des achats de services qui vont permettre d’avoir une expérience, un moment agréable vécu ensemble : acheter une place de concert, acheter une entrée dans un parc d’attractions, acheter un dîner dans un restaurant. Tout ceci se développe et aujourd’hui, on a près de six Français sur dix qui le font. C’est une deuxième attaque sur l’achat de produits.

Il y a quand même 12 % des Français qui se disent déçus en recevant un cadeau de seconde main. Mais cela signifie que c’est intégré comme étant justement une nouvelle façon de s’offrir des cadeaux à Noël.

On peut le faire déjà auprès des enfants. Les enfants, ils sont très heureux d’avoir un jouet et si ce jouet correspond à celui qu’ils souhaitaient, qu’il soit d’occasion ou qu’il ne le soit pas, cela va leur plaire.

Ils ne s’en rendent pas trop compte, d’ailleurs.

Pour les plus petits, ils ne s’en rendent même pas compte. Ensuite, il y a vraiment, pour les adultes, quelque chose qui s’est passé ces dernières années. On le voyait d’abord chez les plus diplômés, où c’était valorisé dès la fin des années 2010 de dire : « Tiens, j’ai acheté pour moi ou pour Noël un cadeau d’occasion ». Et puis, cela se diffuse dans la population. Et ça, en effet, aujourd’hui, c’est presque un signe de distinction de pouvoir dire : « Regarde, parmi les cadeaux que je t’ai offerts, il y en a un qui est d’occasion ».

Il y a le côté positif de tout ce que l’on dit, notamment cet impact environnemental, et puis le côté qui est un petit peu moins positif, c’est effectivement cette baisse du pouvoir d’achat qui se confirme. Le budget qu’on peut consacrer à Noël cette année, il est en baisse.

Il n’y a pas de baisse du pouvoir d’achat particulièrement cette année. On va sans doute être sur une stabilité de ce pouvoir d’achat. Par contre, ce que l’on peut voir, c’est qu’il y a des inquiétudes sur l’avenir. C’est plus ça. Parce qu’en fait, on se dit que peut-être que le chômage va repartir, peut-être que, sans doute même, les impôts vont augmenter. Il y a une inquiétude sur l’avenir qui fait que, d’un côté, on va chercher, quand on peut, à épargner le plus et, pour l’ensemble de la population, à gérer au mieux et de manière plus maligne son budget, notamment pour les fêtes de Noël.

Il y a quand même 41 % des Français, selon un sondage de l’organisme Flashs pour le compte du service de courtier Ymanci, qui vont se tourner vers des solutions de financement alternatives pour payer ces achats de Noël. C’est une étude qui est sortie hier : 44 % des Français disent qu’ils vont puiser dans leur épargne et souscrire à des options de paiement en plusieurs fois. Ça, c’est une autre possibilité. Cela veut dire quand même qu’aujourd’hui, on a du mal à financer ces achats de Noël ?

Le développement des achats en plusieurs fois sans frais, notamment, ou des petits crédits à la consommation, est très fort depuis l’inflation. On a eu en 2022-2023 des hausses de prix conséquentes. C’est un moyen d’étaler dans le temps la dépense. Ça ne veut pas dire nécessairement que les populations qui font ce type de crédit sont en difficulté financière, mais en tout cas, elles trouvent comme ça le moyen d’étaler dans le temps leurs dépenses.

On conseille ou on déconseille justement d’étaler dans le temps ? Ça peut faire perdre conscience aussi de ce qu’on dépense et de ce qu’on consacre comme budget à nos achats de Noël ?

Il faut être attentif à ses dépenses, bien nécessairement, puisque l’on a l’impression que, d’un seul coup, quelque part, on a plus de moyens, mais il va falloir à un moment ou un autre rembourser.





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