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Dans les Alpilles, le pastoralisme occupe toujours une place essentielle. Production de lait, de laine et débroussaillement, les bêtes participent pleinement à l’activité économique mais aussi à l’entretien du paysage.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
C’est un lien entre l’humain, l’animal et la nature, ancré depuis des siècles dans les Alpilles. Le pastoralisme, une activité toujours essentielle, loin du folklore et de l’image d’Épinal. Comme tous les jours, Natacha Duverdier mène son troupeau dans les collines des Beaux-de-Provence (Bouches-du-Rhône). Une race locale, élevée pour son lait et reconnaissable à ses cornes torsadées : la chèvre du Rove. « On est partis pour plusieurs heures de garde, cinq ou six heures quand il fait bon en cette saison. C’est leur repas », explique-t-elle. Au menu ce matin : écorces, ronces et arbustes. « Elles mangent des tas de choses que nous, on n’arriverait jamais à manger », poursuit Natacha. Chaque chèvre engloutit environ 2 kilos par jour de ces plantes rugueuses : « Elles arrivent à transformer cette végétation qui nous semble pauvre en lait très riche. Le goût est particulier. C’est un lait très, très doux ».
Ce lait hors du commun lui permet de produire un fromage frais singulier. « C’est la brousse du Rove. C’est de l’essence de garrigue, c’est le reflet de ce qu’elle mange. Du printemps à maintenant, l’automne, il y a des arômes un peu différents », souligne Natacha. Un fromage rare au lait cru, en appellation d’origine protégée. Seulement huit éleveurs détiennent ce savoir-faire en France. Natacha Duverdier est la seule dans les Alpilles : « C’est très léger, très floconneux. On a l’impression de manger des feuilles d’automne et, au printemps, des jeunes pousses vertes« .
À quelques kilomètres de là, un village renferme un autre trésor, dont Lionel Escoffier a le secret. Depuis 23 ans, il élève une race d’exception, la brebis Mérinos d’Arles. « À l’automne, c’est la période des naissances des agneaux. C’est une période un peu intensive pour nous, puisqu’il faut faire naître à peu près 1 200 à 1 300 agneaux, donc ça demande beaucoup de travail », détaille-t-il. Et pour les nourrir, il leur sert un repas dont ils raffolent : du foin de Crau, seul aliment pour animaux ayant bénéficié d’une appellation d’origine protégée. « C’est un foin de terroir. C’est une flore exceptionnelle. Il y a à peu près 27 ou 28, voire 30 espèces qui composent ce foin de Crau. C’est un foin qui est très nourrissant », indique-t-il.
Ce régime trois étoiles, produit localement, fait de la Mérinos d’Arles une race prisée pour sa viande et sa laine. « La Mérinos d’Arles, c’est la laine la plus fine d’Europe. En plus, la laine est fine, vous pouvez faire des tissus de qualité, faciles à travailler et à entretenir. Il y a dix ans, je l’avais vendue à peu près 0,80 centime d’euros du kilo et, aujourd’hui, on est plutôt à 1,54 euro du kilo », affirme Lionel. Une laine qu’ils vendent en Europe à un fabricant de vêtements de randonnée haut de gamme.
Depuis des millénaires, en broutant, ces animaux dessinent le paysage des Alpilles. Un pâturage qui permet même de limiter les feux de forêt. « On voit bien l’impact que peuvent avoir les chèvres sur certains types de végétation. Elles participent au débroussaillement. Pour moi, c’est très important, surtout par rapport au risque d’incendie l’été », assure Natacha Duverdier.
Il y a seize ans, elle travaillait dans un bureau. Elle a choisi la vie au grand air, même si c’est parfois difficile : « En plein mistral, par 2 degrés, on est dehors aussi. Mais il y a tellement de bons moments comme celui-là, que je ne changerai pas de métier. Il faut dire que ce n’est pas très lucratif non plus. C’est vraiment une conviction et une passion. Je suis convaincue de faire quelque chose de bien ». Avec une trentaine d’élevages sur 5 000 hectares, le pastoralisme représente toujours une des principales filières agricoles du parc des Alpilles.