Publié
Temps de lecture : 2min – vidéo : 3min
3min
Durant la Seconde Guerre mondiale, en 1941, la marque Steinway produit 2 500 pianos sur demande du gouvernement américains. Des instruments destinés à être parachutés sur les champs de bataille, pour réchauffer le cœur des soldats.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
À première vue, une étonnante installation. Un piano suspendu, comme posé sur un nuage. Oui, mais ce piano-là a survécu à l’enfer. Ce Steinway date de 1941, usé par le temps, marqué ici et là, par les fragments de la Seconde Guerre mondiale. Un piano militaire conçu pour remonter le moral des troupes, directement parachuté des bombardiers sur les champs de bataille partout à travers l’Europe. En 1941, le gouvernement américain commande à Steinway 2 500 pianos robustes et compacts. Un nouveau modèle va naître : le Victory Vertical, censé apporter la victoire aux soldats américains, mais surtout du réconfort. Il est même surnommé « l’instrument des immortels ».
« Il y a une caisse qui permet de pouvoir transporter le piano. On a mis le piano et les partitions avec un choix de musiques pour donner du courage aux soldats. C’était des morceaux classiques, bien sûr, que tout le monde connaît. C’était aussi du jazz, parce que le jazz était interdit et mal vu en Allemagne à l’époque », explique Sara Arrhenius, commissaire de l’exposition « Tarik Kiswanson. The Relief » à l’Institut suédois de Paris.
Au début de la guerre, l’usine de pianos à New York (États-Unis) ne fabrique plus que des pièces d’avions et des cercueils, jusqu’au jour où M. Theodore E. Steinway reçoit une commande très spéciale. Ayant lui-même quatre fils au front en Normandie, il accepte d’inventer et de construire des pianos de guerre livrés en France en 1944. Un chapitre de l’histoire souvent méconnu du public. « C’est vraiment impressionnant. C’est quelque chose que tu n’imagines pas de pouvoir voir et de pouvoir expérimenter pendant la guerre », s’émerveille une visiteuse. « C’est complètement émouvant de voir cet instrument-là », confie un autre.
80 ans après la fin de la guerre, ces pianos resurgissent encore. Le numéro 285 a été retrouvé l’an dernier par Théo Thaillasson, réparateur de pianos de Charente-Maritime, grâce à une annonce en ligne. « Quand je vois l’annonce, au début, je n’y crois pas, en fait. Je me dis : ‘Non, un Victory en France ?!’ C’est un piano vraiment unique, qui tient un peu de la légende par son histoire et produit à très peu d’exemplaires. Quand je l’ai vu passer, je ne pouvais pas m’empêcher d’y penser », détaille-t-il. Un trésor que le temps a bossé, qui sera entièrement restauré. Un piano né pour la guerre, une machine à réconfort, devenue un morceau d’histoire.