pourquoi le retour en France des ex-otages devient un véritable “casse-tête”

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By InfoHunter



« Certains vont aller jusqu’à dire que ce qu’ils ont vécu dans les geôles n’était rien comparé à ce qu’ils ont subi en termes de tracas administratifs, de difficultés juridiques. » Patrick Morvan, professeur à l’université Paris-Panthéon-Assas, confirme les difficultés racontées par les ex-otages français, une fois de retour sur le sol national.

Benjamin Brière, retenu 1079 jours dans une geôle iranienne, et Mortaza Behboubi, prisonnier des talibans en Afghanistan durant 284 jours, racontent à franceinfo ce parcours de reconstruction et de réappropriation de son existence. Un processus auquel va être confronté Camilo Castro, de retour en France, dimanche 16 novembre, après avoir été détenu quatre mois au Venezuela.

« Le retour est la plus belle chose que l’on souhaitait. Mais, le retour est aussi un traumatisme, la liberté, il faut se la réapproprier, sauf qu’on n’est pas aidés pour ça. »

Benjamin Brière, ex-otage en Iran, entre 2020 et 2023

à franceinfo

Ce parcours du combattant est d’abord financier. Il existe néanmoins plusieurs moyens pour les ex-otages d’être indemnisé. Les victimes qui ont subi des dommages corporels, peuvent se faire rembourser leurs frais de santé, notamment grâce à la protection universelle maladie, la PUMa. Celles qui travaillaient pour un grand groupe, quand ils se sont fait enlever, peuvent toucher de l’argent de leur employeur.

Mais la principale mesure d’indemnisation passe par le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI). C’est un organisme privé, financé par la « taxe attentat », soit 6,50 euros prélevés sur la prime versée pour un contrat d’assurance de biens, comme l’assurance habitation. Il est chargé d’indemniser toutes les victimes d’actes terroristes commis en France, ainsi que les Français victimes à l’étranger. La quantité d’argent allouée à un ex-otage est choisie en fonction de plusieurs critères : durée de détention, séquelles physiques et psychologiques, préjudices économiques et troubles de stress post-traumatique.

Pour percevoir cette indemnisation, les ex-otages doivent également se soumettre à un processus d’expertises médicales, où « on doit se justifier, re-re-raconter notre histoire et revivre nos traumatismes », raconte Mortaza Behboubi.

« C’est l’expérience la plus hardcore que j’ai pu vivre depuis que je suis rentré. Quand vous faites face à cette expertise, j’ai eu derrière cinq personnes, c’étaient des marchands de tapis. »

Benjamin Brière, ex-otage en Iran, entre 2020 et 2023

à franceinfo

Le FGTI reconnaît, auprès de franceinfo, que le temps de la procédure d’indemnisation peut être long, mais il précise « verser autant de provisions financières que nécessaire ». Mais impossible pour lui de donner le montant moyen que peut toucher un ex-otage, puisque c’est une procédure individualisée.

Outre cet aspect financier, l’ex-otage souffre aussi d’être livré à lui-même. Aucun dispositif, ni aucun suivi n’existe. Benjamin Brière est rentré vivre chez sa mère, qui allait lui acheter ses caleçons. Mortaza Behboubi, lui, a eu une désagréable surprise en ouvrant sa boîte aux lettres. « Je sors de plus de 9 mois de captivité, et le premier courrier que je reçois chez moi, c’est qu’il faut payer 3 000 euros d’impôts, alors que mon compte bancaire est à découvert », s’étonne-t-il encore.

L’administration fiscale peut demander à d’anciens otages pourquoi ils n’ont pas effectué de déclaration fiscale au cours des années précédentes. « Ils vont tomber dans des trous dans la raquette, éclaire Patrick Morvan, France Travail ne va pas leur verser d’allocations d’assurance chômage, car ils n’y ont pas été précédemment affiliés. » Même l’État pointe du doigt ce manque. « Cela peut être un casse-tête, un labyrinthe pour [qu’un otage] retrouve l’accès à ses droits », déclare Jean-Noël Barrot. Mais sans toutefois apporter de solutions concrètes pour le moment.

Portée par des collectifs d’anciens otages, la proposition d’un guichet unique, qui permettrait aux victimes d’avoir un seul interlocuteur à qui s’adresser, fait son chemin. « Ils pourraient y déposer tout un ensemble de demandes destinées à l’administration, à l’assurance maladie », détaille Patrick Morvan. Une aide bienvenue au moment, par exemple, « de trouver un avocat, une psychologue remboursée par l’État ou un psychiatre », énumère Mortaza Behboubi.

Les ex-captifs réclament aussi la création d’un statut officiel d’otage d’État et plaident pour une prise en charge financière des familles des otages, victimes collatérales de ces longues périodes de captivité. « Être frère, sœur, père, mère d’un otage, c’est un travail à temps complet, très usant sur le plan psychologique et même après libération de l’otage, conclut Patrick Morvan, il peut être très difficile pour des parents qui se sont beaucoup impliqués dans le suivi de leurs proches pris en otages. »





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