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Le président iranien envisage sérieusement de déménager la capitale de Téhéran. Le pays est confronté à une sécheresse historique : il n’a pas plu depuis plus de 200 jours. La ville étouffe et l’eau est rationnée. Luc Lacroix et la cellule des « Révélateurs » de France Télévisions ont mené l’enquête sur place pour mieux comprendre la situation.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Comme chaque vendredi, c’est la grande prière à Téhéran (Iran). Mais ce jour-là, c’est pour la pluie que les fidèles prient : « Il y a une seule solution pour remplir les rivières et que la pluie tombe sur nous, c’est de demander pardon. » Fatemeh Salehkhani, une habitante de Téhéran, confirme être venue se recueillir pour mettre fin à la sécheresse : « La pénurie d’eau est très grave. C’est pour ça qu’aujourd’hui, je suis venue ici demander à Dieu de nous envoyer sa miséricorde. »
Jamais dans son histoire la capitale iranienne n’avait enregistré une telle sécheresse. Pour nous, des habitants de Téhéran ont accepté de filmer leur quotidien, à condition de rester anonymes. Une femme nous montre les gestes les plus simples devenus impossibles. Pas d’eau en ouvrant le robinet. Pas d’eau non plus pour les toilettes. Régulièrement, dans plusieurs quartiers de Téhéran, l’eau est complètement coupée. « On ne sait pas quoi faire. On ne peut plus faire la vaisselle. On ne peut plus rien laver. Même nos plantes vertes sont en train de mourir », témoigne-t-elle.
Pour tenir, un Iranien stocke de l’eau comme il peut : « Regardez, ici, c’est ma réserve d’eau dans la salle de bain. C’est comme ça, la plupart des nuits, l’eau est coupée. Au moins, je peux utiliser ça pour me rincer, pour me laver et sortir de la douche. C’est comme ça qu’on vit », nous montre-t-il. Et quand il y a de l’eau, elle est parfois colorée : « Ça arrive souvent que l’eau soit totalement jaune ou brune. Il faut laisser couler et attendre pour qu’elle revienne à sa couleur normale », ajoute notre témoin.
Face à cette crise, le président iranien a fait une annonce choc : il veut déménager la capitale. « Ce n’est pas un choix, c’est une obligation. Nous ne pouvons pas surcharger cette région avec davantage de population et de constructions. Techniquement, c’est possible, mais nous ne pouvons pas résoudre le problème d’eau », a déclaré Massoud Pezeshkian, président de la République islamique d’Iran.
Comment Téhéran, immense métropole de 10 millions d’habitants, s’est-elle retrouvée dans une crise sans précédent ? Pour le savoir, direction les montagnes qui l’entourent et le barrage de Latyan (Iran). Ce lac artificiel est en grande partie à sec. Des images surprenantes montrent un ponton, désormais suspendu bien au-dessus de l’eau. Le lac est une quinzaine de mètres plus bas que son niveau maximal. Un autre barrage, le barrage d’Amir Kabir (Iran), est lui aussi touché. Une immense étendue de pierre et de sable s’étend là où, en cette saison, il devrait y avoir de l’eau. « Avant, nous venions pêcher ici pour admirer les montagnes et l’eau vive. Maintenant, en voyant ce paysage, j’ai la chair de poule », nous confie un habitant des environs.
Au total, cinq barrages approvisionnent Téhéran en eau. Nous avons passé au crible des images satellites de chacun d’entre eux. Nous comparons la superficie normale du lac de Latyan (Iran), à la même saison, et celle qu’il affiche aujourd’hui. Pour le lac de Lar (Iran), c’est encore plus impressionnant. Tous sont en grave déficit hydrique, entre 32 % et seulement 1 % de leur capacité. Principale raison : Téhéran connaît sa pire sécheresse, avec 207 jours sans pluie. Depuis le début de l’année, il n’est tombé que 62 millimètres et c’est la cinquième année bien en dessous de la moyenne annuelle.
Selon un rapport d’experts internationaux, cette sécheresse est rendue possible par le réchauffement climatique. « Un tel événement a environ 50 fois plus de chances d’arriver à cause du réchauffement planétaire », explique le document que nous avons pu consulter. Des experts et certains habitants pointent aussi la mauvaise gestion de l’eau de Téhéran. Surtout, déménager la capitale leur semble une solution illusoire : « Le président de la République, il est marrant. Il pense que nous sommes comme des flamants roses, qu’on peut aller d’une ville à une autre, comme ça, en volant, sans problème. Mais ce n’est pas possible. Nous travaillons ici, nos enfants étudient ici », pointe une femme.
Pour l’instant, aucune précipitation n’est prévue dans les tout prochains jours. La neige est encore rare sur les montagnes autour de Téhéran, alors que normalement, elle constitue une importante réserve d’eau naturelle pour la capitale.
Liste non exhaustive.