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L’actrice Tilly Norwood, la chanteuse Tata Tatkumi, la ministre albanaise Diella : toutes ces personnalités sont des avatars virtuels créés par intelligence artificielle. Et un point commun majeur les relie : elles sont toutes des femmes. Dans notre quotidien, le constat est similaire. Les assistants vocaux comme Alexa, Cortana ou Siri avaient, à l’origine, des voix féminines par défaut.
Pourquoi les intelligences artificielles s’incarnent-elles généralement dans des figures féminines ? Pour Peggy Vicomte, déléguée générale de l’association Femmes@Numérique, il s’agit avant tout « d’un enjeu marketing » : « Les promoteurs de l’intelligence artificielle s’appuient sur l’incarnation féminine pour rendre ces outils plus humains », explique-t-elle.
Les stéréotypes de genre, qui associent les femmes à des figures plus empathiques, douces et accueillantes, permettraient ainsi d’humaniser ces technologies et de les faire accepter plus facilement par les utilisateurs.
Cette pratique de « féminisation des objets » ne date d’ailleurs pas d’hier. Dès les débuts de la robotique humanoïde, il y a une dizaine d’années, les concepteurs avaient pour habitude de créer des robots à l’apparence de jeunes femmes. C’est le cas des robots Sophia, Jia Jia, Erica ou, plus récemment, du robot-artiste Ai-da.
Une tendance qui évolue toutefois, selon Virginie Mathivet, docteure en intelligence artificielle : « Les robots fabriqués en Chine ces dernières années sont beaucoup plus neutres, voire sans visage. Les concepteurs n’essaient plus de créer des sourires ou des traits humains, car cela peut être très perturbant. »
Peut-on alors tendre vers des incarnations plus neutres pour les avatars virtuels ? Un virage vers plus de neutralité a été amorcé du côté des assistants vocaux et de la robotique, qui peuvent désormais être configurés par défaut ou a posteriori avec des voix masculines.
Mais les avatars virtuels, présents dans les secteurs du divertissement – cinéma, musique, influence – restent majoritairement ancrés dans les stéréotypes de genre des industries culturelles : des figures féminines jeunes, attirantes, lisses et douces.
Peggy Vicomte rappelle par ailleurs que les intelligences artificielles sont majoritairement conçues par des équipes masculines, porteuses de leurs propres biais : « L’intelligence artificielle est un miroir amplificateur des discriminations et des stéréotypes du monde réel », souligne-t-elle.